Nous ne pourrons renouer avec une économie à forte croissance

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 20 avril 2009

 »Nous ne pourrons revenir en arrière et renouer avec une économie à forte croissance »

Basé à Santa Rosa, en Californie, consultant auprès du Post Carbon Institute, Richard Heinberg, auteur d’ouvrages remarqués, est mondialement reconnu comme l’un des principaux spécialistes de la question du pic pétrolier. Il nous explique pourquoi la poursuite de la croissance relève selon lui d’une logique insoutenable.

Actu Environnement : Quels sont les principaux facteurs de déplétion des énergies fossiles ? Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que nous allons bientôt commencer à en manquer ?
Richard Heinberg : Tout d’abord, force est de constater qu’à cause de la récession, les prix du pétrole ont baissé, ce qui entraîne une baisse de la motivation des compagnies pétrolières à se lancer dans des investissements pour développer de nouveaux gisements. Du coup, durant ces six derniers mois, plus de cent milliards de dollars de nouveaux projets pétroliers ont été annulés. Ce qui signifie que, dans les cinq prochaines années, lorsqu’il y aura un regain de l’économie et un sursaut de la demande en pétrole, il y aura moins de pétrole sur le marché que si ces investissements avaient été réalisés. Autre constat : des pays qui importent du pétrole comme les Etats-Unis et la France dépendent des pays exportateurs. Or les pays exportateurs sont confrontés à une demande intérieure en hausse, qu’ils satisfont en priorité, avant de vendre le surplus sur le marché mondial. Par exemple, la demande domestique de pétrole de l’Arabie Saoudite augmente de 7% par an, soit une demande qui double quasiment tous les dix ans. Ce qui veut dire que la quantité de pétrole disponible sur le marché à l’export pourrait décliner très rapidement, alors même que la production décline elle-aussi graduellement. Ce phénomène se vérifie dans d’autres pays exportateurs de pétrole, le Mexique par exemple, qui a longtemps été un exportateur important vers les Etats-Unis. Désormais la production de pétrole du Mexique décline tandis que la demande intérieure augmente. A tel point que le Mexique est en passe de cesser d’exporter du pétrole dans les trois prochaines années. Ce qui veut dire que les Etats-Unis devront faire venir du pétrole d’ailleurs : du Venezuela ou de l’Arabie Saoudite, où le même phénomène est en train de se passer. La production de l’Arabie Saoudite décline en raison des restrictions à l’exportation fixées par l’OPEP afin de soutenir les prix, mais c’est un des rares pays qui n’est pas frappé d’un déclin de sa production en raison de la déplétion géologique. C’est du reste le principal producteur. Car la Russie commence à voir sa production décliner, le Nigéria aussi pour des raisons politiques. Le Brésil, en revanche, a fait de nouvelles découvertes de pétrole, l’Algérie voit sa production augmenter.
AE : Dans votre ouvrage Power Down1, vous analysez les implications de la raréfaction des ressources pétrolières. Quels en sont les enjeux ?

RH : L’enjeu, c’est que nous risquons d’être confrontés dans les toutes prochaines années à des prix très élevés des carburants et à la raréfaction des ressources fossiles – y compris du charbon, dont les réserves ont été largement surestimées. Certes, la récession complique les choses parce qu’elle a pour effet de réduire la demande en énergies fossiles et donne l’impression d’une abondance de pétrole. De même pour l’électricité, qui fait l’objet d’une moindre demande, en raison du ralentissement de l’activité économique, comme c’est le cas en Chine. Pour autant, dès que l’économie va repartir, la demande va augmenter et se heurter aux limites des ressources fossiles, ce qui pourrait projeter l’économie dans une spirale de récession encore plus vertigineuse. A la mi-2008, nous avons vu le prix du pétrole atteindre les 147 dollars le baril. Les gens ont cessé d’acheter des voitures, ils se sont mis à moins conduire, et l’industrie aérienne a beaucoup souffert. Dans notre système économique, tout le monde table sur une croissance continue. Or la croissance implique la hausse de la consommation d’énergie. Du coup, lorsque les prix de l’énergie ont augmenté de manière si dramatique, cela a eu pour effet que les investissements drainés par des actions en bourse jusque là en hausse se sont soudain effondrés comme un château de cartes.
AE : Dans Power Down, vous affirmez que la poursuite de la croissance relève d’une logique insoutenable. Lire la suite

Nature humaine N° 4 : écologie et sciences humaines

nature-humaine.fr, avril 2009

La Lettre Nature Humaine n°4, revue d’écologie et de sciences humaines, vient de sortir.

Au programme :

– Le changement et le passage à l’action pour l’environnement, étapes par étapes.

– le manque comme frein à l’action

– l’expérience de Stéphane Riot, consultant en entreprise, qui allie développement durable et facteurs humains.

Tous nos remerciements à ceux qui ont répondu à notre appel à dons, afin de soutenir notre Lettre qui rencontre actuellement des difficultés financières !

Nous avons reçu environ 1000 euros, ainsi qu’une trentaine de nouveaux membres. Cela a renforcé notre envie de continuer, même si pour l’instant la pérennité de la Lettre n’est pas assurée (nous avons pu payer la mise en page de la Lettre 4, mais pas les auteurs).
Nos recherches de solutions de financement avancent doucement mais sûrement : plusieurs pistes s’ouvrent, même si rien n’est encore définitif. Nous ferons un point sur notre site quand ces pistes se préciseront. Mais l’aventure est positive : ces nouvelles pistes pourraient accélérer les envies de changement de Nature Humaine – plus de conférences, d’échanges, des formations, etc… sur les sujets qui sont les nôtres.

Elle est téléchargeable gratuitement sur Lire la suite

Agglo bordelaise : La place de l’arbre après la tempête

Sud-Ouest, Patrick Faure, le 24 Avril 2009

LE POINT DE VUE DES ÉCOLOGISTES, NATURE. La tempête du 24 janvier dernier, dix ans après celle de 1999, incite à réfléchir sur la place de l’arbre

L’autre meilleur ami de l’homme L’arbre des Gaulois Les cousins d’Amérique La démarche vertueuse

Le bureau de Gérard Jehl, responsable du service environnement et paysages de la Ville de Talence, est encombré de bouteilles plastiques découpées : « Ce sont des pièges à frelons asiatiques, prêts à installer. » Toutes les communes luttent désormais contre ces redoutables prédateurs d’abeilles.

Mais une autre actualité s’impose. Comme sur l’ensemble de la région, la tempête du 24 janvier dernier a laissé d’importantes cicatrices dans le paysage. À Talence, une centaine d’arbres ont été abattus dans le bois de Thouars, les parcs ou chez les particuliers. D’autres communes (voir ci-contre) ont connu des dégâts plus importants encore.

Reboisement naturel

En ville pour l’agrément, à la campagne pour l’exploitation, la question se pose désormais du devenir de l’arbre, sachant qu’avec le réchauffement climatique et les dérèglements qui en découlent, les intempéries se multiplieront.

« Désormais, nous travaillons beaucoup sur le reboisement naturel : rien de tel que le gland tombé du chêne, explique Gérard Jehl. Il faut deux ou trois ans pour rattraper le déficit de taille (NDLR : par rapport à l’achat en pépinière), mais les végétaux s’ancrent mieux dans le sol. La tempête de 1999 avait déraciné beaucoup de vieux arbres, la dernière en a surtout cassés. » Les feuillus, plus trapus ont tendance à mieux résister.

« Après 1999, nous avions replanté 700 arbres dans le bois de Thouars : chênes, châtaigniers, charmes, qui sont des espèces locales. Depuis 2000, la réflexion a évolué et nous échangeons avec les collègues des communes voisines. C’est vrai que nous avons souvent des terrains très argileux qui retiennent beaucoup d’eau l’hiver, ce qui ne facilite pas l’enracinement. Il faut donc privilégier le reboisement naturel et la diversité », conclut le responsable talençais, Gérard Jehl.

La diversité

Les scientifiques estiment qu’outre les espèces locales, les parcs pourraient accueillir avantageusement des chênes rouges d’Amérique, lesquels présentent par ailleurs un véritable intérêt esthétique.

À la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Yann Toutain rappelle la nécessité d’essences locales d’arbres et de fleurs : « Cela aide le sol et les insectes, donc nourrit les oiseaux et l’on retrouve ainsi une chaîne alimentaire complète. »

Bernard Barbeau, premier adjoint au maire de Saint-Aubin-de-Médoc et sylviculteur, évolue quant à lui sur une commune de 3 500 hectares dont 2 800 couverts de forêts. 400 hectares appartenant à la commune sont gérés « en production » avec l’Office national des forêts (ONF).

« Ce pourrait être une manne s’il n’y avait pas le gel, les incendies, les tempêtes… Les feuillus ont été moins touchés en janvier, car ils n’avaient pas de feuilles. »

Paysages de demain

« Il ne faut surtout pas baisser les bras devant ces tempêtes. En plantant un arbre aujourd’hui, nous dessinons le paysage de demain, pour nos enfants et nos petits-enfants. Lire la suite

La croissance verte au secours des entreprises en crise

naturavox.fr, Croissance verte, le 22 avril 2009

La croissance verte au secours des entreprises en crise

Contrairement à ce que pense l’opinion publique, les entreprises considèrent que la crise financière va les conduire à renforcer leurs actions de développement durable. C’est en tout cas l’avis de 69% d’entre elles, et 88% des entreprises de plus de 5000 salariés (source : IFOP, mars 2009). Le traitement et le recyclage des déchets, ainsi que la réduction des dépenses d’énergie arrivent en 1ère position des domaines d’actions jugés prioritaires.

Au-delà d’une possible prise de conscience des chefs d’entreprises de l’impact de leur activité sur l’environnement, leurs motivations sont principalement d’ordre économiques et s’expliquent, selon nous, par 2 facteurs principaux, conséquences directes de la crise que nous traversons :

– l’évolution du contexte réglementaire

– la volatilité des coûts de l’énergie

L’évolution du contexte réglementaire

Le Grenelle de l’environnement est probablement le moteur principal des engagements des entreprises vers le développement durable. Le train de mesures du Grenelle est lui-même essentiellement motivé par les objectifs européens en matière d’énergie (cf. Paquet Climat – réduire de 20% les consommations d’énergie et utiliser 20% d’énergies renouvelables en 2020) en matière d’agriculture (cf. Paquet Pesticides, PACou en matière de toxicité pour les industriels (cf. REACH).

Le secteur du bâtiment est le secteur qui se voit attribuer le plus de mesures incitatives. Le financement de la rénovation thermique des bâtiments (via les éco-prêts,…) est au cœur du budget 2009 du MEEDDAT. Le ministère estime qu’entre 2009 et 2020, les mesures du Grenelle de l’Environnement apporteront plus de 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires au secteur de la construction (dont 192 milliards au titre de la rénovation énergétique) et permettront de créer ou de préserver plus de 300.000 emplois. De quoi inciter Bouygues à se lancer désormais dans la construction durable dans un contexte où la crise frappe le bâtiment.
Le secteur de l’énergie est également soutenu par l’Etat qui a engagé plus 300 M € sur 3 ans pour soutenir les entreprises et les collectivités qui souhaitent utiliser la biomasse (déchets agricoles, forestiers ou agro-alimentaires) pour produire la chaleur dont elles ont besoin. Plusieurs dispositifs publics sont mis en place dont un appel d’offre biomasse et un fonds chaleur.
Le secteur de l’agriculture est également soutenu sur le plan de l’énergie via Lire la suite

Pierre Rabhi « Soigner les Hommes, soigner la Terre »

terre.tv, Festival Sciences Frontières, avril 2009

Vous n’avez pas pu vous rendre à Marseille pour le Festival Science Frontières 2009 et, rongé par le regret, vous n’en dormez plus la nuit ? Arrêtez de vous tourmenter… TerreTv retransmet l’intégralité des débats des tables rondes du 25ème Festival Science Frontières : c’est (presque) comme si vous y étiez…

La table ronde « Soigner les Hommes, soigner la Terre » est en ligne. Pierre Rabhi, initiateur du mouvement Colibris, Jacques Fleurentin, ethno-pharmacologue, Habiba Bouhamed Chaabouni, professeure de génétique, Laetitia Fontaine, chercheuse, et Sylvie Gilman, réalisatrice, s’y interrogent : resterons-nous le pire parasite que la Terre ait connu ? Qui doit protéger et soigner l’autre ? c’est Lire la suite

EcoRev’ « Des chiffres et des êtres »

ecorev.org, mars 2009

Le dernier EcoRev’, revue critique d’écologie politique, vient de sortir dans sa version papier. 7 euros pour un numéro consacré à la fascination des chiffres. Au-delà du dossier, vous retrouverez nos rubriques habituelles.

Relancer la croissance coûte que coûte. Malgré les beaux discours, les pompiers pyromanes qui tentent aujourd’hui d’éteindre les foyers allumés dans l’ordre économique et financier ne se sont toujours pas décidés à braquer leurs lances sur l’incendie écologique. Les études s’accumulent pourtant pour démontrer que le marasme actuel ne sera rien en regard du coût des dégâts infligés à la planète. Les estimations de Nicholas Stern sur le coût du changement climatique sont sans cesse réévaluées. Peut-on attendre des suites de l’électrochoc provoqué par le rapport de l’économiste britannique ?

Ni la fonte spectaculaire du pôle Nord, ni les images choc des ours polaires nageant désespérément à la recherche d’un bout de banquise, ni la menace d’engloutissement de certaines îles du Pacifique, ni même les rapports alarmants du GIEC (groupe d’experts internationaux du climat) n’étaient pourtant parvenus à un tel exploit : faire du changement climatique un sujet suffisamment « important » pour mériter la une des médias. En donnant un prix à la catastrophe écologique qui nous guette, Stern semblait avoir touché la corde sensible des dirigeants de ce monde. Face à leur manque d’intérêt pour l’érosion de la biodiversité, l’économiste indien Pavan Sukhdev a été chargé par l’ONU d’évaluer le coût de la destruction des écosystèmes.

Tout ceci révèle à quel point nos sociétés modernes semblent obsédées par les évaluations chiffrées. Ecologistes compris, car il faut parfois parler la même langue… Arguments suprêmes, arbitres des débats d’idées, les indicateurs revêtent pour la plupart d’entre nous les qualités les plus précieuses héritées des Lumières : objectivité, rationalité, scientificité. Jusqu’à devenir parfois des arguments suprêmes, les arbitres définitifs des débats d’idées et des choix politiques… quitte parfois à court-circuiter le débat démocratique.

C’est donc dans ce monde de statistiques et d’indicateurs que ce nouveau numéro d’EcoRev’ nous invite à plonger.

« Des chiffres et des êtres »

Dossier coordonné par Aurélien BOUTAUD

CLASSIQUES
« Un thermomètre qui rend malade ? »

Patrick VIVERET

« Au-delà des chiffres et du productivisme : redéfinir la richesse comme production de soi »

André GORZ Lire la suite