Changement climatique : La chaleur affole les vignes

sudouest.com, César Compadre, le 15 Aout 2009

CLIMAT. Pour mobiliser les Français sur les impacts néfastes du réchauffement climatique, Greenpeace prend en exemple le monde viticole. Un marqueur intéressant

La chaleur affole les vignes

Comment montrer concrètement au grand public les effets du réchauffement climatique planétaire ? Fonte des glaces dans les pôles ; biodiversité qui perd la tête avec des poissons tropicaux arrivant curieusement sous nos latitudes ; mais aussi évolution de la viticulture et des caractéristiques des vins.

C’est ce marqueur viticole qu’a choisi Greenpeace pour tenter de mobiliser les Français à l’approche de la conférence de Copenhague (voir ci-dessous). Cette association, en pointe sur toutes les questions environnementales, a écrit une lettre ouverte au président de la République. Elle a été publiée le 12 août par le journal « Le Monde ». Signée par une cinquantaine de propriétaires et de professionnels de toutes les régions viticoles, elle pointe la « menace sur l’équilibre des terroirs, et l’âme de nos vins, du réchauffement climatique de la planète ».

Au-delà de son côté militant, et qui force volontairement le trait pour toucher au cœur, cette initiative a le mérite de remettre la vigne, plantée dans une soixantaine de pays du monde, au centre de l’échiquier climatique.

À l’écoute de la plante

« Le vin est un produit qui parle aux Français. Pour notre prochaine action – toujours en vue de Copenhague -, nous mettrons en avant les perturbations dans les paysages alpins », indique Anaïz Parfait, chargée de la « mobilisation climat » à Greenpeace, association revendiquant 85 000 adhérents.

Mais quel est l’impact réel du réchauffement climatique – sur lequel d’ailleurs tous les experts ne sont pas d’accord – sur la plante elle-même et les vins produits ? Si la lettre ouverte dénonce, pêle-mêle, les « canicules estivales », les « grêles » ou les « maladies venant du sud », difficile d’y voir clair. Même si des dérèglements se constatent, comme le note Stéphane Derenoncourt, signataire du document et œnologue reconnu installé en Bordelais (voir ci-dessous).

Pour Yvon Minvielle, propriétaire du château Lagarette (5 hectares, tout près de Bordeaux), et autre signataire, le constat est sans appel. « On met trop de chimie dans les vignes. Il faut se remettre à l’écoute de la plante et privilégier le préventif. Le réchauffement climatique est une occasion pour se poser les bonnes questions », prône ce praticien de la biodynamie.

Du bordeaux en Anjou ?

Sachant que sur des terroirs adaptés, les cépages atteignent le plus souvent leur maximum qualitatif à la limite septentrionale de leur culture (par exemple le cabernet dans le Bordelais), si le climat se réchauffe de plusieurs degrés d’ici à la fin du siècle, la donne en sera fondamentalement modifiée. Plus chaud, le climat girondin serait moins propice à l’épanouissement de ce cépage. Trouvera-t-il alors un terrain plus adéquat plus au nord, par exemple en Anjou ? Devra-t-on planter des cépages méridionaux – comme la syrah ou le grenache – en terre d’Aquitaine ? Sachant qu’un réchauffement moyen d’un degré transfère en théorie les cultures d’environ 300 kilomètres vers le nord dans notre hémisphère, tout est plausible. Il faut savoir que des Champenois ont déjà acheté des terres au sud de l’Angleterre. Pour y produire peut-être des bulles plus tard… À quand alors un bon vin rouge ensoleillé en Scandinavie ?

Et si la vigne s’adaptait ?

Mais ne sous-estimons pas les capacités d’adaptation de la vigne à des conditions changeantes. Contrairement à une idée reçue, dans l’histoire des vignobles, les cépages cultivés hier ne sont pas toujours ceux en place aujourd’hui.

Bordeaux en est un bon exemple. De plus, les techniques (porte-greffe, modes de culture, vinification…) évoluent et pourraient être transférées de pays plus chauds vers nos contrées du Sud-Ouest. Tout dépendra bien sûr de l’ampleur réelle du réchauffement, si, au final, réchauffement généralisé il y a.

« L’effet est réel et les saisons se dérèglent »

Stéphane Derenoncourt : « On ne peut encore rien prouver. »

« Sud Ouest ».

Le réchauffement climatique est-il pour vous une réalité ?

Stéphane Derenoncourt. Oui mais il faut prendre le sujet avec des pincettes car nous n’avons pas de preuves formelles. Je constate cependant beaucoup d’aberrations dans le monde agricole, un important pollueur de notre planète. La viticulture étant l’« ambassade de luxe » de ce monde-là, nous devons être vigilants.

Quels changements constatez-vous sur le terrain ?

D’abord, le dérèglement des saisons, qui ne sont plus marquées comme dans le passé. Avec des excès d’eau, de froid ou de chaleur. Ce qui a aussi des conséquences pour gérer le travail du sol sur les propriétés. Or, pour fonctionner correctement, la vigne a besoin d’informations claires. Ce n’est plus évident de nos jours. Ces dérèglements ont aussi un impact sur la floraison, qui est souvent moins homogène, avec davantage de coulure. Du coup, la production est moindre dans les parcelles. Je note aussi des changements dans le comportement des insectes.

Avec des attaques parfois inquiétantes, notamment de variétés nouvelles sous certaines latitudes. C’est, par exemple, le cas en ce moment en Californie.

Et concernant les dates des vendanges et la hausse constatée ces dernières années des degrés alcooliques des vins sous nos latitudes ?

On constate effectivement ces dernières années une plus grande précocité dans la date des vendanges. Mais les séries historiques montrent que cela s’est déjà produit jadis. Je l’attribue davantage aux « effets millésime » classiques qu’à un réchauffement climatique. Sauf peut-être pour le très chaud millésime 2003.

De même pour la hausse des degrés d’alcool, plutôt imputable à mon avis aux améliorations techniques sur le terrain : palissage, maîtrise des rendements… Cela donne des vins plus concentrés en sucres, et donc ensuite en alcool.

Constatez-vous dans les exploitations une prise de conscience ?

Les vignerons sont observateurs et vigilants. La prise de conscience est progressive mais ce n’est pas évident car les informations sont diffuses. Et on ne note aucun effet désastreux sur le terrain. Le phénomène n’a aucune brutalité. Du coup, le sujet est même parfois angoissant, avec le discours alarmiste ambiant. Ce qui est malgré tout humain. Certains marchands en profitent aussi pour vendre dans des pays secs des produits phytosanitaires à des vignerons qui n’en ont pas besoin. Avec ce réchauffement, il y aura des bouleversements. Mais la plante tentera aussi de s’adapter.

Objectif Copenhague !

C’est la date clef cochée sur les agendas de tous les spécialistes du climat. Du 7 au 18 décembre prochain, Copenhague, la capitale danoise, accueillera la 15e conférence de l’Organisation des nations unies (ONU) sur le réchauffement climatique de la planète.

Un rendez-vous annoncé comme capital et stratégique car de nombreux spécialistes tirent depuis des années la sonnette d’alarme. Notamment dans le cadre du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Cette conférence danoise doit rassembler les responsables politiques de plus de 200 pays avec l’objectif affiché de prendre des décisions fortes. Sachant que les interrogations sur l’évolution du climat et le rôle de l’activité humaine sur son réchauffement inquiétant sont devenues ces derniers temps une véritable priorité. Y compris aux États-Unis. Un accord mondial sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est espéré pour l’après-2012, date d’expiration du protocole obtenu à Kyoto (Japon) en 1997, lors d’une précédente conférence sur le sujet.

Alors que certains parlent d’« ultimatum climatique » à Copenhague, plusieurs réunions préparatoires se tiennent aux quatre coins de la planète. La bataille de chiffres pour les réductions de GES dans chaque pays a déjà commencé.

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2 Réponses

  1. OUI 1948!

    C ‘est l’année où l’écrivain Américain Frédéric OSBORN a écrit le livre « la Planète au
    pillage.
    On y apprend que « l’homme » n’a pas attendu l’arrivée du pétrole pour de façon presque consciencieuse -pourrait t’on dire-détruire consciencieusement et méthodiquemnt la terre !

    Des effets des invasions Mongol en passant par le surpaturage dans un grand nombre
    de pays (Espagne et la Maesta – l’ Australie ) à l’abandon des cultures en terrasses provoquant ainsi
    des érosions (trop souvent) irréversibles l’homme a engendré de vrais déserts dont
    on croit trés souvent qu’ils sont naturels.(Certe, il ya des déserts naturels mais souvents ce ne sont pas ceux que l’on a à l’esprit!)
    Chacun de nous a en mémoire les jardins suspendu de BABYLONE qui n’étaient vraisemblablement rien d’autre que des jardins en terrasses !

    Ce ne sont ni le climat , ni la fatalité qui ont détruit la luxuriant Mésopotamie dont nous parlent les textes : c’est simplement l’homme et souvent sa recherche effrénée de puissance et de profit.

    Aujourd’hui de nombreux siècles sont passés et très peu de personnes ne se pause plus guère la question du pouquoi de ces décadences ( comme les Mayas par exemple)

    Les temps n’ont pas changés , l’homme est toujours le même . Il a « simplement  » en plus ce que l’on a coutume d’appeler la techno-science et donc acquît, grâce à elle, un pouvoir destructeur ,sans précédent dans l’histoire de l’humain mettant ainsi en très grand péril la planète !

    Nous sommes au bout du bout . Il va falloir faire trés vite!

    Amitié, Solidarité, Fraternité et Négawattivité

    Châteaurenard en Provence le 19 août 2009

    JOJO

  2. un article confus où l’on voit l’idéologie de greenpeace se confronter au pragmatisme scientifique de Stéphane Derenoncourt.
    Quelles catastrophes climatiques Greenpeace va-elle inventer pour faire croire au français que leur vin va disparaître ?
    Le problème est avant tout humain mais maintenant que le peuple a compris cela greenpeace n’a plus de fond de commerce.

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