Chantal Jouanno : Energique et durable

lemonde.fr, Gérard Davet, le 18 mai 2009

Energique et durable

Elle doit sa carrière à Martine Aubry et reconnaît bien volontiers ne « pas se sentir totalement de droite ». N’allez pas en tirer de conclusions hâtives. Alors qu’elle débute un tour de France destiné à vendre « son Grenelle de l’environnement », à 39 ans, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie, est un pur produit de la filière Sarkozy, du temps où ce dernier régnait Place Beauvau.

Du président de la République, elle connaît tout ou presque. Elle sait, par exemple, désamorcer ses humeurs agressives. Comme ce jour où elle vit débarquer un Sarkozy rouge de colère, dans son bureau d’alors, au conseil général des Hauts-de-Seine. Les travaux de rénovation n’étaient pas terminés à temps, les architectes et ouvriers étaient blêmes. Elle sut, alors, user de son calme, de son charme discret, pour s’interposer. Douze titres de championne de France de karaté, ça vous confère une forme d’autorité.

Elle aime bien Nicolas Sarkozy. Ils n’ont pourtant pas grand-chose en commun. Elle se souvient encore de cette confidence, lâchée par son patron, Place Beauvau : « La politique coule dans mes veines. » Ce n’est pas le cas de Chantal Jouanno. Mais elle l’admire. « Il ose, dit-elle. Il sort des sentiers battus, va au contact. Et il sait reconnaître quand il a tort. Certes, il n’est pas tout en douceur, mais il reste très humain. J’ai quand même réussi à lui coller deux grossesses, il m’a juste dit : « Tu fais comme tu veux. » Et il m’envoyait des fleurs tous les jours à la maternité. »

Pour autant, Chantal Jouanno n’a jamais fait partie du carré des fidèles. Elle n’est pas courtisane ni intrigante. « Tu es la seule qui ne me demande jamais rien », lui dit-il un jour. Trop prudente. « Je n’ai jamais été dans des stratégies d’influence, assure-t-elle. Et je trouve que bon nombre de gens qui l’entourent sont d’une immense prétention. D’abord, on dit merci… »

Elle sait ce que sa carrière lui doit. Même si la politique n’est pas toute sa vie. Quand elle a été nommée secrétaire d’Etat, en janvier, elle a croisé Nicolas Sarkozy, au détour d’un couloir, à l’Elysée. « Alors, il faut que je fasse de la politique, maintenant ? » a-t-elle lancé, amusée. Et lui de répondre, ferme : « Evidemment ».

Parce que Chantal Jouanno, en politique, cela sonne comme une évidence. Il faut la voir, en déplacement à Grenoble, devant une assemblée de militants UMP, entre deux morceaux de pizza et trois rondelles de saucisson, vanter les mérites du gouvernement, rappeler les avancées du Grenelle de l’environnement. Elle sait faire, louvoie dans le ballet des élus locaux, sans flatteries excessives, en toute simplicité. Elle parle un langage clair, comme son mentor, mais sans rouler les épaules.

Elle a retenu l’essentiel, lorsqu’elle écrivait les discours de Nicolas Sarkozy, au ministère de l’intérieur. « Il lui fallait un discours très structuré, se souvient-elle. Des phrases courtes, une idée, une image, une démonstration, être dans le concret. » Depuis, elle applique la recette. « Elle était très bonne sur le terrain, avec une vraie capacité de conviction, se souvient l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui l’a bien connue lorsqu’elle dirigeait le cabinet des préfets de la Vienne et de Poitou-Charentes, entre 1999 et 2001. J’avais apprécié son énergie douce et durable, ses capacités d’écoute. C’était, en outre, une très bonne négociatrice. »

On ne lui trouve guère d’ennemis : elle est du genre à ne pas froisser son interlocuteur. C’est sa méthode, qu’elle a su tester lors de son passage en préfecture. Elle a tout connu, y compris la tempête de 1999.  » Je suis Miss Catastrophe », s’amuse-t-elle. Mais on n’a peur de rien, quand on a commencé sa carrière professionnelle à vendre des AX chez un concessionnaire Citroën, après un BTS, et une seconde redoublée. « Je n’étais pas fière de moi, mais j’ai bien vécu », dit-elle pudiquement.

Issue d’une famille provinciale aisée, sans plus, elle a connu à 18 ans le père de ses trois jeunes enfants. Les études, au début, ce n’est pas son truc. Au point que son professeur d’histoire en terminale, un vrai devin pour l’occasion, lui lâche, un soir de conseil de classe où elle a obtenu un avis « très défavorable » pour l’obtention du baccalauréat : « Vous ne ferez jamais rien dans la vie ! »

Chantal Jouanno est lucide. « Je n’ai aucun don pour quoi que ce soit, mais je suis travailleuse », dit-elle. C’est ainsi qu’un jour elle écrit à Martine Aubry, alors ministre du travail, pour obtenir un stage. Qu’elle décroche. Et puis elle enchaîne : Sciences Po, l’ENA. « J’avais l’impression de grimper l’Everest ! J’ai détesté l’ENA, se souvient-elle, le mode de sélection, le caractère des profs, l’enseignement élitiste… » Elle intègre le corps préfectoral, puis rejoint, en 2001, le ministère de l’intérieur.

Jusqu’au jour où, en 2002, on lui propose de devenir la « plume » de Nicolas Sarkozy. Elle plaît, elle est repérée. Elle se crée sa place, sans affect, un peu à l’écart.  » Elle s’est tenue éloignée du cercle des proches de Nicolas Sarkozy, témoigne Laurent Solly, l’ex-chef de cabinet du ministre de l’intérieur. Elle a une vraie rigueur morale, le sens de l’écoute. Elle a peut-être encore plus de qualités qu’on ne l’imaginait… »

Sur les conseils de Claude Guéant, elle s’intéresse à l’écologie. Elle n’y connaît rien, mais elle bosse. Nicolas Sarkozy élu président, elle le suit à l’Elysée, comme conseillère. « Le Grenelle de l’environnement, c’est mon bébé, lâche-t-elle fièrement. Si j’échouais, je pouvais faire mes valises, il a fallu convaincre la majorité. » Elle y est parvenue. En s’attirant les faveurs des vrais fondus d’écologie. « Elle était notre interface à l’Elysée, se rappelle Jean-Paul Besset, un proche de Nicolas Hulot, et elle s’est toujours montrée d’une grande loyauté, convaincue de l’ampleur du problème. »

Devenue secrétaire d’Etat, elle veut impulser ses idées. Seront-elles appliquées ? « On sent une vraie sincérité chez elle, explique Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, elle n’a pas le cynisme dandy des néo-convertis de l’écologie. Mais être le cygne blanc au milieu des vilains renards, c’est compliqué… » Elle veut généraliser les contrôles de l’air dans les classes de nos enfants, réduire les pesticides, amener le bio dans les quartiers. Sans parler de sa dernière croisade : la lutte contre les effets nocifs des téléphones portables. « Un gamin de 10 ans n’a rien à faire avec un téléphone portable », assène-t-elle.

La suite ? Elle est désormais encartée à l’UMP, où elle conseille Xavier Bertrand. Elle trouve que la droite manque d’un « vrai socle intellectuel ». Elle voit des philosophes, envisage de se présenter à de futures élections. « Je me dis : « N’y va pas, ça va détruire ta famille », songe-t-elle à voix haute. Mais si j’ai des choses à dire et que je reste dans mon coin, c’est de la lâcheté. » Pas le genre de la maison, semble-t-il.

Parcours

1969 Naissance à Vernon (Eure).

1999 Sortie de l’ENA, promotion Cyrano-de-Bergerac.

2002 Recrutée au cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur.

2004 Directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy au conseil général des Hauts-de-Seine.

2007 Conseillère pour le développement durable à la présidence de la République, chargée de suivre le Grenelle de l’environnement.

2008 Présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

2009 Secrétaire d’Etat à l’écologie auprès de Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat.

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