Comité 21 : Tirer les leçons de la crise

actu-environnement.com, S Fabregat, le 29 juin 2009

Tirer les leçons de la crise

Le Comité 21 a présenté un rapport sur la crise, ses enjeux, contradictions et opportunités :

Une occasion de transformer en profondeur l’économie et les questions de gouvernance. Pour autant le green business constitue-il La solution ? Pas si sûr !

Le Comité 21, comité français pour l’environnement et le développement durable, créé au lendemain du sommet de Rio, a présenté un rapport rédigé par son comité de prospective sur les crises financière, économique, écologique et sociale. Pour sa présidente, Bettina Laville, le temps de crise est un catalyseur qui révèle que derrière ces différentes crises, il y a une crise de civilisation. Si l’ensemble de ces crises n’ont pas forcément la même origine pour les observateurs, le Comité 21 juge néanmoins qu’elles sont la conséquence d’un système qui n’évalue pas les risques que son fonctionnement génère, qui ne tient pas compte du fait qu’il peut aboutir à une destruction supérieure au bénéfice immédiat qu’il procure. L’ubris, c’est-à-dire la démesure, est à l’origine du contexte actuel. Nous ne sommes pas les premiers à le dire mais ce discours reste encore original aujourd’hui. Pourtant, il y a un problème d’immoralité dans notre système, dont il faut complètement refonder les bases, analyse Bettina Laville. Aujourd’hui pourtant, la première réponse apportée à la crise ne suggère pas une transformation du système mais une adaptation :

L’économie de marché n’est pas remise en cause. Pour le comité 21, ce n’est pas le capitalisme qu’il faut refonder mais le fonctionnement entier de nos sociétés. Stimuler et sauvegarder l’économie, comme on l’entend actuellement, revient trop souvent à repousser l’échéance du changement requis, pour être contraint finalement à laisser se produire sans contrôle le nécessaire processus de destruction créatrice.

Une autre voie propose l’abandon des règles économiques actuelles et des comportements des agents économiques pour une société de la décroissance, de la sobriété. Pour le Comité 21, cette proposition est davantage une aspiration éthique qu’une proposition économique et n’est pas assortie d’un appareil théorique et instrumental à l’échelle internationale. S’il faut refonder une doctrine économique qui assoie la richesse sur les valeurs des réseaux tant immatériels que solidaires, l’environnement peut-il être le nouveau moteur de croissance et de compétitivité ?

Le mythe de la croissance verte

Si la lutte contre le changement climatique constitue un véritable vivier d’emplois (le green business est un marché mondial déjà supérieur à 1.000 milliards d’euros soit l’équivalent de l’industrie aéronautique ou pharmaceutique), le Comité 21 reste prudent quant à l’idée qu’une croissance verte constitue la solution à la crise. Une telle présentation est positive en ce qu’elle montre que le monde économique a enfin compris les effets dévastateurs de la croissance carbonée et la nécessité de changer la structure des investissements. Mais elle peut aussi, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de vraies transformations, illustrer la confiance abusive à perdurer au moyen de simples adaptations techniques qui semble ainsi aller dans le sens des propos récents tenus par Nicolas Hulot. L’écologiste a rappelé qu’une croissance verte ne suffirait pas et que des concessions devront immanquablement être faites sur les modes de vies actuels.

Selon Bettina Laville, les technologies vertes sont indispensables pour la relance de l’économie mais elles ne résolvent pas les crises à elles seules. Nous avons besoin d’une véritable transformation de l’économie, qui doit être une filiale à 100 % de l’écosystème.
Il faut donc nécessairement repenser les fondamentaux et donner une valeur à ce qu’il y a de substantiel pour notre développement. Nous ne pouvons pas résoudre les crises en nous contentant d’étayer ou d’amender le modèle économique des Trente Glorieuses. Ne faut-il pas repenser la notion d’intérêt général sur le socle de la biosphère et édifier une gouvernance mondiale qui fasse une part égale à l’humanité et à la nature, à la survie et à la vie ?

Une gouvernance entre global et local
La société de demain nécessite une régulation, mais à quelle échelle mettre en œuvre la gouvernance des politiques de développement durable ?

Selon le Comité 21, les crises ne résultent pas d’un défaut de règles au niveau mondial mais plutôt d’une absence de contrôle, condition pour que des règles soient vraiment contraignantes.
En réalité, aucun des défauts de notre système économique n’était inconnu avant que la crise financière n’éclate et beaucoup de règles avaient été édictées pour nous protéger de ces défauts. (…) Le problème vient de ce que le régulateur, quand il existe, n’a souvent pas plus de pouvoirs qu’un gardien de square, note le rapport.

L’Etat, s’il ne se substitue pas aux agents économiques et ne prétend pas gérer les secteurs clés de l’économie, doit assurer le maintien des grands équilibres. Mais, comme le secteur économique, le secteur politique peut être guidé par une logique court-termiste. Une régulation indépendante des pouvoirs politique et économique est donc indispensable. Un régulateur indépendant peut soustraire aux contingences du politique et du marché des enjeux essentiels à la préservation de la vie même. Dans une logique de développement durable, cette régulation doit être conçue comme un dispositif favorisant une interaction entre les experts, c’est-à-dire les chercheurs, les décideurs et les parties prenantes, acteurs du système. La méthode élaborée par le GIEC pourrait en partie inspirer une telle démarche, note le rapport.

Dans cette régulation, l’échelon local, notamment la ville (depuis 2008, la moitié de l’humanité vit en ville), peut avoir un rôle à jouer. Les villes, qui consomment 75 % de l’énergie produite sur Terre, se révèlent être la bonne échelle et le bon niveau de décision pour prendre des mesures concrètes et tester leur efficacité. Echelon pertinent pour tester et planifier les mesures, elles s’imposent au côté des Etats comme des interlocuteurs de référence sur le climat, l’environnement et les politiques sociales. (…) Il est donc temps que les Etats et les organisations internationales s’appuient systématiquement sur les élus locaux avant d’adopter des plans qui reposent d’abord sur les villes.

1/ Etude Comité 21

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