Climat : Un front uni pour des ONG de tous horizons

liberation.fr, Christian Losson, le 26 mai 2009

Un front uni pour des ONG de tous horizons

Des organisations liées aux droits de l’homme ou à l’action humanitaire s’associent aux écologistes. «Le destin du monde» d’un côté, «l’ultimatum climatique» de l’autre. Le premier se jouera probablement dans six mois à Copenhague, a assuré hier Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, lors d’une réunion à Paris des plus gros émetteurs de CO2 de la planète. Le second se joue dès à présent, selon de grandes ONG françaises qui ont appelé, hier, à un sursaut commun (publié hier dans Libération). Et lancé une pétition pour tenter de réunir un million de signatures et pousser la France à assurer un leadership (1), jusque-là bien timide. Nouveauté : ces associations n’arborent plus uniquement le vert de l’environnement, mais aussi les couleurs des droits de l’homme, de la solidarité internationale et de l’action humanitaire.

«Réponse commune». Parmi elles : Oxfam, la Fédération internationale des droits de l’homme, Action contre la faim (ACF), Care… «L’hybridation des crises menace les démocraties et appelle une réponse commune», rappelle Serge Orru, du WWF. «On ne peut pas rester en dehors de cet enjeu capital. Même si le lien entre malnutrition et climat reste difficile à mesurer», assure de son côté Michel Bruguière, de Médecins du monde. «Les pays les plus pauvres sont les moins responsables, mais les plus touchés», ajoute Luc Lamprière, d’Oxfam. «Les victimes de catastrophes naturelles sont 40 fois plus nombreuses depuis trente ans dans les pays du Sud», renchérit François Danel, d’ACF.

Difficile de continuer à séparer, comme ce fut le cas jusque-là lors des conférences climatiques, les enjeux des bouleversements climatiques et ceux de la sécurité alimentaire ou de la réemergence de maladies animales (comme l’a estimé hier l’Organisation internationale de la santé animale). Impossible de taire le lien entre «la bombe climatique», selon Orru, et l’exode des réfugiés climatiques ou des victimes des catastrophes. «98 % des catastrophes dites naturelles sont liées au climat, rappelle Luc Lamprière. D’ici 2015, 375 millions de personnes pourraient en être victimes.»

A l’heure où les Objectifs du millénaire de réduire la pauvreté par deux d’ici 2015 sont dans l’ornière, l’enjeu est de taille. Il passe par le besoin de dégager, malgré la crise, de nouvelles sources de financement : environ 100 milliards d’euros par an d’ici à 2020. Et la nécessité de lier les crises entre elles dans les débats. «Désormais, les conférences climatiques sont des conférences sur l’avenir du monde, et doivent brasser les questions économiques, sociales, interroger les rapports Nord-Sud», assure le député vert Yves Cochet.

Révoltée. Cette convergence d’ONG préfigure-t-elle un tournant capital ? «D’autres coalitions nationales inter-ONG émergent ainsi au Royaume-Uni, en Allemagne, en Pologne, ou aux Etats-Unis», dit Pascal Husting, de Greenpeace. Vrai. Mais si les grandes ONG traditionnelles environnementalistes – réunies dans les négociations sous la bannière de Climate Action Network – bougent sur le front des alliances, c’est aussi pour une autre raison. Depuis la conférence de Bali, en 2007, on assiste à une structuration de mouvements sociaux et de réseaux altermondialistes qui entendent aussi faire entendre leurs voix. Une voix plus radicale, plus «sudiste», plus révoltée. Le Climate Justice Now, coalition emmenée par les paysans de Via Campesina ou des think tanks tel Third World Network, mais aussi une partie d’Attac et des Amis de la terre, ont la ferme intention de faire le lien entre les différentes crises générées par le capitalisme. Et demander réparation.

«Les ONG traditionnelles sont trop dans la cogestion, pas assez dans la rupture», note Nicola Bullard, de Focus on the Global South. «C’est vrai que l’arrivée de nouveaux acteurs nous pousse à aller encore plus loin», reconnaît une ONG française. Comme tenter d’associer d’autres acteurs clés de la société civile : les syndicats, aiguillés par une relance «verte» qui reste pour l’instant à l’état de semence… «Il faut inventer une nouvelle économie», dit Orru. Donc de nouvelles coalitions pour y aller au plus vite. (1)

www.copenhague-2009.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :