Crise écologique : L’Homme est il coupable ?

croissance-verte.com, Olivier Bazin, le 12 juin 2009

Crise écologique : L’Homme est il coupable ?

Le débat qui s’est installé sur Croissance Verte à la suite de l’article «  Home, et après ? » a permis de soulever une question qui dépasse largement le sujet du film évoqué.  L’Homme est-il  coupable ou victime de la crise écologique actuelle ? Pour répondre à cette question, il faut sortir du simple cadre économique habituel auquel les polémiques autour de l’écologie sont trop souvent réduites. Il s’agit ni plus ni moins que de confronter deux « visions » différentes de ce qu’est l’humanité.

Plaçons nous d’un strict point de vue scientifique… c’est à dire ici de biologiste. Reconnaissons alors que l’espèce humaine se comporte effectivement comme toute espèce animale. Ses actions n’auraient d’autre but que d’assurer sa survie par la recherche d’une maîtrise de son environnement. Au même titre que les sauterelles, l’espèce humaine n’aurait d’autre choix que de s’adapter à une Nature avide de conserver son propre équilibre. La sélection naturelle à laquelle il est ainsi fait référence entrainerait, par son efficacité,  un renforcement des inégalités entre espèces du vivant. Au final, la domination extrême d’une espèce sur son milieu finit par provoquer sa perte. Jared Diamond parle d’ « Effondrement « . S’il vient un jour à disparaître, l’Homme ne sera en définitive que la victime d’un processus de rééquilibrage que la Nature impose à tout ce qui est « trop dominant » pour assurer l’équilibre entropique du système. La Nature se charge seule de trouver ce point d’équilibre …et le fait à son rythme. L’Homme est donc dans son rôle. C’est sa nature même qui explique (justifie ?) son comportement. L’ampleur de ses destructions sur son environnement ne serait qu’une question de degré et pas de nature. Le problème semble donc résolu car, un animal peut il être coupable ?

La réponse est dans la question : l’Homme est-il vraiment un animal comme les autres ? Répondre relève d’un choix éthique et philosophique. Quels que soient les arguments invoqués, la réponse est clairement négative. Ce qui fait la grande différence entre l’animal et l’Homme c’est que ce dernier a conscience de lui-même. Il est capable de mesurer les conséquences de ses actes d’un point de vue moral. Il a la capacité de décider. C’est le fameux « libre arbitre »… cadeau empoisonné qui place sur ses épaules son plus lourd fardeau : la responsabilité. 

L’Homme serait coupable car responsable ? L’Homme s’est en effet tellement convaincu de sa spécificité (Le fameux « cogito » de Descartes) qu’il a estimé pouvoir quitter sa place dans l’ordre naturel. Pire, il a fini par se considérer « Comme maître et possesseur » de la Nature. La faculté de penser serait son seul mais puissant moyen pour s’émanciper de son état de nature. L’état actuel du monde est le résultat de cette erreur sur laquelle s’est appuyée toute la pensée Occidentale depuis le XVIIème Siècle. Non content de se considérer au « centre du monde », l’Homme se déclare au dessus de lui. S’il est coupable de quelque chose, c’est avant tout d’avoir limité sa vision du monde à un anthropocentrisme radical. L’humanité a tellement bien « travaillé » que la question de la survie de l’espèce ne s’est plus posée. Elle est même devenue secondaire face à la satisfaction de ses plaisirs. Le renforcement de la  crise écologique amène heureusement à s’y intéresser à nouveau.

Pour autant, une erreur ne doit pas en appeler une autre. Si l’Homme ne doit pas oublier sa place au sein de la Nature, il ne s’y réduit pas non plus. Il ne faudrait pas tomber dans le piège qui ferait de l’Homme un simple rouage d’une grande mécanique qui le dépasse, dépourvu de toute volonté propre, esclave de sa nature, c’est à dire de la Nature. Dans son livre « Et si l’aventure humaine devait échouer« , Théodore Monod tire un constat alarmant sur le degré de « maturité » de l’Homme et rappelle son lien fondamental à la Nature en tant qu’espèce.  Pour autant, c’est  à plus de « Civilisation » qu’il aspire …. Il demande un Homme plus humble car parfaitement conscient à la fois de sa place dans la nature et de sa responsabilité à son égard. Il souhaite que l’homo devienne véritablement sapiens.
En définitive, la question se pose-t elle vraiment de savoir si l’Homme est condamné à disparaître de son propre fait ou parce que la Nature l’y condamne ? L’état actuel de nos connaissances  tend à prouver effectivement que nous ne représentons pas grand chose à l’échelle de l’histoire de la planète. D’autres espèces ont dominé avant nous, d’autres le feront après nous. Pourtant, la capacité de l’Homme d’appréhender son univers par la pensée lui offre une liberté qu’aucune espèce vivante connue n’a pu revendiquer. Pour exercer pleinement cette liberté, l’Homme doit faire un choix, celui d’assumer sa responsabilité. Une responsabilité vis-à-vis de lui-même, des autres et vis-à-vis du monde qui l’entoure… C’est peut être là l’objet d’une véritable politique de civilisation.

Pour prolonger la réflexion de cette note, on pourra lire dans Le Monde daté du 13/06/2009 le point de vue d’Edgar Morin  « changer le rapport de l’homme à la nature n’est qu’un début » qui répond selon moi à celui de Luc Ferry « Réconcilier régulation, développement durable et globalisation« .

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