Etude sur la qualité des produits bio : un faux débat sur les avantages du bio, une vraie escroquerie intellectuelle

fnab.org, Communiqué de presse, le 6 août 2009

Fédération Nationale d’Agriculture Biologique des régions de France

Etude sur la qualité des produits bio (American Journal of Clinical Nutrition) : un faux débat sur les avantages du bio, une vraie escroquerie intellectuelle

Résumé

– une étude tronquée, des résultats volontairement faussés ;

– une confusion créée chez les consommateurs ;

– une stratégie des « ennemis du bio » à décoder dans un second temps ;

– une publication qui intervient à un moment où le bio n’a jamais été aussi en vogue.

Position et argumentaire

La Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique des régions de France – syndicat professionnel qui porte la parole des producteurs bio français – considère que l’étude parue dans l’American Journal of Clinical Nutrition constitue une quasi-escroquerie intellectuelle compte tenu des sérieuses et nombreuses lacunes relevées, notamment en matière de protocole de recherche, qui disqualifient les prétentions scientifiques poursuivies par l’étude. Ces insuffisances n’ont pas empêché – dans un premier temps – une reprise sans recul de certaines des conclusions les plus « sensationnalistes » de l’étude.

La FNAB – en accord avec l’analyse critique du Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (communiqué du 5 août) – rappelle que les résultats des 162 études compilées établissaient un avantage évident en bénéfices nutritionnels pour les produits bio (micro-nutriments) et mettaient en avant leur meilleure densité nutritionnelle (du fait de la plus grande teneur en matière sèche des produits bio) que les produits conventionnels. Elle regrette que la mention « compilation bibliographique » (d’études existantes, parfois elles-mêmes uniquement bibliographiques…) de cette étude ne soit pas précisée : elle n’apporte en fait aucune nouvelle donnée. La FNAB relève également les limites de la démarche « scientifique » : 1/3 seulement des références scientifiques est retenu pour asseoir un résultat  absence (inexplicable) de la non prise en compte des résidus de pesticides (les produits bio en sont exempts) ; absence de toute référence des bénéfices environnementaux de l’agriculture biologique liés à l’interdiction des produits chimiques de synthèse…

La FNAB s’interroge enfin sur l’opportunité d’un tel débat (et ce avec de tels arguments faussés) alors que de plus en plus d’agriculteurs se lancent dans un mode de production biologique, que ces techniques sont même reprises par bon nombre de producteurs conventionnels, que la satisfaction des consommateurs s’affirme et que Lire la suite

Les dangers de la «croissance verte»

auditalentsawards.liberation.fr, Aurèlien Boutaud, ni ancien ni futur ministre, environnementaliste, chargé de cours à l’université Jean-Moulin (Lyon-III), membre du comité de rédaction de la revue d’écologie politique EcoRev’ , le 5 août 2009

Les dangers de la «croissance verte»

Dans une tribune publiée le 17 juillet dans les colonnes de Libération, Claude Allègre expliquait sa vision d’une écologie politique fondée sur la «croissance verte». En ces temps de crise économique, l’idée a de quoi séduire : réparer la planète, voilà un marché qui s’annonce prometteur ! Nos gouvernants l’ont d’ailleurs bien compris : de Jean-Louis Borloo, qui n’hésite plus à affirmer que «l’adaptation aux changements climatiques va doper la croissance», à Nicolas Sarkozy, pour qui la croissance verte est le «stade ultime du capitalisme». Autant dire que M. Allègre n’a sans doute pas grand-chose à craindre de cette «écologie punitive» qu’il dénonce avec véhémence et qui, selon ses propres termes, serait défendue par de dangereux écologistes qui ont «la haine des hommes» et ne désirent rien d’autre que «la multiplication des taxes, les interdictions diverses et l’arrêt du progrès».

Pourtant, ce que ne dit pas assez M. Allègre, c’est que l’idéologie qu’il défend présente également quelques dangers pour l’avenir de l’humanité.

La technoscience nous sauvera…

Pour bien le comprendre, il faut se souvenir que les scientifiques considèrent que l’impact d’une société sur l’environnement relève de trois facteurs : la démographie, le niveau «moyen» de consommation ou de production par habitant et les technologies utilisées. Tout projet politique visant à réduire notre empreinte écologique est donc voué à agir sur un ou plusieurs de ces trois leviers d’action : population, consommation-production et technologie.

Il faut tout de suite constater que la question démographique est quasi systématiquement laissée de côté par les différents courants de pensée de l’écologie politique. C’est donc essentiellement sur les deux autres facteurs de l’équation que les projets s’affrontent. Et il va sans dire que pour les tenants de la «croissance à tout prix», à qui on a appris que «plus» équivalait à «mieux», il faut croître… c’est-à-dire consommer et produire toujours davantage. C’est d’ailleurs cela qu’ils nomment progrès. Pour faire face aux enjeux écologiques, ne reste à leur disposition que le troisième levier d’action : la technologie.

On comprend pourquoi celle-ci exerce une telle fascination sur les décideurs politiques et économiques, mais aussi sur les médias : la croyance en une technoscience capable de résoudre à elle seule tous nos soucis présente le grand avantage de ne pas remettre en cause les bonnes vieilles recettes productivistes. «Continuez à consommer, nos savants s’occuperont du reste

… A condition de laisser faire le marché

Bien entendu, tout cela doit s’opérer grâce à la main invisible du marché. C’est là le second point central de l’idéologie de la croissance verte décrite par M. Allègre : il ne faut pas que l’Etat intervienne. Point de taxes ! Point d’interdictions !

Pour éviter toute réglementation contraignante, les champions du libre marché n’ont alors qu’un mot à la bouche : Lire la suite

Le PNUE publie  »Climat en Péril » basé sur le dernier rapport du GIEC

actu-environnement.com, R. Boughret, le 21 juillet 2009

Le PNUE publie  »Climat en Péril » basé sur le dernier rapport du GIEC

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) vient de publier le guide intitulé  »Climat en Péril », à destination du grand public, basé sur le quatrième rapport de synthèse du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) publié en novembre 2007, auquel ont participé plus de 2.500 scientifiques internationaux.

Ce quatrième rapport prévoit notamment une hausse de température moyenne de 1,8 à 4 degrés, pouvant aller jusqu’à 6,4 degrés en 2100 par rapport à 1990.

Le GIEC recommande un objectif minimal de réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre en 2050, pour contenir le réchauffement global en deçà de 2°C.

Selon le PNUE, le guide  »Climat en péril » qui utilise un langage  »simplifié », illustré de graphiques, vise à aider à réduire le fossé entre science et politique, et à promouvoir la prise de conscience du public quant à l’urgence d’agir pour combattre les changements climatiques et leurs impacts.

Ce guide est une publication conjointe du GRID-Arendal et de SMI Books avec le soutien de l’Autorité norvégienne du contrôle de pollution et de l’agence suédoise de protection de l’environnement.

Télécharger le rapport en français Lire la suite

La trahison des patriciens

agoravox.fr, Forest Ent (son site), le 5 août 2009

La trahison des patriciens

Quelques réflexions estivales sur la structure de nos sociétés, avec zooms sur les IIIème et XIVème siècles, et moult commentaires pseudo-scientifiques, que les lecteurs auront à cœur de démonter. Ces deux périodes n’ont pas l’air d’avoir grand chose à voir, mais ce sont deux tournants de l’histoire de l’occident : la fin de l’empire romain et du moyen-âge qui en a résulté. Ce sont deux périodes d’effondrement social.

L’été est un bon moment pour se replonger dans les livres d’histoire. J’en profite pour développer quelques réflexions sur la structure de notre société. Elles prendront ici la forme d’un roman noir, afin de vous faire frémir sur les plages, de manière je l’espère modérée.

Dans un article cette année, j’ai comparé la période actuelle au XIVème siècle qui a vu le début du « monde plein » et de l’écroulement des structures médiévales. Je vais y revenir ici, mais aussi sur le troisième siècle, qui a vu le début de la fin de l’empire romain. C’est devenu une banalité de parler du déclin de l’empire occidental, après entre beaucoup d’autres Emmanuel Todd et Denys Arcand. Mais chaque spécialiste a tendance à voir les choses à travers le prisme de ses propres investigations. A l’heure actuelle, il n’y a pas vraiment de consensus sur les causes de la chute de l’empire romain, bien qu’il y ait beaucoup d’explications convergentes. Je vais en présenter ici une vision assez sociale. Ce n’est heureusement pas pour un doctorat, car je ne connais pas grand chose à ces périodes. J’ai remarqué qu’il y a des spécialistes parmi les rédacteurs. Ils voudront bien signaler et corriger les erreurs. Mon but est de rappeler quelques éléments qui éclairent notre époque, et tendent à montrer qu’elle est grosse de changements.

Qu’est-ce qui conduit le destin des nations ? Amha, ce sont la géographie physique (climat et ressources naturelles) et la technologie. La « politique », c’est à dire la manière selon laquelle une société s’organise et peut arriver à gaspiller les atouts que l’histoire lui a donnés, peut aussi y jouer un rôle négatif. Il me semble que les éléments économiques, monétaires, démographiques, les domaines militaires et la géographie politique en sont des conséquences. Ceci repose sur une vision assez mécaniste de l’humanité, qu’il convient d’expliciter tout d’abord.

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

Le couple géographie-technologie détermine la quantité de nourriture produite. Celle-ci engendre une économie et une démographie. Comme toutes les espèces animales sans prédateurs, l’humanité n’est limitée en nombre que par la quantité de nourriture disponible, car elle dispose d’une importante marge de fécondité, qui lui permet par exemple de se reconstituer rapidement après une catastrophe : il lui est arrivé de doubler en nombre en moins d’un siècle. En général, elle régule sa fécondité, et la démographie, comme la monnaie, est normalement une anticipation de l’économie. La manière la plus répandue est le contrôle spontané des naissances, qui n’a pas été inventé au vingtième siècle. Il s’accompagne assez bien d’un contrôle par la société, comme le célibat forcé – trait caractéristique des meutes de loups où la fécondité est monopolisée par le couple dominant. L’infanticide a été aussi pas mal pratiqué. Le cocotier et d’autres ballades de Narayama ont permis parfois d’éviter que les vieux improductifs ne n’incrustent trop. En cas d’échec de la prévision, il y a la famine, les épidémies et les guerres civiles.

La performance de la production de nourriture détermine la quantité d’actifs qui pourront se consacrer à autre chose, donc l’activité industrielle. Je ne défend pas une thèse physiocrate comme quoi seule l’agriculture serait productrice, mais je constate Lire la suite

Les civilisations meurent aussi

contreinfo.info, Debora MacKenzie, New Scientist, 2 avril 2008, traduction Contre Info, Richard Dawkins

Les civilisations meurent aussi

Les civilisations ne sont pas immortelles. L’épuisement des ressources, les atteintes à l’environnement, les conflits, la complexité, source de fragilité, ont par le passé provoqué la disparition de civilisations entières. Jugée à cette aune, l’hyper technicité occidentale, la mondialisation des réseaux et des flux, sont-elles des forces, un gage d’adaptabilité, ou des faiblesses potentielles ? Chercheurs et scientifiques apportent des éléments de réponse.

Apocalypse. La fin de la civilisation. La littérature et le cinéma regorgent de récits de peste, de famine et de guerres qui ravagent la planète, ne laissant que quelques survivants réduits à mener une existence primitive, parmi les ruines. Toutes les civilisations se sont effondrées finalement. Pourquoi en serait-il autrement pour la nôtre ?

Les scénarios d’apocalypse comportent en général une catastrophe majeure : un gigantesque astéroïde, une guerre nucléaire totale ou une pandémie catastrophique. Il existe cependant une autre possibilité glaçante : et si c’était dans la nature même des civilisations, la nôtre comme toutes les autres, que d’être destinées à s’effondrer tôt ou tard ?

Quelques chercheurs l’affirment depuis des années. Malheureusement, les recherches récentes effectuées dans des domaines comme la théorie de la complexité donnent à penser qu’ils ont raison. Il semble que lorsqu’une société se développe au-delà d’un certain niveau de complexité, elle devienne de plus en plus fragile. Finalement, elle atteint un point où même un incident relativement mineur peut provoquer l’écroulement de l’ensemble.

Ils sont quelques uns à considérer que nous avons déjà atteint ce point, et qu’il est temps de commencer à réfléchir sur la façon dont nous pourrions gérer l’effondrement. D’autres insistent sur le fait qu’il n’est pas encore trop tard, et que nous pouvons – nous devons – agir maintenant pour prévenir l’échec.

Les précédents historiques ne plaident pas en notre faveur. Pensez à Sumer, à l’Égypte ancienne et aux Mayas. Dans son ouvrage « Effondrement », paru en 2005, Jared Diamond, professeur à l’Université de Californie, considère que c’est leur mauvaise gestion de l’environnement qui est à l’origine de la chute de la civilisation Maya et des autres qui ont connu le même sort. Il avertit que nous pourrions prendre le même chemin si nous ne décidons pas de cesser de détruire l’environnement qui nous porte.

Lester Brown, du Earth Policy Institute à Washington, en convient. Il fait valoir depuis longtemps déjà que les gouvernements devraient accorder plus d’attention aux ressources environnementales vitales. « Il ne s’agit pas de sauver la planète. Il s’agit de sauver la civilisation », considère-t-il.

D’autres chercheurs estiment que nos problèmes ont une racine plus profonde. A partir du moment où nos ancêtres ont commencé à s’installer et à bâtir des villes, nous avons dû trouver des solutions aux problèmes nouveaux qu’apportait le succès. « Durant les 10 000 dernières années, la résolution des problèmes a produit une complexité croissante dans les sociétés humaines », Lire la suite

Rapport de la conférence des experts et de la table ronde sur la contribution Climat et Energie

ladocumentationfrancaise.fr, Michel Rocard, juillet 2009

Rapport de la conférence des experts et de la table ronde sur la contribution Climat et Energie

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

L’instauration d’une contribution « climat énergie » (CCE) compte parmi les mesures envisagées pour « encourager les comportements sobres » en carbone et en énergie et ainsi lutter contre le réchauffement climatique.

C’est dans ce contexte que cette contribution a été expertisée pour analyser les modalités de sa mise en œuvre éventuelle ainsi que ses différents effets.

Les deux premières parties de ce rapport sont constituées par les synthèses des ateliers de la Conférence d’experts des 2 et 3 juillet, les conclusions de la table ronde présidée par Michel Rocard, ancien Premier ministre, faisant l’objet de la troisième partie.

Sommaire

PREMIERE PARTIE : L’INTERET GENERAL DE L’OUTIL

A . POURQUOI UNE CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Une urgence climatique qui fait consensus.

2. Recourir au mécanisme de prix, une condition nécessaire de la minimisation du coût.

B. PRINCIPES GENERAUX DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Les différences d’appréciation : taxe/marché, court terme/long terme, articulation de la CCE avec les dispositifs existants.

C. L’ASSIETTE DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Différences d’appréciation : exonération partielle ou totale des émissions sous quotas, assiette énergétique complémentaire à l’assiette carbone.

3. Facteurs de tension : Prix d’usage de l’électricité et émissions agricoles.

D. LE TAUX DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Différences d’appréciation : Lire la suite