Risques naturels : le sombre diagnostic de l’ONU

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 18 mai 2009

Risques naturels : le sombre diagnostic de l’ONU

Les risques liés aux catastrophes d’origine naturelle ne cessent de s’accroître, les pauvres en sont les principales victimes, le changement climatique et la dégradation des écosystèmes vont aggraver l’ampleur de ces risques : le message délivré à Bahreïn, dimanche 17 mai, par les Nations unies, n’est pas d’un franc optimisme.

Le coût élevé de l’indemnisation en France

En France, les événements naturels indemnisés par les assureurs entre 1988 et 2007 ont coûté 34 milliards d’euros (tempêtes pour 49 %, inondations pour 33 %, sécheresses pour 16 %). Selon une étude réalisée par la Fédération française des sociétés d’assurances, et publiée le 29 avril, le changement climatique devrait accroître le nombre et l’ampleur de ces aléas naturels : la fréquence des sécheresses en France pourrait augmenter de 10 % entre 2007 et 2030 par rapport à la période 1988-2007 ; celle des inondations de 15 %, celle des tempêtes de 10 %. Au total, les assureurs estiment que la charge d’indemnisation atteindra 60 milliards d’euros.

Ils soulignent que tous les particuliers paient une surprime « catastrophes naturelles » identique quelle que soit leur vulnérabilité.

Ce principe de solidarité ne devrait pas conduire à négliger les politiques de prévention. Politiques qu’en l’état les assureurs jugent « insuffisantes ».

Issu de la Stratégie internationale de réduction des risques, lancée par l’ONU en 2000, le rapport publié dans l’île du golfe Persique opère la première synthèse des connaissances sur les désastres naturels qui se sont produits entre 1975 et 2008. S’il reconnaît ne pas être exhaustif – par exemple, sur les sécheresses en Afrique subsaharienne -, le texte n’en représente pas moins une masse de connaissances unique.

Entre 1975 et 2008, le rapport dénombre 8 866 désastres ayant tué 2 284 000 personnes. Quelques « mégadésastres », concentrés sur la période récente, ont provoqué chacun la disparition de plus de 10 000 personnes : sur vingt-trois recensés depuis 1975, six sont intervenus depuis l’an 2000 – notamment le cyclone Nargis en Birmanie et le séisme du Sichuan en Chine, en 2008 ; le séisme du Cachemire en 2005 ; le tsunami dans l’océan Indien en 2004.

Globalement, concernant les inondations, le risque mortel a augmenté de 13 % entre 1990 et 2007. Trois pays y sont particulièrement vulnérables, puisqu’ils concentrent 75 % des risques de mortalité : le Bangladesh, la Chine et l’Inde. Le tableau n’est pas, si l’on ose dire, uniformément catastrophique. Certes, le nombre absolu des pertes humaines ou économiques augmente sur l’ensemble de la période, mais il reste proportionnellement stable, du fait de l’augmentation démographique et de celle du Produit intérieur brut (PIB) mondial.

Mais selon les experts de l’ONU, la situation devrait se dégrader, en raison du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes. Celle-ci est un facteur trop ignoré. Le rapport rappelle le constat qu’avait opéré, en 2005, le Millenium Ecosystem Assessment (évaluation du millénaire des écosystèmes de la planète) : près de 60 % des « services » rendus par les écosystèmes sont en déclin. Or, ces derniers parviennent à amortir l’impact des catastrophes d’origine naturelle. Ainsi la mangrove permet, par exemple, de diminuer les effets d’un raz de marée.

CYCLONES PUISSANTS

Quant au changement climatique, il va augmenter de manière certaine le risque des désastres. Si le nombre des cyclones ne semble pas augmenter, leur virulence (mesurée sur une échelle de 1 à 5) s’accroît. La vulnérabilité des populations est l’un des autres facteurs qui accentuent les risques. L’action des pouvoirs publics (normes antisismiques, etc.) devient alors cruciale : le Japon et les Philippines subissent à peu près le même nombre de typhons, mais ceux-ci provoquent 17 fois plus de morts aux Philippines qu’au Japon. Or, dans les pays en développement, la majorité des paysans sont très vulnérables aux désastres, faute d’épargne ou d’indemnisation possible. Par ailleurs, l’urbanisation mal contrôlée entraîne la fragilité croissante du milliard, environ, d’habitants des bidonvilles.

L’ONU appelle les gouvernements à se mobiliser pour se préparer à des risques qui devraient être toujours plus lourds de conséquences, dans les pays les plus pauvres. L’organisation internationale souligne le paradoxe du changement climatique, largement provoqué par les pays les plus riches alors que ce sont les plus démunis qui en subissent les conséquences. Un message qui semble peu entendu.

Alors que les ministres européens du développement se réunissent à Bruxelles, mardi et mercredi, la coordination des associations d’aide au développement (Concord) souligne que l’Europe n’a consacré, en 2008, que 0,4 % de son revenu national brut à l’aide. On est loin des 0,7 % promis pour 2015. En ce qui concerne un pays comme la France, l’aide réelle ne représente que 0,3 % du revenu national.

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