Boboyakas : Vieillir ensemble dignement

sud-ouest.com, Isabelle Castéra, le 22 Mai 2009

BORDEAUX. L’association des Boboyakas travaille à sauver la vieillesse du naufrage annoncé

Ils rêvent de vieillir sans entrave

Ils ont été des adolescents terribles. « Jouir sans entrave », « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », déjà eux… Ils ont fini par vieillir sans jamais grandir, comme on dit des adolescents résistants. Ils ont chopé 50 balais comme qui rigole, en rigolant beaucoup et en continuant à rêver.

Puis voilà, une maman qui perd la boule, un papa qui finit ses vieux jours écrasé dans un lit de douleur, une autre qui tremble dans un fauteuil au fond d’une maison de retraite. Comme ils aiment bien réfléchir au monde qui tourne, ils ont dit : « Et nous, comment on n’aimerait pas vieillir ? »

Raoul, Édith, Patrick, Tonie, Nicole. Ils sont une petite vingtaine, ils ont 56 ans d’âge moyen et se roulent des clopes dans du papier Job. Ensemble ils ont monté l’association Les Boboyakas, en avril 2008. « Nous sommes des vieux copains issus de ces années-là, commence Édith. Nous étions étudiants, aujourd’hui, on travaille tous encore, mais à chaque fin de repas festif, on se dit qu’on aimerait bien vieillir ensemble. Mieux que nos parents. »

«La réalité nous a rattrapés»

Vieillir ensemble, mais surtout vieillir dignement. Chacun d’entre eux raconte l’histoire de la fin de vie d’un parent. « On a tous été rattrapés par la réalité de la vieillesse avec nos parents, poursuit Édith. Sur le plan social, affectif, économique. Ce n’est pas l’angoisse qui nous guide, mais la prise de conscience des enjeux. »

L’association puise ses sources dans les vieux rêves des années 70. La maison bleue où l’on vient à pied, où l’on ne frappe pas, car ceux qui vivent là ont jeté la clé. Raoul se marre sous sa moustache grise. « Oui, concède-t-il, il s’agit d’une tentative de renouer avec ces projets-là, autour de l’autogestion et de la solidarité. Pas baba cool attention, car je crois plutôt à l’idée d’un projet politique. Nous voulons que la vieillesse soit une période de la vie où l’on reste acteur, sujet jusqu’au bout. Éviter la prise en charge. Pouvoir désirer et décider. »

Tous les deux mois, les Boboyakas se retrouvent pendant tout un week-end, plutôt joyeux, et travaillent à l’élaboration de ce projet de vie. Ils savent qu’ils ont encore un peu de marge, quelques années qui vont leur permettre de peaufiner leur pensée.

Aujourd’hui, tandis qu’ils approchent de l’âge de la retraite, ils regardent leurs grands enfants avec bienveillance. « On ne veut pas peser. En se prenant en charge, on leur permettra de vivre leur vie sans trop s’inquiéter pour la nôtre », reprend Raoul.

Depuis la création de l’association, les grandes lignes ont été dressées dont ils ne dérogeront pas. Reste à mettre en place la faisabilité, le financement, etc.

Tonie Medeville, présidente des Boboyakas, affirme que l’association a l’intention d’aller plus loin que les Babayagas, leur référence. « Créer et faire vivre un espace de vie collectif et privé pour ses membres. Le but est de permettre à chacun de ses acteurs de vivre jusqu’à leur disparition physique dans un environnement libre, combatif, laïc, créatif et solidaire. » Tout est dit.

Un lieu ? Où ? « Nous n’avons pas décidé s’il fallait le bâtir à la campagne ou à la ville. Il y aura des espaces collectifs et des chambres privées. Nous ne voulons pas d’un ghetto plein de vieux, sinon à quoi bon nous distinguer. Il faudra que cet endroit génère des projets, des actions. On pourra y créer des activités qui attirent toutes les générations. Le désir ne s’arrête pas avec l’âge », tonne Raoul. « Aujourd’hui la vieillesse est une mise à l’écart, nous on dit  » non  » », ajoute Patrick.

Reste la question du montage juridique. Financier. Car pas question de se substituer aux services publics. « On met sur la table un problème de société urgent. Dans 15 ans, il n’y aura pas assez de salariés pour payer les retraites. Tout le monde doit réfléchir. Nous espérons qu’avec les autres groupes qui se constituent, nous réfléchirons ensemble. Et avec les collectivités locales. Le débat est lancé. »

D’autres initiatives partout en France

Entre la solitude à domicile et la maison de retraite, certaines personnes âgées ne peuvent choisir. La peste ou le choléra ? À Paris, un groupe de féministes militantes vieillissantes a choisi de construire une maison adaptée aux besoins liés au vieillissement. Ouverte aux femmes seulement.

L’association des Babayagas a ouvert la voie à Montreuil et montré que c’était possible. Une initiative isolée qui a fait des émules et suscité des réflexions un peu partout. Ainsi à Avignon, où une psychosociologue a fondé l’association La Trame, avec pour mission de développer le concept et les unités « Cocon 3S » dans toute la France. Ces unités fonctionnent en réseau, elles facilitent l’adhésion des seniors via le site Internet gratuit (www.cocon3s.fr), organise des réunions d’information, des échanges, des essais et des voyages.

Partager les vieux jours

Le concept a vu le jour après la canicule de 2003 pour initier des dispositifs et des actions auprès des personnes âgées seules, afin d’éviter les risques liés à la solitude.

La famille éclatée ne peut plus remplir son rôle sécurisant, lorsque les parents vieillissent. Les seniors en solo sont légion, beaucoup parmi eux ne souhaitent pas vivre seuls cet ultime morceau de leur vie, d’où l’idée d’un projet de colocation.

Il s’agit de partager les frais et les projets, les soucis et les plaisirs. Ces petits collectifs de vie fonctionnent en autogestion, des unités de vie (maisons ou appartements) seront proposées aux occupants potentiels, soit par une SCI (Société civile immobilière), soir par un adhérent, soit une collectivité. Chaque occupant pourra jouir d’une pièce personnelle et pourra y mettre ses meubles et affaires personnelles. Tous pourront profiter des pièces communes.

Cependant, chaque résidant paiera sa cote part de loyer propre et de charges, compte tenu de ses revenus et de la taille de sa pièce personnelle. Pour faciliter la vie au quotidien, les comptes et achats de denrées – les repas sont pris ensemble -, une caisse commune en argent liquide pourra fonctionner chaque mois.

Une alternative à la solitude

« Cocon3s » a pour mission de lutter contre la solitude des seniors, d’éviter les institutions type maison de retraire, hôpital, maison de repos et en mettant l’argent en commun de vivre plus confortablement, que si l’on était seul.

De plus il s’agit de conserver le plus longtemps possible l’autonomie et le libre arbitre.

Contact : latrame@orange.fr Tél. 02 97 62 80 45.

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Une Réponse

  1. très belle idée, mais depuis 2009, j’aimerais savoir où en est le projet … quelles sont les dates des réunions ? à signaler un livre de la TRAME qui sort le 20 janvier et un très beau FILM à voir « et si on vivait tous ensemble »
    http://www.habitats-differents.net/?page_id=1036

    bon début d’année à tous, Brigitte CASSIGNEUL

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