Le Medef est–il prêt pour la « décroissance prospère » ?

novethic.fr, Béatrice Héraud, le 4 septembre 2009

Le Medef est–il prêt pour la « décroissance prospère » ?

L’organisation patronale est visiblement « à la recherche des temps nouveaux », comme le suggère l’intitulé de son université d’été. Pendant trois jours les patrons ont ainsi pu réfléchir à un « capitalisme éthique », à la question de savoir si nous sommes « tous des enfants de Bill Gates » et même à la « décroissance prospère »…

Alors que la crise économique sévit encore et pour un moment sans doute, le MEDEF a voulu repenser le monde lors de son université d’été, du 2 au 4 septembre 2009. Le thème de ces trois journées : « à la recherche des temps nouveaux ». Tout un programme. « A la recherche… parce que face à une crise d’une ampleur et d’une violence sans précédent, nous avons une responsabilité collective : celle de remodeler, de redessiner, de découvrir, voire d’inventer « autre chose ». Des temps nouveaux…parce qu’il n’y a probablement pas de modèle unique, pas une vision uniforme du futur », explique en préambule la patronne des patrons, Laurence Parisot. Cette « autre chose » pourrait-elle aller jusqu’à la « décroissance prospère » ?

Ce concept oxymorique inventé par Hugues Rialan, directeur de la gestion financière de Robeco, était en effet l’objet d’une table ronde qui a curieusement trouvé son public au sein de l’organisation patronale. L’idée de la décroissance ferait-elle donc son chemin au MEDEF ? Dans l’amphithéâtre assez bien rempli du campus d’HEC, si certains ont grincé des dents, d’autres ont en tous cas applaudi les conceptions de Pierre Rabhi, l’agriculteur et penseur qui prône « l’insurrection des consciences », ou écouté avec un intérêt parfois sceptique les pistes évoquées par le député Yves Cochet ou la sociologue et économiste Saskia Sassen… D’ailleurs, « le fait d’avoir programmé une conférence sur le sujet et la présence des gens montrent qu’une certaine frange est au moins ouverte à débattre sur la question », souligne Hugues Rialan. Certes. Mais qu’entend-il exactement par ce concept au nom provocateur ?

« Le mécanisme de croissance qui a fonctionné jusqu’à présent ne peut mathématiquement pas continuer jusqu’à l’infini », annonce-t-il d’emblée. Dès lors, « nous avons deux choix, poursuit-il. Ou c’est une décroissance imposée, non pilotée ni heureuse, ou c’est une décroissance choisie. Seulement, si l’on continue à consommer moins en étant aussi nombreux sur terre, on ne règlera pas les problèmes de réchauffement climatique ni l’épuisement des ressources. En même temps que le contrôle de notre consommation, il faut donc aussi réguler la démographie. » Autrement dit contrôler les naissances, essentiellement dans les pays développés, pour permettre de garder un certain niveau de vie… « La question démographique est taboue en Occident, avoue Yves Cochet. Mais elle est essentielle : l’empreinte écologique d’un enfant français est équivalente à celle de 13 enfants burkinabais… »

Décroissance ou croissance verte ?

Le malthusianisme semble donc avoir, aujourd’hui encore, ses adeptes… Parmi les pistes évoquées, la suppression des allocations pour les familles nombreuses ou encore la taxe sur les ménages à partir du quatrième enfant, comme le fait déjà le Maroc… Des mesures qui laissent dubitatif Pierre Rabhi, pour lequel il faut d’abord et avant tout se poser la question des valeurs et de la place du superflu dans une « société d’abondance sans satisfaction ». De son côté, Siskia Sassen, plaide, avant de parler de décroissance, pour la mise en œuvre d’une « production écologique » avec un soutien des gouvernements à la réalisation de bâtiments « zéro émission » ou pour la réduction des « mobilités non nécessaires » au profit de la production locale par exemple.

Produire plus ou autant avec d’autres instruments, c’est pourtant une « illusion » insiste Yves Cochet,  car « l’économie actuelle vit sur un capital qui s’épuise : 80% de notre énergie vient du sous-sol et est non renouvelable. D’ailleurs qu’on le veuille ou non, nous sommes déjà dans la décroissance »… Par la force des choses effectivement, soupire le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest: « à partir du moment où l’on voit son pouvoir d’achat baisser, on achète moins, c’est clair ». Mais l’envie de consommer, elle, reste encore bien présente. Au Nord comme au Sud… Et comment concilier emploi et décroissance ? Face au sentiment d’iniquité, la contestation sociale rejoindra-t-elle le mouvement de la décroissance ?

« Cette crise, ou plutôt ces crises, montrent en tous cas une demande de sens considérable de la société actuelle », clamera Philippe Lemoine, le président de Laser*, lors de la conférence suivante à l’intitulé grandiloquent : « le capitalisme sera éthique ou ne sera pas. » Avant que les 3 000 participants ne se réjouissent à l’idée d’entendre la ministre de l’économie Christine Lagarde parler du retour de la croissance – certes encore embryonnaire (+0,3% pour le deuxième trimestre 2009) – pour la France, qui « performe mieux » que ses voisins européens…Parler de décroissance, pourquoi pas? Mais pour les temps futurs…

*groupe spécialisé dans la relation client et la prospective

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