Yves Cochet : Anti-manuel d’écologie

actu-environnement.com, Camille Saïsset, le19 juin 2009

Anti-manuel d’écologie

Dans la série Anti-manuels, les éditions Bréal publient l’Anti-manuel d’écologie d’Yves Cochet. Un ouvrage entre science, philosophie et politique, qui offre au lecteur une fenêtre grande ouverte sur l’écologie politique.

AE : En librairie, on trouve votre ouvrage dans la rubrique d’écologie scientifique, le qualifiez-vous comme tel ?

YC : Non, c’est un livre qui expose toutes les facettes de l’écologie, pas exclusivement la science écologique. Il serait mieux dans la rubrique d’écologie politique, mais elle n’apparaît pas en librairie. Ce courant de pensée existe pourtant depuis longtemps. Quand René Dumont évoquait le changement climatique pendant la campagne présidentielle de 1974, les gens se demandaient de quoi il parlait. Il fait partie de ceux que je considère comme des déclencheurs de mon amour pour l’écologie, de même qu’Ivan Illich, André Gorz et Alexandre Grothendieck. Ce dernier était un mathématicien brillant de l’Institut des Hautes études scientifiques de Bures-sur-Yvette. Il a publié le bulletin écologiste « Survivre et Vivre » avant de décider de se retirer, en 1970.

AE : Au centre de votre réflexion, on perçoit une dimension particulière de la nature.

YC : En effet, dans la pensée occidentale et cartésienne, on a tendance à placer l’homme en surplomb de l’écosphère. Au contraire d’autres civilisations, il existe pour nous une différence et une distance incommensurable entre l’humanité et le reste, entre les activités et préoccupations humaines et la Terre que nous habitons. Or, en méprisant la nature en amont et en aval de l’économie, en l’évacuant de son domaine de pensée exceptée comme source de matières premières ou réceptacle des déchets et des pollutions, l’humanité sape les bases de sa propre vie. La base matérielle de notre richesse est fournie par la prodigalité de la nature, mais les décideurs politiques ne le comprennent pas. J’en fais l’expérience tous les jours à l’Hémicycle. La crise que nous vivons aujourd’hui est une catastrophe écologique née du déni de la nature.

AE : A la fin de votre ouvrage, vous projetez le lecteur à l’horizon 2022, pourquoi ?

YC : Cette année-là marquera le 50ème anniversaire du 1er sommet de la Terre qui s’est déroulé à Stockholm en 1972. Depuis, l’écosphère s’est beaucoup dégradée et l’effondrement est aussi politique et social. Est ce que les politiques publiques, les moyens mis en œuvre sont proportionnels aux menaces ? Non. Malgré tous les accords internationaux, les Conférences de l’ONU sur le changement climatique, un fond pour les pays du sud, les Objectifs du Millénaire, un Programme pour l’environnement au sein des Nations Unies… L’effet de serre continue à dériver, la biodiversité se réduit, le sous-sol s’épuise.
AE : Vous qui êtes député, n’avez vous pas les moyens d’agir ?

YC : Changer de cap, c’est ce que je m’efforce de faire depuis 35 ans. Quand a été discuté le principe de précaution dans la Charte de l’Environnement, j’ai demandé au ministre de la Justice Dominique Perben de nous fournir un exemple d’application. Il en fut incapable ! Or les OGM sont justement un exemple parfait ! Sur le nucléaire, l’AIEA a établi une échelle du risque basée sur des calculs probabilistes, l’échelle INES qui permet de graduer les incidents. De fait, il y a une loi spéciale pour l’assurance en cas d’incident nucléaire. Alors que pour les OGM, la loi n’évoque qu’une assurance mutuelle. Pour qu’il y ait contrat d’assurance privée, il faudrait évaluer le risque. Ce qui est impossible pour l’instant. Aujourd’hui sur les OGM, aucun scientifique ne peut dire ni qu’il y a innocuité totale ni qu’ils sont dangereux. Laissons donc la recherche continuer en milieu confiné ! Accepter les cultures d’OGM en plein champ, c’est jouer au démiurge ! D’ailleurs, c’est cette ivresse de la toute puissance qui fait notre malheur. C’est l’Hubris, la démesure, qu’il nous faut maîtriser, dirait Aristote.

AE : Si vous aviez à choisir une destination pour médiatiser votre pensée, où iriez-vous ?

YC : Décoloniser l’imaginaire, c’est ce que je partage avec Serge Latouche. Où irais-je ? Au Texas, j’irai voir les mères de famille pour qu’elles convainquent leur mari de sauver la vie de leurs enfants en arrêtant d’extraire du pétrole. Le sous-sol et ses richesses, c’est le grand non-dit des mythologies occidentales. J’irais les voir une à une, dans les quartiers de Houston et de Dallas, cet univers impitoyable.

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