Estuaire de la Gironde : L’état ne veut plus du terminal méthanier

sudouest.com, Jean-Bernard Gilles, le 24 Juillet 2009

LE VERDON. L’État demande au port de Bordeaux de ne pas signer l’avenant à la convention foncière nécessaire à 4Gas. La société annonce des recours contentieux

L’état ne veut plus du terminal méthanier

Coup de théâtre hier en début d’après-midi, à l’ouverture du conseil de surveillance du Grand Port maritime de Bordeaux. Le commissaire du Gouvernement a indiqué que l’État demandait à la directrice générale du Port de ne pas accorder à la société néerlandaise 4Gas la prolongation de la convention qui lui réserve 20 hectares au Verdon pour y construire un terminal méthanier.

La société néerlandaise avait besoin d’un temps supplémentaire pour poursuivre les études de son projet. Celui-ci prévoit la construction sur la pointe du Médoc d’un équipement destiné à faire transiter du gaz naturel liquéfié, importé par bateau vers Bordeaux et le Sud-Ouest de la France.

Cette annonce confirme la position exprimée par courrier le 8 juillet par Dominique Bussereau, le secrétaire d’État aux Transports et Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie, de l’énergie, du Développement durable et de la Mer.

Ambition environnementale

Ce projet n’est pas conforme aux ambitions environnementales de l’État pour l’estuaire de la Gironde. Telle est la position officielle aujourd’hui. Rappelons que ce terminal proposait une opportunité de diversification des approvisionnements énergétiques pour le Sud-Ouest. Il est peut-être encore trop tôt pour annoncer la fin de ce projet qui représente un investissement de 600 millions d’euros, et qui a semé la colère en Médoc et en Charente-Maritime.

Mais le gouvernement dit qu’il ne veut pas ou plus de terminal au Verdon, alors que les services de l’État étaient venus en justifier la construction lors du débat public. Car il apparaît bien clair que la société 4Gas ne poursuivra pas son projet sans confirmation de la prolongation de la convention. « Comment imaginez-vous que nous poursuivions un projet de cette ampleur sans certitude foncière », réagit à chaud, Enk Jonkman.

Contentieux financier

Le patron français de 4Gas n’était pas informé hier des positions de l’État. Il annonce une série de recours auprès d’instances françaises et européennes de la concurrence. Le contentieux pourrait s’avérer lourd de conséquences financières pour le port car l’état interrompt une procédure contractuelle, avant même qu’elle ne soit instruite officiellement par ses services compétents pour des installations classées Seveso 2.

Hier le conseil de surveillance du Grand Port maritime de Bordeaux a voté par 6 voix contre 3 la poursuite de la convention. Mais son avis n’est que consultatif. Il souhaite que la société néerlandaise poursuive son projet malgré tout, hors convention. « Nous avons de la place au Verdon et 4Gas ne risque pas de voir venir un projet concurrent », avance Jean-Paul Sandraz, le président du conseil de surveillance.

Mouvements sociaux

Mais les dirigeants du port de Bordeaux parvenaient mal à masquer leur désarroi hier. « Je suis atterré par cette décision », a dit Jean-Paul Sandraz. « Elle est inacceptable », a indiqué Patrick Thomas, patron de la société Balguerie et président du conseil de développement du port dont il annonce sa démission.

Il faut dire que le conseil de surveillance, le conseil de développement et le directoire du Grand Port maritime de Bordeaux s’étaient prononcés en faveur du terminal méthanier qui figurait parmi les orientations stratégiques du port de Bordeaux. Il est aussi utile de rappeler que toutes ces instances ont été créées par la réforme portuaire défendue avec énergie par Dominique Bussereau et qui visait à rendre les acteurs portuaires plus responsables de leur développement. « Le Grand Port maritime de Bordeaux n’est plus autonome », ironise Jean-Yves Sanguinet, le secrétaire général girondin du syndicat CGT des ports et docks qui annonce des perturbations sociales. Laurent Courbu parle de « méthode odieuse et de parodie de démocratie ». Alain Juppé qui a tenté, en vain, d’inverser la décision gouvernementale « la regrette vivement ». Le maire de Bordeaux rappelle aussi dans un communiqué que le port de Bordeaux représente 3 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects.

Les responsables d’Une Pointe pour tous, association opposée au projet de terminal, avaient raison d’être confiants lors de leur assemblée générale le mois dernier. Dominique Bussereau, leur voisin de Charente-Maritime, leur avait donné l’assurance que la convention ne serait pas prorogée. Promesse tenue.

La CDC de la Pointe vote contre

Petit effet de timing. La Communauté de communes de la Pointe du Médoc s’est prononcée hier soir contre l’implantation du terminal méthanier au Verdon. « La CDC marque son opposition déterminée à l’implantation d’un terminal méthanier, et de manière générale, à toute installation classée Seveso », indiquait la motion approuvée par le conseil, à la majorité moins trois voix.

Chez le collectif anti-méthanier Une Pointe pour tous, on affichait bien sûr sa satisfaction : « Nous avions demandé depuis longtemps que les élus prennent une position officielle. Il y avait un contraste avec ceux de l’autre rive qui s’étaient exprimés depuis longtemps. Maintenant, c’est clair, net et précis », déclarait Thierry Tenau, le secrétaire adjoint d’Une Pointe pour tous.

Xavier Pintat, le sénateur maire de Soulac et président du conseil, lui-même farouche opposant au projet se justifiait : « Il a fallu du temps pour trouver un consensus. »

Reste qu’hier soir, dans la petite salle des fêtes de Saint-Vivien (Médoc), c’est la réunion qui s’est tenue dans l’après-midi au Grand Port maritime de Bordeaux qui était sur toutes les lèvres. Car ici, le doute n’était pas possible : le projet était plié. « Nous avions une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Ce projet était un frein au développement. Maintenant, les choses vont se débloquer », jurait Xavier Pintat.

Désormais, la question reste ouverte : que va-t-on faire au Verdon ? « Nous ne vivrons pas uniquement sur le tourisme, il va falloir développer l’industrie portuaire mais de manière durable », ajoutait Thierry Tenau. Déjà le conseil a mis en avant le développement du trafic par conteneurs. Thierry Tenau : « Il est maintenant nécessaire de développer nos infrastructures pour attirer les industriels. »

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