Avant-Copenhague : l’impasse ?

planete-terra.fr, Karine Le Loët, août 2009

Avant-Copenhague : l’impasse ?

Pierre Radanne, l’un des acteurs des négociations, constate que les 5 voies d’accord possibles sont dans l’impasse et que le traité risque de ne jamais voir le jour. A un peu plus de trois mois du sommet sur le climat de Copenhague…

Pierre Radanne, consultant en énergie et ex-président de l’Ademe, appuie actuellement les pays francophones (notamment africains) dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique.

A près de trois mois du sommet de Copenhague où en sont les négociations ?

Pour l’instant nous sommes dans l’impasse. Au départ, il y avait cinq voies d’entrée possibles. La première voie consistait à suivre quelques grands engagements – pas d’augmentation de plus de 2°C, division par deux des émissions et réduction des émissions de 80 à 85% pour les pays industrialisés d’ici à 2050. Cette voie avait le soutien des scientifiques, des grandes ONG, de l’UE. Mais son échec était prévisible. On ne peut pas appeler à diviser les émissions de gaz à effet de serre sans garantir aux pays du Sud une aide au développement. A Rio [Sommet de la Terre qui s’est tenu en 92], on leur avait fait des promesses qui n’ont pas été tenues. Les transferts de technologie par exemple n’ont pas eu lieu. La deuxième option possible, c’était de demander aux pays d’appliquer enfin le le protocole de Kyoto – réduction de 5% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012 (par rapport à 1990). Impossible là encore, les États-Unis n’ont pas signé et ne signeront pas Kyoto tandis que les pays signataires ont beaucoup dévié de leurs objectifs. La troisième option ? L’argent. On peut résoudre certains aménagements avec du financement. Mais l’argent a disparu avec la crise financière. La quatrième voie consistait à organiser des accords bilatéraux entre les grands pays. C’est une option aujourd’hui explorée par les États-Unis. Mais certains rapprochements restent très difficiles. Restait alors le passage à l’action individuelle. Chaque pays, avec ses moyens, élabore des plans de réductions des émissions. Ça avance, mais le mouvement n’est pas assez fort pour tirer l’ensemble du monde vers un accord.

Peut-on imaginer que la situation se débloque d’ici Copenhague ?

Il y a eu des changements récents. Avec Obama, les États-Unis ont renoncé à deux arguments bloquants : l’un consistait à dire que le changement climatique n’existait pas, le second qu’agir pouvait menacer l’économie américaine. Reste un dernier verrou qui n’est toujours pas levé : les États-Unis – gendarmes du monde – refusent toujours de signer un accord de l’ONU avec un mécanisme de sanctions. Je ne crois pas qu’il y aura un accord à Copenhague. Pour des négociations de cette complexité, il faut un minimum de confiance. Or, celle-ci est au niveau zéro. Chacun met des phrases côte à côte dans un texte où tout devient contradictoire. Du coup, le texte de négociations fait 400 pages alors que le traité final doit en faire 30 ! Il y a déjà eu 40 jours de négociations. Et nous n’avons pas fait sauter un seul point de désaccord. Il reste trois semaines de négociation avant le sommet de Copenhague, deux semaines à Bangkok et une semaine à Barcelone. Mais nous ne réglerons pas ces problèmes en quelques semaines.

Quelle sera alors l’issue de Copenhague ?

Trois options semblent se profiler a priori. On peut arriver à un désaccord négatif. En clair, on annule la négociation et on reprend en juin 2010. La deuxième option : un désaccord constructif. Là, chaque pays s’engage à adopter un programme de passage à l’action volontaire pour débloquer le jeu et construire la confiance avec les autres partenaires. Reste la possibilité d’un accord Lire la suite

Teddy Goldsmith

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 27 août 2009

Teddy Goldsmith

Le mouvement écologique vient de perdre un de ses parrains – dans le meilleur sens du terme – avec la disparition d’Edward, dit « Teddy », Goldsmith, survenue le 21 août, dans sa maison située près de Castellina in Chianti, en Toscane. Sans doute moins connu qu’Ivan Illich ou André Gorz, il n’en a pas moins imprimé une forte empreinte sur l’écologie politique. Son influence intellectuelle a été portée par la parole et par un journal, The Ecologist, autant que par ses ouvrages. Il assumait aussi un engagement militant original, soutenu par le hasard de la fortune, qui l’avait richement doté.

Teddy Goldsmith est né le 8 novembre 1928 à Paris de Frank Goldsmith et de Marcelle Mouiller. Frank avait quitté l’Angleterre en 1918, suite à la vague antiallemande qui sévissait alors dans ce pays. Il bâtit en France une affaire très prospère, la Société des hôtels réunis, donnant à ses deux enfants – le cadet de Teddy, Jimmy, est né en 1933 – une enfance dorée, la double nationalité (française et anglaise), et une fortune que Jimmy saurait multiplier et Teddy ne pas dilapider.

Edward a connu une enfance heureuse, entre les palaces cinq étoiles, quelques semestres aux Bermudes, pendant la deuxième guerre mondiale, où il développa une passion très bien informée sur les coquillages, avant d’entreprendre des études à Oxford, au Magdalen College, qu’il ne poussa pas au-delà de la troisième année. Il passa ensuite, entre 1953 et 1955, deux ans de service militaire dans les services de renseignement en Allemagne, avant de « s’essayer » aux affaires, dans une entreprise de distribution de composants électroniques. Sans grand succès, comme il l’indiquait lui-même : dans une courte notice autobiographique, il précise qu’il « consacrait l’essentiel de son temps libre à l’étude des sujets qui continuent à (le) préoccuper ». Grand lecteur, il put abandonner l’idée de gagner sa vie à la mort de son père, en 1967, pour se consacrer à des sujets plus proches de sa compétence.

Les deux frères, Teddy et Jimmy, auraient passé un accord oral selon lequel Jimmy aurait la disposition de l’héritage pour le gérer au mieux, tout en versant une rente à Teddy pour le reste de sa vie. L’accord, fidèlement respecté par un cadet qui deviendrait milliardaire, tout en restant très admiratif de l’envergure intellectuelle de son aîné, a permis à celui-ci de mener une vie dégagée des soucis matériels.

Mais certainement pas oisive. Dès 1968, Teddy, qui avait fait plusieurs voyages d’étude dans des contrées alors encore reculées, notamment au Botswana, participait à la fondation de ce qui allait devenir Survival International, l’organisation de défense des peuples premiers. En 1969, il lançait au Royaume-Uni The Ecologist, une revue austère, mais qui allait s’imposer comme une référence dans la réflexion sur l’actualité environnementale. En 1973, il publiait Blueprint for Survival (Changer ou disparaître, Fayard), qui est devenu un best-seller : il y expliquait, parmi les premiers, comment la poursuite de la croissance et du productivisme conduisait à une dégradation insupportable de la planète Terre.

CONCEPT DE DÉCROISSANCE

Le succès de ce livre allait lui permettre d’asseoir plus confortablement The Ecologist et de répandre ses idées avec plus d’efficacité. Il fut ainsi un des premiers à faire connaître Nicholas Georgescu-Roegen, l’économiste qui élabora le concept de décroissance. Il soutint le développement de la théorie Gaïa de James Lovelock et Lynn Margulis : selon cette théorie, le fait que la Terre manifeste une capacité extraordinaire à maintenir son équilibre (homéostasie) permettait d’inférer qu’il s’agissait en fait Lire la suite