François Moisan, directeur scientifique de l’ADEME : La vie verte devant soi

liberation.fr, Vahé Ter Minissian, le 2 juin 2009

La vie verte devant soi

Vision. La réduction drastique des émissions de C02 imposera une révolution des comportements, selon le directeur scientifique de l’Ademe.

Diviser par quatre les émissions de CO2 d’ici à 2050, est-ce possible ? Oui, s’il y a une volonté politique, de bons choix technologiques et des changements radicaux de mode de vie, estime François Moisan, directeur scientifique de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Il sera l’invité, demain, du nouveau cycle de conférences organisé par l’Université de tous les savoirs (UTLS), à Paris et Bordeaux, sur le thème «Développement durable : la croissance verte, comment ?» (1).

Un petit rappel sur l’évolution des émissions de CO2 : en quoi sont-elles alarmantes et quels sont les objectifs ?

Malgré la signature du protocole de Kyoto, les émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre, continuent à augmenter. Au cours du dernier siècle, sa concentration dans l’atmosphère est déjà passée de 280 à 365 ppm. Si rien n’est fait pour inverser la tendance actuelle, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) estiment qu’elle pourrait atteindre les 900 ppm à la fin du siècle. Or, les scientifiques sont formels : pour limiter le réchauffement climatique à 2° C, il faudra qu’à cette date, la teneur en dioxyde de carbone dans l’air ne dépasse pas les 450 ppm. Cela signifie que d’ici à 2050, il faudra diviser par deux les émissions de CO2 dans le monde, et par quatre celles des pays industrialisés. D’ores et déjà, plusieurs Etats européens dont la France s’y sont engagés. Et de son côté, le président Obama a annoncé un objectif de réduction de 80 % des émissions des Etats-Unis d’ici à 2050.

Comment s’y préparer ?

En prenant, d’abord, des engagements politiques à plus court terme. En décembre, l’Union européenne a adopté un paquet «Energie-Climat» qui prévoit une réduction de 20 % des émissions pour les pays membres d’ici à 2020. Si d’autres Etats dans le monde s’y engagent eux aussi, ce chiffre pourrait être porté à 30 % lors d’une conférence internationale qui se tiendra à la fin de l’année à Copenhague. En France, le Grenelle de l’environnement a pris des décisions répondant à cet objectif : diminution significative des émissions et de la consommation d’énergie des véhicules. Et réduction de 40 % de la consommation d’énergie des logements. Ces premières mesures vont nous propulser sur une trajectoire plus vertueuse que celle d’aujourd’hui.

On sera loin du compte…

Il est évident que l’objectif de 2050 est beaucoup plus ambitieux. Il suppose à fois l’introduction de nouvelles technologies faiblement émettrices de CO2 et un changement radical de notre mode de vie. En peu de temps. Or rien que le remplacement de 95 % du parc automobile par des véhicules hybrides, électriques ou fonctionnant à l’hydrogène prendra, à lui seul, vingt-quatre ans. Et quasiment aucune de ces machines n’est disponible sur le marché ! Il va donc falloir rapidement trouver des solutions que l’on pourra mettre en œuvre avec les moyens techniques actuels. C’est possible. Un exemple : la voiture. La moitié des kilomètres parcourus en France le sont en ville. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer la fabrication de véhicules spécifiquement urbains, moins gourmands en carburant ?

Comment imaginez-vous notre mode de vie sous la pression de cet objectif ?

Tous les domaines seront touchés ! Si des voitures sont mises à la disposition des citadins un peu comme les «Vélib’», c’est notre façon de nous déplacer qui va changer. Avec la mise en place d’un étiquetage annonçant le «coût» de chaque produit en terme de rejet de CO2, c’est notre manière de faire les courses qui sera bouleversée. Notre rapport à notre habitat ne sera, lui non plus, pas le même. Le Grenelle de l’environnement a décidé que les bâtiments neufs construits à partir de 2020 devront être à «énergie positive». Cela signifie que ces logements seront dotés d’équipements permettant d’exploiter les énergies renouvelables. Le futur citoyen ne sera donc plus seulement consommateur mais également «producteur» d’énergie. Une révolution des esprits.

(1) Ce cycle de l’UTLS s’achèvera le 22 juin. Programme sur www.utls.fr

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