Lepage et Cochet : Entre espoir vert et sombre lucidité

liberation.fr, Laure Noualhat,

Entre espoir vert et sombre lucidité

Livres. Les visions opposées d’ex-ministres de l’Ecologie.

Antimanuel d’écologie Yves Cochet, Editions Bréal, 310 pages, 21 euros Vivre autrement Corinne Lepage, Grasset, 166 pages, 9 euros.

Quand deux anciens ministres de l’Environnement prennent la plume, ce n’est pas pour caresser un potentiel électorat mais pour chatouiller une société abattue par la crise systémique. Le premier bénéfice de l’Antimanuel d’écologie, du député Vert Yves Cochet, est de réhabiliter le mot écologie. Parce que, écrit-il, «l’écologie est un paradigme, une pensée totale, et qu’en dehors d’elle, il ne reste plus grand-chose». S’il est bien un mot qui mérite d’être réhabilité, c’est celui-là. L’écologie, les plus gros pollueurs de la planète la vendent comme pot de peinture, des consommateurs schizophrènes l’achètent, le monde occidental en parle, en veut, la mange, la (con)chie, mais peu de monde, en réalité, la vit.

Fidèle au concept d’antimanuel, celui-là nous permet de passer dans les bras de quelques grands hommes : René Descartes, Edgar Morin, Ivan Illitch, Hans Jonas, et d’embrasser aussi la pensée de quelques – trop rares – femmes, dont Hannah Arendt ou la prix Nobel de la paix Wangari Maathai. Il y a aussi d’illustres philosophes, des écologues, des biologistes, mais aussi des intellectuels qui pensent cette chose que d’autres renoncent à envisager : la fin de l’humanité, sa place dans une nature sans cesse transformée, sa responsabilité, ses courses à l’échalote. Le tout ponctué par de pertinentes illustrations distillées avec humour.

Inspiration. Qu’on se rassure, ces penseurs n’ont aucun des oripeaux dont on veut affubler les écolos : le militantisme en bandoulière, l’indolence, la marginalité ou le catastrophisme chevillé au corps. Même si cet ouvrage très pédagogique nous prévient : le monde va mal et l’espoir est mince. Et ce ne sont ni les responsables politiques – obsédés par les échéances électorales -, ni les responsables économiques – obnubilés par la rentabilité de leur entreprise -, qui peuvent tenir le discours sur l’effondrement.

Que de temps perdu, que de gâchis. Dire que les voyants sont au rouge depuis des décennies, que les alertes sont lancées depuis le début des années 70. Le pire drame des écolos est sûrement d’avoir eu raison trop tôt. Qu’importe, «notre responsabilité est de changer de posture, explique Cochet. De nous préparer à affronter l’inflation, la récession, les tensions sociales et internationales, la guerre. A cette fin, une seule inspiration doit guider les politiques publiques dans tous les pays : protéger les citoyens contre les conséquences de la catastrophe écologique». Dans son ouvrage, Cochet nous invite à ne plus croire les indéfectibles gardiens du temple, aveugles mais musclés, qui défendent le monde de ceux qui n’ont rien vu venir et auxquels tout cela échappe. Il nous invite à embrasser la décroissance plutôt que de la subir, dans le seul but de «vivre mieux».«Plus n’est pas nécessairement mieux et moins nécessairement pire

Plus modeste dans sa forme mais tout aussi percutant dans son analyse, le livre de Corinne Lepage nous convie aussi à Vivre autrement. Le verbe, ici, est moins sombre et la confiance en l’avenir plus techniciste. L’ancienne ministre de l’Environnement (de 1995 à 1997) n’hésite pas à tirer à boulets rouges sur la classe politicienne dont elle souligne «l’insignifiance», mais aussi sur les consommateurs «parfaitement passifs», nourris «aux mamelles de la peur et de l’abêtissement», sans oublier les lobbies qui ont noyauté les lieux de pouvoir,

D’après elle, ni la poursuite de la croissance ni la décroissance n’est souhaitable, même si, reconnaît-elle, «nous sommes entrés, si ce n’est dans un système, au moins dans une logique de décroissance, voulue ou subie par les pouvoirs publics». Elle préfère parler – pour ne pas heurter ? – d’une «évolution soutenable». Elle en appelle à l’économie circulaire, basée sur le recyclage et la parcimonie, l’économie de fonctionnalité, consistant à acheter du temps d’utilisation plutôt que des produits, l’économie de service. Elle évoque le capitalisme naturel, concept développé à la fin des années 90 par l’Américain Amory Lovins, qui ajoute, au capital financier, le capital naturel, le capital social et le capital culturel.

Lotus. A part le fait que le temps presse et que les dirigeants n’ont toujours pas pris la mesure des changements à engager, pourquoi pas ? La société de transition dans laquelle nous convie l’avocate est aussi une société technologique, efficace, où le système énergétique est décentralisé et où l’industrie s’inspire sans compter de la nature. Biomimétisme, biomorphisme et bio-assistance sont des voies insuffisamment explorées par les industriels. Ainsi, il n’existe pas assez de produits comme le Lotusan, une peinture extérieure très résistante inspirée de la configuration des feuilles de lotus. Nourriture, logement, transport, éducation, travail, les vieilles recettes sont devenues indigestes et l’humanité n’a plus qu’à imaginer son avenir. Par exemple en inventant l’université du futur, virtuelle, sans obligation de classement, ouverte constamment et capable de rembourser les étudiants s’ils sont toujours sans emploi six mois après leur diplôme. Chiche ? C’est à la limite trop convaincant pour être vrai. Pourquoi Corinne Lepage ne parvient-elle à irriguer le Modem, son parti de raison, avec de telles idées ?

Une Réponse

  1. Je trouve votre article intéressant, cependant je pense que certaines entreprises ont déjà pris la voie de l’économie de fonctionnalité : les loueurs ! Ils commercialisent un temps d’utilisation d’un produit ou service donné.

    Les vertus de ce système sont claires : rentabilité pour les propriétaires, moindre coût pour les locataires et surtout une utilisation optimale du produit (donc moins de surproduction/surconsommation).

    C’est la voie qu’a également prise le site de location entre particuliers zilok.com où les gens se louer des articles entre particuliers. D’ailleurs, pensez-vous que les particuliers remplaceront les loueurs professionnels à terme ?

    Ce site me permet d’arrondir mes fins de mois en rentabilisant mes objets inutiles/inutilisés, je compte bien l’utiliser le plus possible !

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