Ne tuons pas la beauté du monde

aufil.ulaval.ca, Yvon Larose, le 16 avril 2009

Ne tuons pas la beauté du monde

Geoffrey Garver propose un nouveau modèle économique qui respecterait les limites écologiques de la biosphère ainsi que le principe fondamental d’équité

 «Le système économique vise une croissance sans fin malgré les limites biophysiques de notre planète et les limites de sa capacité à soutenir la vie. Or, l’économie mondiale est devenue trop grosse. La nature ne peut plus assimiler les déchets que l’on rejette dans l’environnement
Ce commentaire de Geoffrey Garver, chargé de cours à la Faculté de droit et consultant en politiques et droits de l’environnement, a donné le ton à la conférence qu’il prononçait, le mardi 7 avril au pavillon Charles-De Koninck, sur son livre Right Relationship, sous-titré Building a Whole Earth Economy. Cet ouvrage, qu’il a écrit en collaboration avec quatre spécialistes, dont Peter G. Brown, professeur à l’Université McGill, est paru en janvier dernier aux États-Unis aux éditions Berrett-Koehler. «L’idée du livre, explique-t-il, consistait à trouver une éthique globale capable d’amener l’humanité dans une autre direction face à la crise écologique actuelle. Nous avons choisi le concept de “right relationship”. Ce concept est très fort dans la religion quaker. Il consiste à interagir de manière respectueuse avec les humains et la nature pour le bien commun

Les auteurs de Right Relationship proposent de revoir nos rapports avec la nature et de refonder ceux-ci sur un nouveau modèle économique. Ce modèle serait plus respectueux de l’intégrité, de la résilience et de la beauté de la Terre. Il tiendrait compte aussi du principe fondamental d’équité à une époque où plusieurs centaines de millions d’individus n’ont pas accès à une nourriture suffisante. Pour cela, quatre étapes s’avèrent nécessaires. Il faut notamment être habité par un sentiment d’émerveillement face au cosmos. Il faut dès maintenant mettre au point les procédés «verts» qui répondront à une demande croissante. Et il faut être prêt collectivement à entreprendre des actions non violentes dans le but d’amener des réformes.

Selon Geoffrey Garver, quatre institutions de gouvernance mondiale sont nécessaires, notamment une fédération d’États capable d’adopter et d’administrer des lois internationales contraignantes. Ces lois établiraient les limites et l’attribution des ressources de la Terre dans un esprit d’équité. «L’Union européenne, indique-t-il, est à l’heure actuelle l’un des meilleurs exemples de ce type de fédération.» Selon lui, un nouveau système judiciaire indépendant permettrait l’application efficace des mesures adoptées. Une autre institution agirait comme guide de la nouvelle économie, entre autres en faisant le suivi des actions entreprises. «Cette sorte de banque centrale ferait une distribution juste, non pas d’argent mais de la capacité écologique de la biosphère», poursuit-il. Enfin, une institution en fidéicommis aurait comme mandat de protéger des biens communs comme l’atmosphère, la couche d’ozone, les océans, «lesquels appartiennent à tous».

Geoffrey Garver a dressé un constat désolant de la dégradation des conditions de vie sur Terre. Le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère atteint maintenant 380 parties par million, soit 30 parties de plus que le niveau sécuritaire qui doit empêcher les changements climatiques. Quant au taux d’extinction des espèces, il est maintenant 1 000 fois plus élevé que le taux naturel.

 

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