Quels indicateurs pour compenser les faiblesses du PIB ?

journaldelenvironnement.net,  Victor Roux-Goeken, le 1er juin 2009

Quels indicateurs pour compenser les faiblesses du PIB ?

Comment prendre en compte les atteintes à l’environnement, non comprises dans le calcul de la croissance économique ? Dans un avis consacré aux «indicateurs du développement durable» et à l’empreinte écologique, le CESE propose de mettre sur pied une douzaine d’indicateurs, en plus du PIB.

Elaboré pendant la Grande dépression aux Etats-Unis, le produit intérieur brut (PIB) a perdu de sa pertinence. Ne mesurant que les activités transitant par les marchés, il ne dit rien de la qualité de la vie, de la répartition des richesses et des atteintes à l’environnement, relève le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Dans un rapport intitulé «Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique», Philippe Le Clézio, membre de la section des questions économiques générales et de la conjoncture au CESE, propose à la demande du gouvernement plusieurs pistes pour compenser ces lacunes. Le rapport a été adopté en plénière mercredi 27 mai.

Philippe Le Clézio propose de mettre au point, en concertation avec l’opinion publique, une douzaine d’indicateurs de développement durable, fréquemment mis à jour et soumis au Parlement. Les députés ont d’ailleurs rejeté la proposition de loi de leur confrère Yves Cochet (Verts, Paris) tendant à réduire l’empreinte écologique de la France. Elle prévoyait que la France divise par deux son empreinte entre 2009 et 2025 et une évaluation par les régions avant la fin 2012 (1).

Ces indicateurs pourraient être : le taux de croissance du PIB par habitant, les émissions totales de GES, la part des énergies renouvelables dans la consommation intérieure brute d’énergie, la consommation d’énergie des transports, la productivité des ressources, l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs, les prises de poissons en dehors des limites biologiques de sécurité, l’espérance de vie en bonne santé, les taux de risque de pauvreté après transferts sociaux, les taux d’emploi des travailleurs âgés et l’aide publique au développement.

Avant ce stade, le CESE propose de compléter cette mesure rénovée du PIB par un nombre d’indicateurs réduit: l’évolution des inégalités de revenus, des émissions de CO2 ou de la biodiversité. Le rapporteur s’est aussi exprimé sur l’empreinte écologique (GFN, Global footprint network), indicateur utilisé en 1994 dans la thèse de doctorat de planification urbaine de Mathis Wackernagel, chercheur de l’université de British Columbia à Vancouver (Canada). Il met en rapport les ressources renouvelables consommées et les déchets rejetés (uniquement le CO2 émis lors de la combustion d’énergie fossile) avec la capacité de la planète à produire les ressources et absorber ces déchets, exprimé en «hectare global».

La notion présente «plusieurs intérêts», selon le CESE : une formulation pédagogique, une utilisation applicable à différentes échelles (individu, pays, collectivité, produit, entreprise…), la mesure commune d’impacts environnementaux différents, et le fait qu’elle porte sur la consommation plutôt que la production, «ce qui permet de mieux identifier les responsabilités». Mais elle ne prend pas en compte tous les impacts environnementaux. Un constat partagé par le service statistique du Meeddat, (SoeS) qui publiait le 20 mai une version provisoire de son expertise du GFN (voir encadré).

Aussi, avant de résoudre les failles méthodologiques et conceptuelles de l’indicateur, le Cese entend donner la «priorité au bilan carbone», les émissions représentant 52% du GFN. Pourraient y figurer les émissions de méthane, d’halocarbures et de protoxyde d’azote. Il pourrait être exprimé en fonction du jour de l’année à partir duquel les émissions saturent la capacité de séquestration planétaire, ou en nombre de «planètes Terre» nécessaires pour séquestrer le CO2 si les émissions nationales étaient généralisées.

L’empreinte écologique: un indicateur imparfait

 «Entre 1961 et 2005, l’empreinte écologique de la France a augmenté de 85%, passant de 160 millions d’hectares globaux (Mhag) à 300 Mhag», indique le Service de l’observation et des statistiques (SOeS) dans la version provisoire de son «expertise de l’empreinte écologique». Le rapport final est prévu pour juillet.Le SOeS pointe plusieurs failles méthodologiques et conceptuelles. L’indicateur «ne permet pas de comprendre la relative faiblesse de la réduction de l’empreinte» qui découle de l’usage du nucléaire. Ensuite, l’empreinte ne prend pas en compte toutes les dimensions de l’environnement : consommation d’eau, rejets dans l’eau et dans l’air, traitement des déchets ou biodiversité. Elle écarte aussi les dimensions économiques et sociales du développement durable.

(1) Dans le JDLE «L’empreinte écologique encore retoquée»

Dans le JDLE L’empreinte écologique encore retoquée

Pour aller plus loin Rapport du CESEUne expertise de l’empreinte écologique, version provisoire

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