Nicolas Hulot combat « Le Syndrome du Titanic » au cinéma

aqui.fr, Solène Méric, le 4 septembre 2009

Nicolas Hulot combat « Le Syndrome du Titanic » au cinéma

Nicolas Hulot, était jeudi 3 septembre, à Bordeaux pour présenter en exclusivité son premier long métrage. Co-réalisé en partenariat avec Jean-Albert Lièvre, grand réalisateur de film documentaire, « Le Syndrome du Titanic« , sans point de comparaison possible avec les émissions « Ushaïa Nature », ouvre selon ses auteurs « un champ de débat, de dialogue et de réflexion » sur la réalité de notre monde en crise. Mettant en lumière paradoxes et absurdités de nos sociétés, le film dresse un portrait alarmant de cette humanité aveugle qui continue à danser et à chanter alors que le bateau coule, ou presque…

Soyons clairs, « Le Syndrome du Titanic » n’est pas un film environnemental, pas plus qu’il n’est un long format des émissions auxquelles nous a habitué Nicolas Hulot. « Ce film est d’avantage un appel à la raison et un acte politique qu’un documentaire sur la crise écologique. D’ailleurs, la « belle nature sauvage » est la grande absente… »
Des images chocs

Si le projet, envisagé il y a quatre ans, penché du côté du bilan écologique, le résultat final en est assez éloigné puisqu’il dresse non pas le constat d’une crise écologique, mais de l’ensemble des crises qui touchent la condition humaine. « On a trop l’habitude d’identifier une crise indépendamment d’une autre. Pour s’accommoder de la réalité, on parle d’une crise économique, d’une crise environnementale, d’une crise culturelle… Mais tout est lié, l’homme doit faire face à une seule crise particulièrement complexe et grave, une crise de l’humanité, voire humanitaire. » Et pour démontrer l’idée, lui et Jean-Albert Lièvre, ont baladé leur caméra aux quatre coins du monde, de l’opulence la plus scandaleuse, à la misère, par définition, inacceptable. Et la succession de ces images chocs fonctionne.

Comment ne pas s’interroger quand, à la vision d’un « Bar à oxygène » tokyoïte, où chiens et maîtres s’enferment quelques minutes dans des cylindres « d’air pur », succède l’image difficile de vieillards chinois démunis, dont des cages grillagées sont les seuls abris?

Comment rester impassible devant ces touristes occidentaux photographiant et filmant, contre rémunération, une famille d’une tribu de Namibie ? Quelle réaction avoir lorsque à la vision d’un de ces « malls » américains, temples de la surconsommation, succède les images d’un Nigeria où des petites mains s’échinent à réduire en miette les circuits imprimés, et toxiques, de nos ordinateurs ? Et enfin quelle logique faut-il voir entre les trottoirs bondés de sans-abris d’une grande ville américaine, et la file de clients dormant à même le sol la nuit précédent le lancement du nouvel Iphone ?

« Pas trop tard pour changer »

Par dessus ces images, alternent les commentaires personnels d’un Nicolas Hulot mi-désespéré mi-optimiste, et des extraits de discours ou interviews de grands témoins historiques comme JFK, Oppenheimer, Al Gore, et bien d’autres. Ces regards extérieurs se posent généralement dans une posture optimiste sur l’avenir de l’humanité, et sa capacité à s’en sortir. Mais, à la réflexion, ces témoignages souvent anciens mettent en exergue l’absence d’amélioration, voire l’aggravation de la situation depuis qu’ils ont été prononcés

Même si les commentaires se veulent par moment plus optimistes, soutenant l’idée qu’il n’est « pas encore trop tard pour changer » notre manière d’être, c’est plutôt amer et inquiet que l’on sort de la salle de cinéma. Mais sans doute l’individu doit-il en passer par là, pour passer à l’action, ou du moins réfléchir à ses propres habitudes de vie. A vous de voir, à partir Lire la suite

A Bordeaux, Jouanno monte au feu

sudouest.com, Jean-Denis renard, le 5 septembre 2009

TAXE CARBONE. La secrétaire d’État à l’Écologie a balayé tous les sujets hier, notamment celui de la taxe carbone

A Bordeaux, Jouanno monte au feu

Chantal Jouanno doit commencer à prendre l’habitude. Il y a peu en Auvergne, la secrétaire d’État à l’Écologie a affronté la fournaise d’un débat passionné sur les éoliennes qui se multiplient sur les crêtes du Massif central. Hier à Bordeaux, la troisième levée de son tour de France du Grenelle de l’environnement a pris un tour orageux à propos du terminal méthanier du Verdon, à l’embouchure de la Gironde. En matière de développement durable, c’est en premier lieu sur les enjeux de proximité que l’intérêt se cristallise. CQFD.

Au moins la thématique ne décourage-t-elle personne. À preuve, la salle de l’Athénée municipal de Bordeaux était comble pour ce débat public « modéré » par Patrick Venries, le directeur de l’information de « Sud Ouest », et Alain Pagès, le rédacteur en chef de France Bleu Gironde.

Flanquée d’Alain Juppé, le maire de Bordeaux, et d’Alain Rousset, le président de la Région Aquitaine, Chantal Jouanno entendait défendre la démarche du Grenelle de l’environnement, impulsée au printemps 2007 et sanctionnée par une première loi-cadre au début de cet été. « Nous ne sommes pas là pour en dresser le bilan. Nous ne sommes qu’au début de l’étape, il y a beaucoup de choses à construire », a-t-elle entamé.

Et arriva la taxe carbone…

Au milieu de ce « beaucoup de choses », il fallait bien revenir sur la désormais fameuse taxe carbone qui squatte tous les commentaires. Chantal Jouanno s’est engagée prudemment sur ce terrain miné pour donner les trois directions à emprunter : « Taxer moins le travail et plus la pollution, le faire à niveau de prélèvement constant, et redistribuer 100 % du produit de la contribution. On prendra en compte la distinction entre les ruraux et les urbains et celle entre les riches et les pauvres », a indiqué la secrétaire d’État.

La règle du jeu voulant que la salle intervienne, celle-ci l’a largement utilisée. À commencer par Stéphane Lhomme, le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, qui s’est insurgé contre le fait que l’électricité d’origine nucléaire soit exclue du champ de la contribution climat-énergie. « En hiver, les pointes de consommation obligent à importer du courant d’Allemagne, du courant produit par des centrales thermiques au charbon. Mais on veut protéger le tout chauffage électrique », a-t-il lancé.

Chantal Jouanno ne l’a pas contré sur le constat. Elle a simplement plaidé pour une realpolitik énergétique à la française. « Je n’éprouve aucun amour pour le nucléaire, mais ça fait tourner la machine. Grâce à lui, nous émettons 20 % de gaz à effet de serre de moins que la moyenne européenne », a-t-elle rétorqué.

Bilbao et les OGM

Pour le reste, le débat a balayé à peu près tous les sujets environnementaux d’essence régionale. Alain Rousset a vigoureusement plaidé pour Lire la suite