Etats-Unis : lobbying intense avant une avalanche de lois écolos

rue89.com, Hélène Crié-Wiesner, Ecrivain, spécialisée en environnement, le 5 juin 2009

Etats-Unis : lobbying intense avant une avalanche de lois écolos

(De Raleigh, Caroline du Nord) Alors que la Chambre des représentants au Congrès américain examine depuis le 19 mai une grande loi-cadre sur l’énergie et le réchauffement climatique, tout ce que les Etats-Unis compte de mouvements et d’associations environnementalistes est sur le pied de guerre.

Objectif : gagner la bataille de l’opinion publique, faute de quoi aucune loi, si audacieuse soit-elle, ne servira à rien. A l’avant-garde de l’armée verte, l’ancien vice-président Al Gore, nobélisé en 2007 pour son action en faveur de la planète, qui a tricoté au fil des ans un tissu serré d’activistes de terrain pour relayer son message :

« Les politiques ne vont pas s’en sortir tout seuls. On doit les aider. Ils bataillent dans leur enceinte parlementaire, et nous, on doit essayer de gagner l’opinion -donc les électeurs- à la cause de l’écologie. On doit chausser nos bottes et affronter le terrain. On doit convaincre la base, c’est à dire les gens qui font et sont ce pays. »

Gore expliquait ainsi sa stratégie la semaine dernière aux journalistes du website Grist : les environnementalistes n’auront jamais autant d’argent que les pétroliers et autres producteurs de combustibles fossiles pour influencer les politiques fédérales. Il faut donc se battre avec d’autres armes.

Le film de Gore a engrangé de l’argent utile

Non que la bande à Gore soit dépourvue de ressources financières. Avec l’argent gagné à partir de 2006 grâce au film « Une vérité qui dérange », Al Gore a fondé deux groupes différents : Alliance for Climate Protection et The Climate Project , chacun travaillant dans son coin et ramassant des sous à sa façon.

The Climate Project a formé à ce jour 2 600 personnes capables de présenter devant des audiences variées plusieurs versions de la fameuse conférence-diapo de Gore. Ces présentations sont délivrées lors d’événements organisés par des églises, des syndicats, des organisations charitables, des associations de quartier, des écoles, des facs, ou encore lors de dîners chics destinés à lever des fonds pour la cause.

L’Alliance, quant à elle, conçoit des campagnes de publicité pour différents médias, seule ou en partenariat avec d’autres groupes oeuvrant contre les changements climatiques.

Ces deux assos ne sont évidemment pas les seules à travailler l’opinion publique, à en appeler aux valeurs américaines pour tenter de convaincre leurs concitoyens de la justesse du combat pour l’environnement.

Des renforts pour convaincre

Rappelez-vous cette alliance entre les ouvriers de l’acier et le Sierra Club , qui a débouché sur la diffusion de (très beaux) films publicitaires : ils expliquaient que, pour le bien de tous, pour l’économie et pour l’environnement, le Congrès avait intérêt à adopter au plus vite une loi favorisant les énergies renouvelables. Ainsi, les aciéries pourraient rouvrir et fabriquer, par exemple, des éoliennes.

Et encore ces congrégations religieuses qui, le mois dernier, ont largement diffusé des pubs radios, expliquant aux auditeurs qu’il fallait vite une loi pour protéger les plus pauvres contre les dégâts écologiques.

Ce sont tout de même les équipes de Gore qui ont le mieux conceptualisé la mobilisation générale. Au point de décrire cette campagne de sensibilisation comme « la plus importante qui ait jamais été entreprise pour lutter contre le problème climatique ». Au point, tant qu’à faire, de s’inspirer des méthodes qui ont contribué à faire gagner le candidat Obama.

Les nouveaux cadres d’Alliance viennent d’ailleurs du monde politique, et non environnemental. Sa directrice générale travaillait pour America Votes , un groupe qui s’était donné pour but d’aller chercher les électeurs un par un dans les « swing states » (les Etats susceptibles de basculer).

On trouve également dans l’équipe un ex-assistant du directeur de campagne d’Obama, un membre du staff des deux précédentes campagnes démocrates, et aussi le porte-parole de… John McCain, un scientifique, tout juste nommé directeur de la recherche.

Intensifier le lobbying

Parallèlement, le siège de l’association a quitté son berceau écolo-bobo californien pour venir s’installer à Washington, histoire de faire jouer plus efficacement ses lobbystes au Congrès. Seize directeurs de campagne ont été dispatchés sur le territoire américain, qui se partagent une équipe de cinquante-cinq « regional field organizers » (organisateurs de terrain).

Les efforts de pédagogie sont concentrés sur le Midwest et le Sud des Etats-Unis, là où, apparemment, la mentalité populaire est la moins acquise, pour l’instant, aux thèses écologiques. Or, encore une fois, les élus de ces gens-là ne voteront pas au Congrès contre les désirs de leurs électeurs. D’où tous ces efforts pour convaincre.

C’est là qu’on voit que les Américains ne sont pas des amateurs en matière de propagande (au sens de prosélytisme, et non d’intoxication) ! Moi qui ai observé de très près les environnementalistes français pendant près de vingt ans, j’avoue que le professionnalisme des militants d’ici me souffle.

C’est moins une question d’argent que d’héritage culturel et historique : les Américains ont toujours l’impression qu’ils peuvent être utiles à quelque chose, que la manière dont ils vivent a une importance sur les affaires politiques de leur pays.

Si on arrive à les persuader de la justesse d’une idée, ils s’investissent plus volontiers dans un combat qu’un Européen ne le ferait.

Faire confiance aux citoyens

Steve Hildebrand, ex-Obama-boy et conseiller de l’Alliance, confirme :

« La leçon qu’on a tiré de la campagne présidentielle, c’est qu’il faut laisser les gens décider de leur destin. Ils savent mieux que nous comment s’y prendre pour faire bouger leur communauté.

Vous n’avez pas besoin de leur enseigner quoi que ce soit, ni de les prendre par la main. Ils ont juste besoin d’encouragements, de savoir pourquoi ils se battent, et ils feront le boulot si vous avez su les convaincre de la justesse de la cause. »

La cause, parlons-en… L’actualité environnementale ne va pas se ralentir au cours des prochains mois. En plus du projet de loi en cours de discussion à la Chambre, qui va ensuite aller au Sénat, l’administration fédérale est en train de réguler à tour de bras.

Le 20 mai, on a eu droit aux nouvelles normes de consommation d’essence pour les voitures. Mine de rien, l’opinion publique américaine a avalé de travers : c’est tout un pan de la culture nationale qu’on remet en question. Mais ce n’est que le début.

Une avalanche de réformes à venir

L’Environmental Protection Agency (équivalent du ministère de l’Ecologie) prévoit aussi de faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre des avions, des navires, ainsi que les particules polluantes que relâchent tous ces engins.

La future nouvelle loi sur l’énergie va aussi contraindre les industriels dans leur ensemble à reconsidérer leurs émissions, donc leurs modes de production, et tout ceci aura forcément un impact sur la construction, la consommation d’énergie, bref, sur l’économie et la vie quotidienne.

Pour que cette avalanche de réformes passe sans trop stresser la population, sans trop la braquer contre le président qui veut des résultats rapides, Gore, ses copains et leurs alliés ont intérêt à se montrer très, très pédagogues.

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