Climat : tensions et divergences sur l’après Kyoto

novethic.fr, Anne Farthouat, le 29 mai 2009

Climat : tensions et divergences sur l’après Kyoto

A bientôt six mois de la conférence internationale sur le climat de Copenhague, les perspectives de « l’après-Kyoto » restent encore floues. En cause, l’arrivée tardive des Etats-Unis à la table des négociations et la difficulté de trouver un consensus satisfaisant entre pays développés et pays émergents.

Le deuxième Forum des économies majeures sur l’énergie et le climat (MEF) vient de fermer ses portes, après deux jours de discussions à huis clos entre les 17 pays les plus pollueurs de la planète. Après un premier opus à Washington fin avril 2008, et en attendant le troisième forum de Mexico, prévu pour fin juin 2008, les plus gros émetteurs de gaz à effets de serre (GES) se rendront à la conférence de Bonn début juin pour commencer à élaborer le texte final de Copenhague. Un texte loin d’être acquis, compte-tenu des divergences qui opposent certains états, et de la difficulté d’intégrer les Etats-Unis aux négociations en cours.

La nouvelle donne des Etats-Unis

En matière de lutte contre le changement climatique, l’administration d’Obama tourne définitivement la page de l’ère Bush. Preuve en est, l’adoption, par la Commission de l’Energie et du Commerce de la Chambre des Représentants, du projet de loi American Clean Energy and Security Act, le 21 mai dernier. Si la loi est votée, elle obligera notamment les usines, raffineries et centrales thermiques à réduire leur émissions de GES de 80% à l’horizon 2050, avec un premier objectif de réduction de 17% d’ici 2020. L’année 2005 faisant office de référence.

Et c’est justement sur ce point que les tensions se sont focalisées lors des rencontres du MEF. Les recommandations du GIEC et le protocole de Kyoto prennent en effet comme référence les émissions de GES de 1990. Ramenés à ce référentiel, les engagements américains avoisinent alors les 6% de réduction d’ici 2020. Loin des 25 à 40 % préconisés pour les pays développés, pour permettre de stabiliser le réchauffement à 2° suivant les recommandations du GIEC. Certes, les Etats-Unis amorcent tout juste leur politique de lutte contre le changement climatique, mais si volontariste soit-elle, Jean-Louis Borloo, ministre de l’Environnement, la jugeait « insuffisante » au micro d’Europe 1, le 26 mai au matin. Propos qu’il étayait plus tard dans la journée en conférence de presse : « nous ne sommes pas dans la dénonciation de l’autre, mais tout le monde doit faire des efforts. L’Europe est prête à s’engager sur une réduction des 30%, mais on ne peut agir seuls. Tous les pays développés doivent s’y mettre. » En réponse, l’envoyé spécial des Etats-Unis sur le changement climatique, Todd Stern, mise sur les engagements de long terme : « vu la situation actuelle de notre pays, notre position est extrêmement ambitieuse. Nous sommes les seuls à mettre en place un processus avec des échéances à 2020, mais aussi 2030 et 2050. »

La solution pourrait bien s’articuler autour d’un partage échelonné et variable des efforts des pays développés. C’est en tout cas ce qu’avance Jean-Louis Borloo. L’idée est en effet de créer des « blocs d’engagements », à l’intérieur desquels les pays qui en ont la capacité immédiate accélèreraient dans un premier temps la réduction de leurs émissions, pour alléger leurs efforts dans un second temps et passer le flambeau, notamment aux Etats-Unis. « Par exemple, la France est objectivement en avance sur les objectifs du Paquet Climat-Energie européen. On pourra le mettre au pot à un moment pour équilibrer la balance. » Encore faut-il avoir la garantie que les suivants rempliront leurs objectifs… Et là encore, la question divise. D’une part parce que les objectifs américains de 17% en 2020 suivis de 80% en 2050 semblent peu réalistes, à moins d’un essor technologique considérable, entre ces deux dates. D’autre part, la garantie de ces objectifs suppose a priori la création d’un système de contrôle juridique international. Or, il est peu probable pour des raisons culturelles, que les Etats-Unis acceptent de se soumettre à une juridiction supranationale.

Le financement de l’aide aux pays en développement toujours à l’étude

De toute évidence, les quatre groupes de travail créés après la conférence de Bali en décembre 2007, sur la vision partagée à adopter, le financement des technologies, l’atténuation du réchauffement climatique et l’adaptation à celui-ci, sont loin de trouver un consensus. Néanmoins, Emmanuel Guérin, membre de l’équipe Climat de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) souligne un progrès notoire : « il y a un élément vraiment positif, qui est l’abandon progressif de l’incantation pour aborder les sujets qui fâchent. » Et parmi eux, la question du financement de l’aide aux pays en développement.  A en croire Jean-Louis Borloo, un accord tacite aurait été trouvé entre quasiment tous les participants au MEF pour adopter la proposition mexicaine. Celle-ci consiste en la création d’un « fonds vert mondial », qui serait alimenté par tous (excepté les pays les moins avancés), et réparti en fonction des émissions historiques et actuelles de chacun, pondérées par le PIB. Or, pour Emmanuel Guérin, le débat sur cette question est en réalité « au point mort ». Rien n’est encore discuté au sujet du montant de ce fonds ni des mécanismes pour l’alimenter, et encore moins des moyens de contrôler sa mise en œuvre.

Quant à l’implication des pays émergents dans le processus, elle devient de plus en plus conflictuelle, notamment à cause des revendications chinoises. Chef de file des émergents, la Chine réclame en effet que les pays développés se fixent un objectif de 40% de réduction de leurs émissions nationales d’ici 2020,  et refuse toute collaboration bilatérale avec les Etats-Unis. De son côté, l’Inde refuse catégoriquement la proposition mexicaine, qui l’obligerait à alimenter le fonds vert mondial au même titre que les autres pays en développement.

La feuille de route de Bali prévoyait une phase de négociation de deux ans avant la rédaction d’un texte final fin 2009. Elle semble désormais de plus en plus difficile à tenir.

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