La décroissance, un journal, pas un débat !

marianne2.fr, Régis Soubrouillard, le 6 Août 2009

La décroissance, un journal, pas un débat !

A l’occasion des quatrièmes rencontres estivales des objecteurs de croissance qui se tiennent cette semaine à Notre-Dame des Landes, Marianne2.fr a souhaité entrer en contact avec La Décroissance, le journal de la joie de vivre. L’accueil n’a pas été des plus chaleureux.

La décroissance aux abonnés absents

Difficile de ne pas succomber aux charmes d’un journal qui prend régulièrement pour têtes de turcs Cohn-Bendit, Nicolas Hulot, Yann Arthus-Bertrand et tous leurs patentés collègues défenseurs  de la cause  écolo-médiatique. La Décroissance est un journal avenant pour ceux qui en ont assez de manger la soupe écolo fadasse que nous sert régulièrement le trio des icônes vertes.

Dans sa dernière livraison, La décroissance met les pieds dans la bouillasse écolo en Une, sur fond vert « Listes Cohn-Bendit : ils ont vendu l’écologie ». Edité par Casseurs de pub et dirigé par Vincent Cheynet, La Décroissance, est le journal historique des objecteurs de croissance. Chaque mois, le journal vend un peu plus de 15 000 exemplaires en kiosque, auxquels s’ajoutent 5500 abonnés et 2000 ventes militantes. Outre Vincent Cheynet, Alain Accardo, sociologue proche de Pierre Bourdieu auteur notamment d’ouvrages sur la précarité en milieu journalistique, Jacques Testart, « père scientifique du premier bébé éprouvette », ou encore Raoul Vaneigem, situationniste, proche, un temps de Guy Debord, auteur du célèbre Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations,  sont des chroniqueurs réguliers.

Le pilonnage à l’encontre de Hulot, Cohn-Bendit, Voynet ou encore Bové – pourtant ancien contributeur du journal – est massif au point que certains reprochent au titre un sectarisme contre-productif, le risque de s’ériger en flics de la pensée verte. C’est le cas de l’économiste Serge Latouche, fervent partisan de la décroissance qui regrettait dès 2007 : « une certaine tendance au repli et au sectarisme. Au départ, c’était l’organe unificateur du mouvement, puis il est devenu partiel et partial. On peut d’ailleurs y lire parfois des injures copieuses ». C’est pour éviter ce type d’injures que la revue de réflexion Entropia s’est créée.

La Décroissance ne répond pas

Sectarisme, injures. Rien n’a changé à La Décroissance. Marianne2.fr a souhaité entrer en contact avec Vincent Cheynet, le rédacteur en chef de La Décroissance. Ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos questions qualifiant le site de « honte pour la presse », « calomniateur » – pour ne citer que les remarques les plus sympathiques –  avant même que d’avoir pu poser une question. La Décroissance ne s’adresse qu’aux convaincus de la décroissance.
Nous n’en saurons donc pas beaucoup plus sur la gazette des décroissants – hormis à feuilleter le journal en lui-même -. Le titre se plaît pour l’essentiel à dénoncer les écotartufes. Si l’exercice est savoureux, le discours décroissant tel qu’en lui-même frôle souvent la bondieuserie et n’affleure que marginalement dans les pages. De fait, La Décroissance ne vous apprendra pas grand chose sur la notion de décroissance, en revanche, des pages à n’en plus finir sur ce qu’elle n’est pas. Une quête d’identité par opposition qui prend souvent des airs de crise d’adolescence politique.

Partisan de la décroissance, le philosophe Jean-Claude Michéa, lors d’une conférence, faisait remarquer lui aussi que le mouvement « n’apparaît pas toujours à l’abri des conflits d’ego et de pouvoir (dont le signe le plus caractéristique est généralement le goût prononcé de quelques uns de ses leaders pour les exclusions, la violence verbale et la mauvaise foi polémique) alors même que ces militants devraient théoriquement se comporter d’une manière particulièrement exemplaire dans la mesure où la philosophie de la décroissance exige par définition un changement radical de nos manières quotidiennes de vivre et un degré supérieur de droiture et de désintéressement ».

Une idéologie de la soumission ?

Tous n’ont pas cette hauteur de vue. Repli sur soi, refus des débats, La Décroissance, – le journal- possède en revanche tous les atours de la revue doctrinaire. Dommage, le concept de décroissance fait pourtant l’objet de débats. Même parmi les personnalités les plus engagées contre la société industrielle. René Riesel, ancien anarchiste, qui écrit aux éditions de l’Encyclopédie des nuisances, dénonce lui, outre son catastrophisme écologiste systématique, derrière une posture rebelle, une logique de soumission à l’institution : « L’idéologie de la décroissance est née dans le milieu des experts, parmi ceux qui, au nom du réalisme, voulaient inclure dans une comptabilité « bioéconomique » ces « coûts réels pour la société » qu’entraîne la destruction de la nature. Elle conserve de cette origine la marque ineffaçable : en dépit de tous les verbiages convenus sur le « réenchantement du monde », l’ambition reste, à la façon de n’importe quel technocrate à la Lester Brown, d’internaliser les coûts pour parvenir à une meilleure gestion de la biosphère. Précisément parce que les décroissants se présentent comme porteurs de la volonté la plus déterminée de « sortir du développement », c’est chez eux que se mesurent le mieux à la fois la profondeur du regret d’avoir à le faire (renversé en autoflagellation et en commandements vertueux) et l’enfermement durable dans les catégories de l’argumentation « scientifique».
De cela non plus, Vincent Cheynet n’a pas souhaité discuter, raccrochant son téléphone sitôt le nom de René Riesel prononcé, peu intéressé de savoir si Marianne2.fr partageait ou non ses convictions. La Décroissance est un argument sans réplique. La Décroissance a toujours raison.
Aussi pour ceux qui s’intéresseraient véritablement aux « procédés et manœuvres » du management planétaire, aux enjeux civilisationnels des logiques de surabondance, tous les débats que nécessitent un « avenir limitant », les lectures d’intellectuels tels que Peter Sloterdijk, Pierre Legendre ou encore Jean-Claude Michéa seront autrement plus instructives.

Une Réponse

  1. Pas sûr que ce soient les lectures les plus éclairantes dans cette perspective. En revanche, la revue Mouvements a constitué récemment un dossier mis en ligne : http://www.mouvements.info/+-decroissance,1119-+.html

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