Parlement européen : Et si les Écolos faisaient la PAC ?

le-mag.fr, Benjamin Masson, le 26 juin 2009, paru dans Le M.A.G. Cultures N°62

Parlement européen : Et si les Écolos faisaient la Pac ?

Les Verts ont créé la surprise aux européennes. En Europe, la poussée est moins marquée, elle est pourtant bien là. Pour les agriculteurs, l’enjeu tient en une date : 2013. Que préparent-ils ?

Avec 52 sièges sur plus de 700 parlementaires, les écologistes n’ont pas encore pris le pouvoir à Strasbourg. Le pouvoir non, mais le siège de l’arbitre, très certainement. Car entre socialistes, centristes et droite, le nouvel équilibre est fragile et la majorité penchera selon le bon vouloir des Verts européens et de leur chef de file : Daniel Cohn-Bendit. Ce dernier l’a évidemment compris et s’est empressé de dévoiler sa stratégie pour le groupe écologiste : nouer des alliances au coup par coup avec les autres partis de manière à démultiplier le poids de sa formation au Parlement, et sans doute de monnayer son soutien contre quelques notes vertes au sein des causes auxquelles il accepte de se rallier. Premier test : l’éjection de José-Manuel Barroso, président sortant de la Commission européenne. Que Cohn-Bendit y parvienne ou non, l’une des étapes suivantes sera forcément la préparation de la Pac 2013 pour laquelle le traité de Lisbonne lui ouvrirait un boulevard s’il était ratifié ; et il ne s’en cache pas (lire notre interview exclusive P6).

Vert et rose

Car grâce au traité de Lisbonne, le Parlement peut désormais faire jeu égal avec le Conseil des ministres européens et modifier tout ou partie des textes qui lui sont soumis en matière agricole. En d’autre termes, la politique agricole commune ne sera plus seulement le fruit d’un marchandage entre Etats aux intérêts divergents, ce sera aussi une affaire de partis politiques. Et cela change tout, surtout avec un parti écologiste pour mener la fronde et capable de supplanter la majorité européenne par le jeu des alliances. Faut-il pour autant crier au loup, mettre ses terres en jachère et partir s’exiler en Ukraine ? Plongeant dans le programme d’Europe Ecologie, une lecture en diagonale peut effectivement inquiéter : « Il est vital pour la population et les écosystèmes de tourner la page du productivisme agricole et d’écrire celle de la soutenabilité et de la diversité », proclame le mouvement. Oui mais « mon pote », cela dépendra d’abord du rapport de force entre les « décroissants » et les « développement durable ». Chez les écologistes comme chez leurs alliés. Et Dany le Vert lui même semble pencher pour le second camp, mettant en avant le maintien d’une agriculture permettant aux agriculteurs de vivre de leur travail.

Dans la lignée de l’UMP

D’autant que le jeu des alliances poussera forcément au réalisme : la charge contre l’agriculture industrielle, et donc son aval, est claire. Mais difficile d’imaginer les députés PSE, généralement très ancrés localement, se ranger derrière un projet qui aboutirait à la perte de centaines d’emplois dans les coops ou les abattoirs de leurs circonscriptions. Les verts risquent donc de mettre de l’eau dans leur vin bio lors de la conclusion de leur alliance. Et ils n’auront peut-être pas besoin d’en mettre tant que cela, le détail de leur programme étant finalement plus mesuré que les grandes formules caricaturales : « La souveraineté alimentaire de l’Europe passe notamment par l’autonomie en protéines, et donc par un développement des plantes riches en protéines », analysent par exemple Europe Ecologie. Pas de quoi grimper aux rideaux. Par contre, pour l’élevage hors sol et les vaches laitières élevées au maïs, pas de quartiers. Ce sera polyculture élevage ou rien, promettent-ils. Au final, ils ne font que reprendre et pousser le bilan de santé de Barnier allant vers des aides plus sociales qu’économiques : « La future Pac devra rapidement corriger les différences de soutien entre les zones les plus fertiles et les régions où la pratique agricole est plus difficile. La répartition des productions sur l’ensemble du territoire est nécessaire pour éviter les concentrations d’élevages hors-sol et leurs conséquences en pollutions des sols et des eaux. La répartition des aides sera redéfinie pour soutenir le maintien et la création d’emplois, et pour compenser les handicaps naturels. » Quant aux pesticides, Europe Ecologie rappelle et reprend là encore les objectifs du plan Ecophyto. Autant de sujets sur lesquels un accord avec le groupe socialiste, voire les centristes, semble probable pour 2013.

Une alliance n’est pas certaine

Mais il est d’autres dossiers emblématiques que les Verts ne sacrifieront sans doute jamais à une alliance politique et qui pourraient bloquer l’émergence d’une contre-majorité au parlement ; à commencer par les OGM. Le PS est ambigu sur le sujet, pas les Verts. C’est niet : « La révision programmée des règles d’autorisation des OGM dans l’Union européenne devra s’accompagner d’une interdiction des brevets sur le vivant. » Idem pour l’agriculture biologique, à laquelle ils fixent un objectif de 30% des surfaces européennes en 2020. Moins agricole, la fermeture des centrales nucléaires s’invitera forcément dans un éventuel accord sur la Pac. Cheval de bataille des écologistes, point d’achoppement avec le PS, le nucléaire sera sans doute en filigrane derrière une alliance agricole ; ne serait-ce qu’en raison de ses alternatives, forcément renouvelables. Par contre, pas de miracle pour les biocarburants, les Verts veulent leur peau.

Contre-révolution verte ?

Au final, que penser d’une possible prise de pouvoir des écolos à l’occasion des discussions sur la Pac 2013 ? D’abord qu’elle serait synonyme de bien des traumatismes idéologiques comme techniques. Mais à bien y regarder, les charges sont bien plus dirigées vers le « business agricole » que vers l’agriculteur, fut-il conventionnel. Problème, c’est sur ce business (sélection, mécanisation chimie, transformation…) que s’est bâtie la révolution verte. Son démantèlement méthodique et la perte des emplois induits ne ferait-il pas peser, en retour, un risque sur le paysan et donc sur l’autonomie alimentaire tant chéris par les écologistes ? Tuer la révolution verte pour célébrer l’avènement des Verts, une contradiction sur laquelle les écologistes devront s’expliquer à leurs possibles alliés avant de peser.

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