La ville… avec quelques degrés de plus

novethic.fr, Béatrice Héraud, le 2 juillet 2009

La ville…avec quelques degrés de plus

A la fin du 21ème siècle, les températures augmenteront de 2 à 5°C. Pour Paris, cela signifie un climat équivalent à celui actuellement en vigueur dans le sud de l’Espagne. Or, comme l’ont montré les épisodes de canicules, particulièrement en 2003, nos villes ne sont pas adaptées à ces vagues de chaleur. Comment vivra-t-on dans la ville de demain ?

4°C. C’est ce que pourrait gagner la ville de Paris à la fin de ce siècle selon le scénario du Hadley center. Quelques petits degrés qui transformeraient le climat de la capitale française en celui d’une ville andalouse, telle que celle de Badajoz, près de Cordoue, aujourd’hui « caractérisée par des étés brûlants et arides ». Or, Paris, comme les villes françaises, n’est absolument pas adaptée à de telles températures. La canicule de 2003 et ses 15 000 victimes nous l’ont largement prouvé. Et dans des périodes aussi extrêmes, les villes sont encore plus vulnérables : « à l’époque, les nuits parisiennes affichaient 9°C de plus que celles des communes de la petite couronne », fait remarquer Denis Baupin, adjoint au maire chargé de l’environnement.

Pourtant, aujourd’hui, peu de villes prennent en compte cette donnée, même dans leurs plans climat énergie, souligne Antoine Charlot, responsable « territoires durables » du Comité 21 : « pour répondre à cet enjeu, il faut absolument articuler les plans climats avec les plans d’urbanisme, en intégrant une forte densité urbaine tout en maintenant une qualité de vie notamment. » Car celles-ci vont en effet devoir gérer des objectifs parfois contradictoires comme la baisse des émissions de gaz à effet de serre et le confort de vie au sein de la ville. Pour l’urbaniste Patrice Denoyer de Segonzac, qui a travaillé sur la ville face au changement climatique en 2040, cela pourrait même être source de vives tensions. «  Alors qu’on annonce le réchauffement climatique depuis des années, rien n’a été anticipé. Or, les changements urbains se préparent 30 ans à l’avance », explique-t-il. Résultat : « il faut s’attendre à une phase extrêmement compliquée d’ici à 2020 avant que la ville ne puisse totalement se réinventer » Les urbanistes vont ainsi devoir jouer les équilibristes. « En réponse à l’élévation des températures estivales on pourrait créer plus d’espaces verts au cœur des villes, ainsi que des plans d’eau mais on ferait alors diminuer la densité de l’habitat, créant ainsi des villes plus étendues qui imposent des temps de transport plus long donc des consommation de carburant plus importante avec des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre », soulignent ainsi Sébastian Kopf, Stéphane Hallegatte et Minh Ha-Duong, auteurs d’une note sur l’évolution climatique des villes européennes pour le Cired.

Une ville sous tension

La ville post Kyoto s’oriente toutefois davantage sur une très forte densité. Concrètement, Patrice Dunoyer de Segonzac prévoit peu de modification en centre-ville, où le patrimoine urbain est déjà dense et de qualité, mais les franges des centres, elles, devraient continuer à se densifier. Un peu sur le modèle de La Défense, « un exemple convaincant qui réussit à densifier un secteur déjà très bien équipé », estime l’urbaniste. Mais c’est surtout la périphérie qui fera les plus grands frais de cette nouvelle donne. « L’étalement urbain a certainement atteint ses limites : la forme urbaine sera resserrée autour d’îlots de services et de transports. On peut s’attendre à voir apparaître des friches à la fois pavillonnaires et commerciales », prédit-il. Les ménages les plus modestes vont en effet se retrouver coincés par un budget transport croissant et une baisse de la valeur immobilière de leur bien. Ceux qui le pourront retrouveront le centre, les autres se verront de plus en plus exclus. « Rennes par exemple a bien intégré cette problématique avec des opérations récentes de logements très denses mais cela sera beaucoup plus problématique pour les très grandes agglomérations comme Paris », prévient Patrice Dunoyer de Segonzac. Les centres commerciaux, qui sont aujourd’hui très fréquentés pendant les périodes chaudes, du fait de leur climatisation notamment, pourraient eux aussi être délaissés à l’avenir, car ils émettent 6 fois plus de gaz à effet de serre que le commerce de proximité… 
La question du prix du foncier ainsi que celui de l’énergie sera donc centrale, à la fois en matière de transport mais aussi de bâtiment. Le Cired pointe également la question de la planification du système énergétique. En juillet 2007, par exemple, la température a dépassé 47°C dans le métro londonien et 50°C dans les bus, « il pourrait donc devenir nécessaire de climatiser de manière systématique les transports en commun. Or si la climatisation se généralise, cela induira un pic de consommation électrique en été, période jusqu’alors plutôt creuse sur les réseaux européens…»

L’impact du changement climatique et des trop fortes chaleurs se fera aussi sentir sur la fréquentation touristique, notamment pour le bassin méditerranéen. « Pour Paris, cela équivaut à 25 % de touristes en moins, ce qui veut dire des milliers d’emplois supprimés, souligne le député vert Yves Cochet. Ces données là doivent donc impérativement être prises en compte dans les plans climats ».

Cependant il est encore difficile aujourd’hui d’anticiper tous les effets du changement climatique sur les villes, compte-tenu des incertitudes liées à l’ampleur même du changement climatique au niveau local. Les villes européennes ne seront pas, par ailleurs, les plus impactées. Dans les pays en développement où la population urbaine s’accroît chaque année de 70 millions d’habitants, où un milliard d’humains s’entassent dans des bidonvilles, la situation s’annonce particulièrement critique. D’autant plus que 360 millions d’urbains habitent également des zones côtières de basse altitude qui pourraient tout simplement être englouties. La Banque mondiale, qui organisait un symposium mondial sur la recherche urbaine à Marseille fin juin, doit d’ailleurs réviser sa politique urbaine en septembre pour mieux évaluer l’impact du changement climatique sur les villes et développer des stratégies pour y faire face.

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