Nicola Hulot “Le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème”

montpellier-journal.fr, NC, septembre 2009

“Le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème”

Nicolas Hulot était à Montpellier, la semaine passée, pour présenter Le syndrome du Titanic. L’occasion d’évoquer son point de vue sur le capitalisme, ses relations avec les multinationales, l’action politique, les freins qu’il rencontre, la gouvernance mondiale, des pistes de solution, le problème du pétrole, la voiture et même la viande.

Coréalisé avec Jean-Albert Lièvre, le film de Nicolas Hulot (1), comme ceux d’Al Gore et Yann-Arthus Bertrand, dresse un sombre bilan de l’état de la planète. En gros, ça va très mal, nous ne faisons rien ou pas grand chose et pourtant personne ne sera épargné, pas même les riches. Quant aux plus faibles, ils seront touchés les premiers.

“Ce capitalisme sauvage”

Mais comme dans Une vérité qui dérange ou dans Home, les causes systémiques ne sont pas abordées. Sauf peut-être vers le premier tiers du film où la voix off de Nicolas Hulot nous dit : “J’ai quand même quelques certitudes : le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème. Ce capitalisme sauvage qui réduit tout à l’état de marchandise et dont nous avons fait notre habit de lumière.”

Reste que le mérite évident du syndrome du Titanic est, en permanence, de mettre en relation d’un côté le mode de vie des pays dit “développés” et de l’autre les conséquences et l’indécence de ce mode de vie vis à vis des autres régions du monde. Ce n’est pas rien. Car, chaque jour, dans nos pays, quasiment en permanence, ce lien est masqué. Et le citoyen réduit à un simple consommateur sans conscience. Reste à savoir si le spectateur, une fois sorti, se souviendra de cette mise en perspective dans sa vie quotidienne.

Quelques heures après la projection du film, la conférence de presse a été l’occasion de revenir sur le film mais surtout d’évoquer l’action de Nicolas Hulot et donc certaines pistes ou solutions. Les trois questions ci-dessous ont été posées par Montpellier journal. Viennent ensuite des extraits de la conférence de presse, présentés de manière non nécessairement chronologique.

Vous parlez de “capitalisme sauvage” dans le film. Iriez-vous jusqu’à dire qu’il faut sortir du capitalisme (2) ?

On pourrait deviser pendant des heures sur ce qu’on accroche au mot capitalisme. Y sont associées, un certain nombre de valeurs ou de notions. Je ne les remets peut-être pas toutes en causes. Est-ce que je remets en cause l’accès à la propriété aussi associée au capitalisme ? Probablement pas. Mais ce capitalisme qui fait que tout est devenu marchandise, qu’on spécule sur tout, y compris sur les choses vitales et essentielles, oui ce capitalisme-là, je le remets en cause. Ce capitalisme qui ne se fixe aucune limite et qui génère une concentration de richesse pour un petit nombre de personnes, oui je le remets en cause. Pas par rancœur – il n’y aucune morale dans ce film – simplement ce n’est pas tenable.

Certains vous reprochent de faire des compromis – voire des compromissions – avec des grands groupes pollueurs. Que leur répondez-vous ?

Je ne sais pas où il y a compromis parce que c’est une lecture, me semble-t-il, pas très objective des choses. Je considère qu’on est dans un vrai combat, presque une guerre. Il faut des moyens Lire la suite

Jean Gadrey et Enrico Giovaninni – Rapport Stiglitz : accords et désaccords

planete-terra.fr, Karine Le Loët, septembre 2009

Rapport Stiglitz : accords et désaccords

Jean Gadrey et Enrico Giovaninni, deux économistes qui ont participé au travaux de la commission, divergent sur les recommandations du rapport Stiglitz visant à développer de nouveaux indicateurs pour mesurer la richesse des nations.

Terra eco : Que pensez-vous du rapport de la commission ?

Jean Gadrey : « C’est évidemment un événement à saluer. Un nombre important d’experts de renom a reconnu les fortes limites au PIB. C’est une victoire. J’ai néanmoins des réserves vis-vis de ce rapport. La méthode a laissé peu de place à la société civile. On a fait de l’expertise en chambre. La commission était composée à 90% d’économistes. Ce n’est pas la même chose que si on avait eu autour de la table WWF, les Amis de la Terre ou le réseau Alerte. Du coup, j’étais par exemple le seul à soutenir l’empreinte écologique, un indicateur qui, s’il a beaucoup de défaut, permet à mon sens de faire adhérer la population aux efforts environnementaux. Inversement dans le rapport final, on trouve une très forte domination des indicateurs monétaires de progrès. Le rapport propose par exemple l’adoption d’un indicateur de l’Épargne nette ajustée. C’est une mesure qui vise à transformer en monnaie le capital économique, humain ou les dégâts environnementaux. On met tout dans la même boîte et on pense que cet indicateur va mesurer le développement humain. C’est aberrant. On risque de se retrouver dans le même genre d’impasse qu’avec le PIB. Et de ne pas avoir à temps les bons signaux, notamment face au risque environnemental ! »

Enrico Giovaninni : « Nous n’avons pas trouvé le Saint Graal. Mais le rapport comporte trois points essentiels à mon sens. D’abord il montre un glissement essentiel de la production au bien-être. Ensuite, il reconnaît que les mesures subjectives sont aussi importantes que les mesures objectives. Et pas seulement pour mesurer le bonheur mais dans tous les domaines : santé, relations inter-personnelles… Enfin, il a mis au point une liste de domaines essentiels : l’éducation, la santé… qui pourront fournir un cadre à l’élaboration de nouveaux indicateurs. »

Vous êtes quand même arrivés à un consensus ?

Jean Gadrey : « Joseph Stiglitz a fait état du plaisir qu’il a eu à travailler au sein de cette Commission. Il a parlé des échanges cordiaux, du consensus. Mais il y a eu de vrais désaccords qui n’ont pas toujours donné lieu à des débats riches. Les trois sous-groupes [mesure du PIB, environnement et qualité de la vie, Ndlr] travaillaient de façon étanche… Oui, c’est vrai, nous avons tous signé le résumé de douze pages du rapport. Mais Joseph Stiglitz n’a pas tenté de nous faire signer le rapport complet. Pour ma part, je ne l’aurais pas fait. Il y a dans ce rapport des éléments et des analyses que je ne peux pas endosser. »

Enrico Giovaninni : « Il n’y a pas un consensus sur chaque mot. Mais tout le monde a souscrit aux conclusions du rapport et j’en suis content. Évidemment, les discussions ont vu s’opposer différents points de vue. Certains poussaient vers la simple adoption d’un indicateur du bonheur, d’autres vers la mesure des choses intangibles comme les relations inter-personnelles. D’autres encore insistaient pour qu’on n’incluent pas dans la mesure de la production les activités du foyer ou les moments de loisir. Mais tout le monde a fait des concessions. Et ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes arrivés à une solution au rabais ou à une juxtaposition de propositions ! Il y a un vrai fil rouge dans toutes ces recommandations. »

Et maintenant ?

Jean Gadrey : « Joseph Stiglitz l’a bien dit : le rapport n’est pas la fin d’un processus mais bien un début. Lire la suite

Camp action climat : A Nantes, un projet d’aéroport réchauffe le climat social

bastamag.net, Daniel Maunoury, Aurélien Dailly, Benoît Kubiak, http://avenirclimat.info, le 16 septembre 2009

Camp action climat : A Nantes, un projet d’aéroport réchauffe le climat social

Début août 2009, le premier « camp action climat » s’est déroulé sur le sol français, à Notre-Dame-des-Landes, non loin de Nantes. L’initiative s’inscrit dans la mobilisation en préparation du sommet de Copenhague sur les changements climatiques, en décembre. Elle fait aussi écho à la résistance locale contre un projet d’implantation d’un d’aéroport à la place de ces landes forestières. 82 exploitations agricoles sont menacées. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi tenté de relier mobilisation internationale, réflexions, autogestion, lutte locale et mode de vie en adéquation avec ces combats. Récit en texte et en images. [NDLR : pour voir les images aller sur l’article d’origine]

Un demi millier de personnes ont, chaque jour, fréquenté le premier camp action climat français, du 2 au 9 août à Notre Dame des Landes en Loire Atlantique. Ce camp est né d’une conjonction de volontés et d’expériences : la participation d’un couple de militants au camp climat anglais l’année précédente, la volonté de l’association Les amis de Silence ! d’organiser un camp davantage tourné vers l’action, et une coordination d’associations locales cherchant à développer la lutte contre un projet d’aéroport. L’initiative rassemble des individus sans drapeau ni porte-parole. Les décisions sont prises par consensus pour essayer d’être le plus inclusif possible. Beaucoup découvrent pour la première fois quelques principes concrets d’autogestion. Vivre ensemble, à plusieurs centaines durant une semaine, dans un pré complètement vide quelques jours auparavant : le pari est de taille !

En 2006, le premier camp climat au Royaume-Uni réunit 600 personnes qui squattent un pré et tentent de fermer une centrale thermique, principal site d’émission de gaz à effet de serre du pays. L’expérience fait des petits : trois ans plus tard, on dénombre une vingtaine de camps climat dans le monde, inspirés par quatre grands principes : des actions directes non-violentes ciblant des « crimes » climatiques, une empreinte écologique minimale, le partage de savoirs et la construction d’un réseau de militants du climat. Ce mouvement, où les jeunes sont très présents, invente et tente de construire un mouvement mondial pour une justice climatique.

Le soleil est au rendez vous. L’autogestion du camp se passe sans incident majeur. Pour 2,70 euros minimum, on peut se nourrir correctement (et parfois gratuitement) sous des chapiteaux et des yourtes. Les diverses conférences se préparent sous des toiles tendues. La plupart des « résistants » dorment dans leurs tentes individuelles dispersées ça et là sur la vaste pelouse prêtée par un propriétaire lui-même engagé dans la lutte. Une forêt magnifique borde le camp dans laquelle on peut se promener à pied, traversant ainsi la future parcelle aéroportuaire de la région nantaise. Un gâchis environnemental immense quand on pense aux hectares de forêt coupée et remplacée par des parkings ou autres pistes largement goudronnées.

Ce projet de « Grand aéroport du Grand–Ouest pour une Grande Métropole », avec bien sur un Grand maire et un Grand président d’agglomération, est proposé par Lire la suite

Grenelle 2, les principales modifications apportées par le Sénat.

reglementation-environnement.com, le 16 septembre 2009, Laurent Vassallo

Grenelle 2, les principales modifications apportées par le Sénat.

Le Sénat est saisi en première lecture du projet de loi portant engagement national pour l’environnement, dit « Grenelle 2 », qui vise à appliquer concrètement les orientations fixées par la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, dite « Grenelle 1 ». Voici les principales modifications proposées par la commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat.

Le Sénat est saisi en première lecture du projet de loi portant engagement national pour l’environnement, dit « Grenelle 2 », qui vise à appliquer concrètement les orientations fixées par la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, dite « Grenelle 1 », que le Parlement a définitivement votée le 23 juillet dernier.

Le projet de loi Grenelle 2, qui comporte plus de 120 articles répartis en sept titres, traite de sujets aussi divers que la performance énergétique des bâtiments, l’urbanisme, les transports, l’énergie et le climat, la biodiversité, les risques pour la santé, les déchets et la gouvernance en matière de protection de l’environnement.

Compte tenu de l’ampleur de ce projet de loi Grenelle 2, la commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat a nommé quatre rapporteurs différents : Dominique Braye (UMP – Yvelines) pour l’urbanisme et les déchets, Daniel Dubois (UC – Somme) pour la gouvernance, Louis Nègre (UMP – Alpes maritimes) pour les transports et les risques, et Bruno Sido (UMP – Haute-Marne) pour l’énergie et la biodiversité.

Au cours de ses réunions des 27 mai, 10 et 11 juin, et 8 juillet 2009, la commission a examiné 1089 amendements. Le texte qu’elle a adopté, sur la base duquel la discussion s’engagera en séance publique selon la nouvelle procédure issue de la dernière révision constitutionnelle, intègre de nombreuses précisions et améliorations proposées par ses rapporteurs ou d’autres sénateurs. Les débats en séance publique du projet de loi Grenelle 2 sont prévus du mardi 15 septembre au jeudi 8 octobre.

Ci-après, voici les principales modifications proposées par la commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat.

Les bâtiments et l’urbanisme

La commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat a adopté des dispositions rendant obligatoire l’affichage des performances énergétiques dans les annonces immobilières.

La commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat a par ailleurs souhaité inciter les collectivités à s’engager dans l’élaboration d’un schéma de cohérence territoriale (SCOT) et renforcer la capacité de ces schémas à mettre en cohérence les politiques publiques locales d’urbanisme, d’habitat et de transport.

Tout en renforçant le rôle des SCOT dans l’orientation de l’aménagement du territoire, la commission a cependant veillé à préserver le domaine propre des plans locaux d’urbanisme, qui restent le document de référence en matière de droit du sol opposable aux personnes.

Les transports

La commission de l’économie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du Sénat a voté la création d’une taxe sur Lire la suite

Parution du numéro 35 de LaRevueDurable (septembre-octobre 2009) consacré au changement climatique le 29 septembre

 larevuedurable.com, Communiqué, le 17 septembre 2009

Parution du numéro 35 de LaRevueDurable (septembre-octobre 2009) consacré au changement climatique le 29 septembre

Le changement climatique menace d’ébranler tout ce qu’il y a de plus précieux pour la plupart d’entre nous : nos familles, nos idéaux de justice et d’équité, nos idées d’un monde meilleur en devenir. A la veille du Sommet de Copenhague sur le climat, qui aura lieu en décembre, LaRevueDurable consacre son numéro de rentrée à l’enjeu climatique afin de donner un éclairage maximal à cet événement majeur, à sa préparation, à son rôle. Magnifiquement illustré par les photos du collectif Argos, le 35e dossier de LaRevueDurable donne tous les éléments scientifiques, économiques, géopolitiques, éthiques, de justice et de simple bon sens qui fondent l’objectif de ramener au plus vite la concentration de CO2 dans l’atmosphère à 350 parties par million (ppm) (elle atteint aujourd’hui 385 ppm et augmente de 2 ppm par an).

LaRevuedurable souhaite à ce titre relayer pleinement la journée mondiale d’action en faveur du climat, le 24 octobre, autour du chiffre 350. Cette initiative vise à créer un mouvement planétaire qui transcende les frontières nationales et les barrières sociales et politiques pour demander aux dirigeants des pays les plus émetteurs de prendre les mesures qui s’imposent pour faire de la Terre un havre de paix pour l’Humanité.

Vous voulez recevoir ce numéro et n’êtes pas abonné-e ? Réservez-le dès maintenant au prix de 9 euros (port inclus) en indiquant votre adresse postale, par retour de ce courriel. Les envois se font uniquement après paiement, par chèque à l’ordre de Cerin Sàrl, ou par carte de crédit (appelez le +41 26 321 37 11).

Tour de France de LaRevueDurable :

Retrouvez LaRevueDurable au Salon Horizon Vert à Villeneuve sur Lot les 3-4 octobre au Parc des Expositions, ainsi que de nombreux autres exposants. 21ème salon de l’écologie et de l’habitat. « Du concret à partager » – horizon vert

LaRevueDurable est partenaire de la 3e université d’automne du WWF France qui aura lieu les 20 et 21 octobre au Pavillon de l’Eau, Paris 16e , sur le thème : Quel accord à Copenhague pour faire face à l’ultimatum climatique ? Cette université de rentrée s’intègre dans le cadre de la campagne de mobilisation inter-ONG l’ultimatum climatique : copenhague. Contact : universite2009@wwf.fr – 01 55 25 84 37. LaRevueDurable animera la conférence  intitulée « Le climat peut-il encore attendre ? » qui aura lieu le 20 octobre de 9h30 à 11h00

LaRevueDurable soutient les Ateliers du Développement Durable, qui se déroulent à Bordeaux (Mériadeck) les 20 et 21 octobre. Les ateliers et conférences portent sur la question : « Le développement durable, un levier pour sortir de la crise ? » add – Caroline Queillé – 01 45 15 50 38

LaRevueDurable est partenaire des 2è Assises Nationales de l’Education à l’environnement vers un développement durable (EEDD), qui ont lieu à Caen du Lire la suite

A bas le développement durable ! Vive la décroissance conviviale !

eco.loucevenol.com, Serge Latouche, le 16 septembre 2009

A bas le développement durable ! Vive la décroissance conviviale !

 «Il n’y a pas le moindre doute que le développement durable est l’un des concepts les plus nuisibles». Nicholas Georgescu-Roegen, (correspondance avec J. Berry, 1991) (1).

On appelle oxymore (ou antinomie) une figure de rhétorique consistant à juxtaposer deux mots contradictoires, comme «l’obscure clarté», chère à Victor Hugo, «qui tombe des étoiles…». Ce procédé inventé par les poètes pour exprimer l’inexprimable est de plus en plus utilisé par les technocrates pour faire croire à l’impossible. Ainsi, une guerre propre, une mondialisation à visage humain, une économie solidaire ou saine, etc. Le développement durable est une telle antinomie.

En 1989, déjà, John Pessey de la Banque mondiale recensait 37 acceptions différentes du concept de «sustainable development» (2). Le seul Rapport Bruntland (World commission 1987) en contiendrait six différentes. François Hatem, qui à la même époque en répertoriait 60, propose de classer les théories principales actuellement disponibles sur le développement durable en deux catégories, «écocentrées» et «anthropocentrées», suivant qu’elles se donnent pour objectif essentiel la protection de la vie en général (et donc de tous les êtres vivants, tout au moins de ceux qui ne sont pas encore condamnés) ou le bien-être de l’homme (3).

Développement durable ou comment faire durer le développement

Il y a donc une divergence apparente sur la signification du soutenable/durable. Pour les uns, le développement soutenable/durable, c’est un développement respectueux de l’environnement. L’accent est alors mis sur la préservation des écosystèmes. Le développement signifie dans ce cas, bien-être et qualité de vie satisfaisants, et on ne s’interroge pas trop sur la compatibilité des deux objectifs, développement et environnement. Cette attitude est assez bien représentée chez les militants associatifs et chez les intellectuels humanistes. La prise en compte des grands équilibres écologiques, doit aller jusqu’à la remise en cause de certains aspects de notre modèle économique de croissance, voire même de notre mode de vie. Cela peut entraîner la nécessité d’inventer un autre paradigme de développement (encore un ! mais lequel ? On n’en sait rien). Pour les autres, l’important est que le développement tel qu’il est puisse durer indéfiniment. Cette position est celle des industriels, de la plupart des politiques et de la quasi-totalité des économistes. A Maurice Strong déclarant le 4 avril 1992 : «Notre modèle de développement, qui conduit à la destruction des ressources naturelles, n’est pas viable. Nous devons en changer», font écho les propos de Georges Bush (senior) : «Notre niveau de vie n’est pas négociable» (4). Dans la même veine, à Kyoto, Clinton déclarait sans prendre de gants : «Je ne signerai rien qui puisse nuire à notre économie» (5). Comme on sait, Bush junior a fait mieux…

Le développement soutenable est comme l’enfer, il est pavé de bonnes intentions. Lire la suite

Un ultimatum contre la bombe climatique

toogezer.com, propos recueillis par Olivier Moulergues, le 17 septembre 2009

Un ultimatum contre la bombe climatique

Pour faire progresser les négociations internationales sur le changement climatique à Copenhague, onze ONG, dont Greenpeace, ont lancé en mai dernier une pétition adressée au président Nicolas Sarkozy “L’ultimatum climatique(http://www.copenhague-2009.com/appel). Son objectif : la division par deux des émissions d’ici 2020 et 100 milliards d’aide au pays du Sud pour un développement propre et l’adaptation aux changements climatiques. Pascal Husting, directeur de Greenpeace France et Karine Gavand, responsable de la campagne climat nous parlent de cette mobilisation sans précédent en faveur de la justice climatique.

Comment est née cette initiative ?

Karine Gavand : “Ce sont des ONG de protection de l’environnement, dont Greenpeace, qui ont eu l’idée de rassembler les associations écologistes et humanitaires françaises pour parler d’un sujet qui transcende les domaines environnemental et humanitaire : la lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons une logique de plateforme qui permet à chacun de garder son indépendance en s’unissant juste pour cette action commune précise.”

Pourquoi agir seulement au niveau français alors que la négociation sera mondiale ?

Pascal Husting : “Cette campagne n’est que le versant français d’une série d’évènements qui se tiennent actuellement partout dans le monde. Les français ne pouvaient pas interpeller Merkel et les allemands Nicolas Sarkozy, il nous fallait bien commencer par quelque part !”

Karine Gavand : “La campagne internationale TCK http://www.timeforclimatejustice.org/clip/ menée par la fondation de Kofi Annan The Global Humanitarian Forum est une mobilisation internationale en faveur de la justice climatique. Le principe est simple : chaque internaute publie sont tic tac de pendule pour réveiller les décideurs avant qu’il ne soit trop tard.”

La France est-elle à la « traîne » ?

Karine Gavand : “Il y a une grande différence entre les discours qui pourraient faire croire que le gouvernement s’engage et les actes réels. La France fait en réalité très peu pour l’efficacité énergétique. Les objectifs de Kyoto sont certes respectés, mais il s’agit d’une simple stabilisation des émissions. L’Allemagne, partie de résultats moins bons, voit ses émissions diminuer beaucoup plus rapidement.”

Pascal Husting : “Il y a des choix à faire. Lorsque l’on décide de dépenser 30 milliards pour le plan de défense ou 3 milliards pour la suppression de la TVA dans la restauration mais que l’on refuse trois milliards pour soutenir un développement plus propre des pays du Sud, on ne peut pas dire que l’on s’engage pour la justice climatique.”

La justice climatique est-elle Lire la suite