Nicolas Hulot : L’enjeu crucial des élections européennes

lemonde.fr, Nicolas Hulot, le 13 mai 2009

Nicolas Hulot est président de la Fondation pour la nature et l’homme.

L’enjeu crucial des élections européennes

Il en est de l’Europe comme de la politique : si on ne s’occupe pas d’elle, elle s’occupe de vous. Un seul exemple, en France, 80 % de la législation environnementale provient du droit communautaire. A l’approche des élections européennes, l’intérêt pour cette échéance me semble inversement proportionnel à l’importance du rôle crucial que cet espace politique et géographique peut et doit jouer, pour sortir le moins mal possible de ce carrefour de crises où nous sommes englués. Que l’on soit peu, pro ou anti-européen, l’Europe est une réalité en marche qui détermine et conditionne notre avenir, et l’ignorer, c’est se livrer sans contrôle à son pouvoir et à sa puissance.

C’est à Strasbourg et à Bruxelles que se joue une grande partie de notre avenir. La responsabilité de celles et ceux que nous enverrons nous y représenter est immense. C’est dans ce périmètre que peuvent émerger les prémices d’une société réconciliée avec sa planète et donc avec elle-même. Encore faut-il que ceux que nous aurons élus ne se trompent pas sur l’origine du mal contre lequel nous luttons.

Chacun doit s’astreindre à un diagnostic rigoureux pour clairement trancher sur la question de savoir s’il faut changer le système ou de système. Si dorénavant c’est bien l’épanouissement du genre humain qui doit cristalliser toutes les décisions politiques et non plus le profit, l’accumulation et le toujours-plus.

Au moment où l’humanité affronte, notamment avec les changements climatiques et la perte de son capital naturel qui s’ajoutent et se mêlent aux autres crises, la situation la plus critique et complexe qu’elle ait jamais connue, quelles réponses proposent les uns et les autres ? Sommes-nous toujours dans l’épaisseur du trait ?

Au-delà des dogmes et des filiations idéologiques qu’il me semble presque indécent d’agiter, tant les contraintes majeures imposent de fait une certaine radicalité dans les options, nous devons être intransigeants dans nos questionnements et nos choix à l’approche de ces élections. La pyramide de complexité et la gravité des menaces nous obligent à ne pas nous accommoder de recettes éculées, de vulgaires corrections de trajectoire, de solutions pensées dans des moules périmés. Il nous faut nous déconditionner et envisager tout de suite qu’un autre modèle est non seulement possible, mais incontournable.

Une question centrale, la croissance est-elle la solution ou le problème ? Lire la suite

Allemagne : les produits bio et la neutralité carbone

novethic.fr, Claire Stam à Francfort, le 5 mai 2009

Allemagne : les produits bio et la neutralité carbone

Plus d’un consommateur sur deux achète du bio en Allemagne. Il ne suffit plus qu’un produit soit estampillé bio pour connaître le succès, il se doit d’être le plus neutre possible en carbone. Distributeurs et producteurs s’adaptent de manière différente, parfois surprenante, et toujours sous le regard critique des consommateurs.

« La super-saucisse sauve le monde ! » proclame l’affiche à l’entrée du supermarché bio. « Nous avons réussi ! La saucisse fine d’Ökoland est le premier produit alimentaire au monde à s’être vue attribuer le label Stop-Climate-Change ». Cette interpellation surprenante a le mérite d’attirer le regard des consommateurs soucieux d’environnement. Car les sigles ne manquent pas sur les produits du supermarché entièrement dédié au bio, les clients ignorent même souvent jusqu’à l’existence du label carbone en question.

Il n’empêche, la « superwurst » se vend… comme des petits pains en Allemagne, à en croire Patrick Müller, gérant d’Ökoland, un des principaux distributeurs de produits bios du pays. « Les consommateurs honorent un engagement actif de l’entreprise contre le réchauffement climatique », relève le gérant lors d’une intervention pendant le dernier salon bio à Nuremberg.
Pour faire de sa saucisse un exemple climatique, Ökoland a fait appel à l’agence Agrar-Teg, créée à l’initiative de l’université de Göttingen, qui définit et délivre le label « Stop Climate Change ». Toute la chaîne de production et de distribution est passée au filtre carbone. Comme la consommation d’électricité d’origine renouvelable et les mesures d’économie d’énergie ne sauraient compenser toutes les émissions émises, l’entreprise achète des certificats d’émissions de CO2 et soutient ce faisant un projet de parc éolien en Inde. Patrick Müller estime le surcoût à deux centimes d’euro par paquet.

Pour autant, toutes les marques ne communiquent pas sur le sujet. Les acteurs traditionnels du bio allemand n’ont même pas de label « CO2-Neutral ». Place à la sobriété. Chez Sodasan, fabricant de détergents écologiques, comme chez Demeter ou encore Rapunzel, le message reste le même : le combat contre le réchauffement climatique va de soi. Le consommateur avisé trouvera les informations nécessaires sur les sites de ces pionniers de la consommation bio – qui entendent par ailleurs défendre corps et âmes les origines contestataires du mouvement, issu des années 70.

« Green marketing » contre « green washing »

Car les Lidl, Rewe et autres distributeurs traditionnels ont vite saisi les enjeux du marché bio allemand. Selon les derniers chiffres de la Fédération des produits de consommation biologiques (BÖLW), ce marché a enregistré, en 2008, une hausse de 10% pour atteindre un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros. L’organisation souligne que l’offre nationale se montre incapable de satisfaire une demande toujours plus grande – et ce, alors que la surface agricole allemande dédiée à l’agriculture biologique ne cesse également de croître pour atteindre les 5,6% de la surface cultivable totale (contre 2% en France). Conséquence : l’importation augmente, elle aussi. Or, pour un grand nombre de consommateurs adeptes du bio, les produits importés dégagent un fort parfum de kérosène et donc d’émission de gaz à effet de serre. Ce que n’ont pas manqué de souligner les acteurs du secteur. « Les distributeurs et producteurs bios découvrent la thématique de la neutralité carbone,  alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’elle aille de soi dans ce secteur », Lire la suite

L’agriculture bio est-elle prête à sortir de terre ?

eco-life.fr, Anne de Malleray, le 4 mai 2009

L’agriculture bio est-elle prête à sortir de terre ?

La France compte seulement 2% de surface cultivées bio et, face à un marché en pleine expansion, importe près de 50% de sa consommation. Ce retard nous place au 21e rang européen mais les projets de conversion se multiplient Le secteur agricole français est souvent stigmatisé pour ses mauvaises performances en agriculture biologique et son recours aux pesticides dont nous sommes les premiers utilisateurs en Europe. Néanmoins les défenseurs de la filière bio sont optimistes. « Le marché du bio est en hausse de près de 10% en 2008« , souligne Vincent Perrot, délégué général de la Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique. « Les chiffres officiels seront publiés mi-mai, mais on voit que les surfaces augmentent partout par rapport à l’année dernière ».

Dans la Région Centre par exemple, 17e sur 22 régions pour sa superficie en bio, 100 demandes d’aide à la conversion ont été déposées auprès de la Préfecture cette année. Le nombre d’exploitations bio passerait de 400 à 500 pour une surface bio multipliée par deux, de 2 000 à 4 000 hectares.

On doit cet engouement au déplafonnement des aides octroyées par le ministère de l’Agriculture en janvier 2009. « Jusque là, les aides à la conversion au bio étaient plafonnées à 7600 euros par hectare et par an, soit 38 hectares aidés pour les grandes cultures, ce qui n’était guère incitatif« , souligne Frédric Laloy, chargé de mission sur l’agriculture biologique à la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF). « Le passage au bio, qui concernait principalement les vignobles et le maraîchage, commence à intéresser les grandes exploitations céréalières« . Pour atteindre l’objectif de 6% des surfaces en 2012 fixé par le Grenelle de l’environnement, il fallait convaincre ce type d’exploitation. « La hausse ne concerne pas seulement le Centre, on constate le même effet de levier beaucoup de régions », souligne Frédric Laloy.

– « Si les aides ne sont pas suffisamment incitatives, les agriculteurs ne s’y mettront pas » –

L’engouement est tel que les enveloppes allouées à la conversion, gérées sur le plan régional, ne sont pas assez épaisses. « Nous craignons un replafonnement des aides à cause d’une demande trop élevée« , s’inquiète Vincent Perrot. A raison, puisque la Région Centre, devant l’affluence des dossiers, a décidé de limiter le montant des aides à 20 000 euros par exploitation. Mieux que les 7 600 euros offerts auparavant, mais peut-être pas suffisant pour convaincre les agriculteurs demandeurs d’aller au bout de leur démarche.

Le passage au bio n’est pas une sinécure. »Pendant deux ans, Lire la suite

Le collectif CAP’Eau pour « une nouvelle politique de l’eau en Adour-Garonne »

lejpb.com, Sébastien Vaïsse, le 12 mai 2009

Le collectif CAP’Eau pour « une nouvelle politique de l’eau en Adour-Garonne »

Hier matin, la question sensible de la gestion de l’eau était au coeur du débat à l’occasion de la conférence de presse du collectif CAP’Eau, qui regroupe une cinquantaine d’associations et fédérations du bassin Adour Garonne. Un collectif dont la première initiative est de «sensibiliser l’opinion publique et les élus sur l’urgence à mettre en oeuvre une nouvelle politique de l’eau». Une urgence d’autant plus significative que «la situation du bassin Adour-Garonne en matière de préservation et de reconquête de la qualité des eaux et des milieux aquatiques est alarmante».

À noter que ce travail mené par le collectif CAP’Eau, se résume via «un kit de 13 fiches» rentre dans le cadre de la révision du SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) et souligne «qu’une nouvelle politique de l’eau est nécessaire et possible afin de se donner les moyens d’atteindre les objectifs affichés par la Directive Cadre sur l’eau en Adour-Garonne».

Objectif 2015 : pas atteint ?

Concrètement, si la DCE (Directive Cadre Européenne de 2000) et sa transcription sur le territoire français (Loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006) ont fixé des objectifs écologiques ambitieux en matière de qualité des eaux d’ici 2015, force est de constater qu’on sait dès aujourd’hui «que le bon état des eaux risque de pas être atteint en 2015, alors que cet objectif ne concerne que 60 % des masses d’eau sur le bassin Adour-Garonne» explique Julien Iladoy du syndicat ELB, «le reste étant reporté à 2 021 et 2 027».

Un constat plutôt négatif qui s’explique notamment par l’absurdité de la politique actuelle : «on pollue, puis on traite pour répondre à des normes sanitaires. Il faut désormais sortir de cette situation, adopter une démarche ambitieuse de prévention» explique-t-on du côté du collectif.

L’eau «sous pression»

Pourtant, la pollution des eaux du territoire Adour-Garonne est une réalité. Des «écosystèmes montagnards fortement perturbés» aux «eaux souterraines et aux rivières durablement polluées par les pesticides et les nitrates, entraînant par la même occasion Lire la suite