Les indigènes s’emparent de la crise climatique

youphil.com, Solène Cordier, 27/04/2009

Les indigènes s’emparent de la crise climatique

Réunis pendant une semaine en Alaska, les représentants des communautés autochtones ont élaboré une déclaration commune en vue du sommet international sur le climat en décembre.

Un événement important dans l’agenda de la planète Terre vient d’avoir lieu. En toute discrétion. Pendant une semaine, près de 350 représentants de communautés autochtones et des observateurs de 80 pays se sont réunis en Alaska, à Anchorage. L’objectif : démontrer que les populations indigènes ont des solutions à apporter face aux transformations du climat.

« Notre Terre mère ne se trouve pas confrontée à une période de changements climatiques mais à une crise climatique » indique le document final publié à l’issue du sommet. Or, comme le rappelait à l’ouverture Patricia Ochran, présidente de « la Conférence Inuit circumpolaire » (CIC) qui organisait la rencontre, « les populations indigènes sont celles qui sont le moins responsables de ces changements climatiques, mais certainement aussi celles qui sont les plus touchées ».

« Repenser nos relations avec notre Terre mère »

Les peuples autochtones, ou indigènes, représentent environ 370 millions de personnes à travers le monde. Ils sont présents dans 90 pays. Alors que les scientifiques s’alarment chaque jour davantage des conséquences du réchauffement climatique, le rapport ancestral de ces populations à la nature pourrait enfin être pris en compte.

Présent au sommet, c’est ce que le président de la 63è session de l’assemblée générale des Nations Unies Miguel d’Escoto Brockmann appelle de ses vœux. « Il est temps de changer et de repenser nos relations avec notre Terre mère », a-t-il déclaré, en soulignant l’importance de mener une réflexion commune avec les peuples indigènes.

L’idée n’est pas nouvelle, même si elle peine à se faire connaître. Pour Jean-Patrick Razon, directeur de l’ONG Survival International, qui œuvre depuis quarante ans pour défendre les droits des indigènes, « nous Occidentaux devrions prendre exemple sur leur manière de vivre leur environnement. Ce ne sont pas des prédateurs, ils prélèvent seulement ce qui leur est nécessaire ».

Une connaissance millénaire de leur environnement

Qu’il s’agisse des 320 habitants de Newtok, dans l’Arctique, forcés de déplacer leur village en raison de la fonte des glaces ou encore des Pygmées, amenés à bouleverser leurs techniques de chasse et de pêche à cause de la baisse des précipitations et de l’augmentation des feux de forêt, tous subissent des modifications très importantes dans leur quotidien. Un nouveau mot a même été inventé pour définir le phénomène qui les touche : « climigration ».

« Je suis toujours extrêmement surprise de voir à quel point nos défis, à nous peuples autochtones, se ressemblent, alors que nous venons d’environnements très différents, de l’Arctique au Pacifique », confie Gunn-Britt Retter, la représentante de la délégation sami -lapone- à Anchorage. La multiplicité des situations rencontrées engendre de nouvelles pratiques, une adaptation quotidienne aux nouvelles donnes de leur environnement. Présenter ces réponses spécifiques, régionales, constituait un des objectifs du sommet.

« Dans les îles Andaman situées dans l’Océan Indien, des populations autochtones vivent dans un certain isolement. Quelques jours après le tsunami de décembre 2004, les autorités indiennes ont survolé ces territoires, situés en plein épicentre du séisme, persuadées de déplorer de nombreuses morts. Aucun indigène n’avait été touché », raconte Jean-Patrick Razon. Grâce à leur connaissance millénaire de leur environnement, les habitants des îles Andaman avaient anticipé la catastrophe et avaient quitté les côtes pour se réfugier sur les hautes terres. 

Les ressources naturelles au coeur des débats

A Anchorage, impossible d’évoquer la question des changements climatiques sans la lier à celle de l’exploitation des ressources. Les peuples indigènes vivent en effet la plupart du temps dans des zones riches en ressources naturelles. Comme le rapporte l’Anchorage Daily News, les discussions ont été vives au cours de la semaine. Dans la déclaration finale, les peuples autochtones appellent la communauté internationale à abandonner les « fausses solutions » au changement climatique que constituent selon eux l’énergie nucléaire, les grands barrages ou le commerce du carbone.

Un compromis a été trouvé entre les plus radicaux, partisans d’un moratoire interdisant le nouveau forage de pétrole et de gaz, et ceux prônant une éventuelle suppression progressive de l’usage des énergies fossiles, à envisager en parallèle avec le respect des droits des indigènes à développer leurs ressources.

Reste à espérer que leurs recommandations ne restent pas lettre morte. Le test se fera en décembre prochain. Après Kyoto, l’Onu organise un sommet sur le climat à Copenhague. La déclaration des peuples autochtones sera remise à l’occasion de cette grand-messe de la communauté internationale

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