Le G20 veut une « croissance durable »

actualités-news-environnement.com, Mathieu Lepoivre, le 8 avril 2009

Le G20 veut une croissance durable

Face aux urgences des crises environnementales, que penser de la déclaration des chefs d’états et de gouvernements à l’issue du G20, publiée le 2 avril 2009 ? D’environnement, il n’en est question la première fois qu’en fin de préambule.

Cette déclaration du G20 en 28 points (8 pages dans la version en français diffusée par l’Elysée), comporte un préambule (les 5 premiers points) et cinq parties :

Rétablir la croissance et l’emploi (6-12)

Renforcer la supervision et la régulation financières (13-16)

Renforcer nos institutions financières internationales (17-21)

Résister au protectionnisme et promouvoir le commerce et l’investissement mondial (22-24)

Favoriser une relance équitable et durable pour tous (25-28)

A la lecture de ces intitulés, comme du détail de ce document, il est clair que les préoccupations des dirigeants des pays du G20 sont clairement centrées sur l’assainissement de la finance mondiale, la relance de l’économie et de la croissance, ce qui entraînera selon eux l’amélioration sociale.

D’environnement, il n’en est question la première fois qu’en fin de préambule, dans le 4e point alors qu’il s’agit de s’engager « à faire tout ce qui sera nécessaire pour bâtir une reprise durable, profitant aÌ tous et respectueuse de l’environnement ».

 Vient ensuite le terme de « transition vers une économie verte » au point 6 que les déclarants souhaitent accélérer par les emplois sauvés ou créés grâce aux mesures budgétaires prises au G20. Ce sont enfin dans les tous derniers points du communiqué (27 et 28) que l’environnement est abordé directement : les dirigeants du G20 nous parlent d’« une reprise respectueuse de l’environnement », « des technologies et infrastructures vertes, innovantes, économes et sobres en carbone », et affirment leur « volonté de faire face a la menace d’un changement climatique irréversible ».

 Dans ce genre d’exercice de communication diplomatique, il est troublant de noter que les termes « durable » et « soutenable » sont utilisés de façon récurrente. A croire que le développement durable est entré dans le langage courant de nos dirigeants de pays les plus riches, ce qui serait encourageant.

Mais il serait plus prudent de penser à une mode sémantique, voire à une occultation de leur sens moderne, puisque ces adjectifs qualifient en fait la « croissance » et autre « reprise », « relance », « économie » ou « activité économique » que les déclarants souhaitent tout bonnement inscrire dans la durée, et nullement dans un développement durable.

On voit également apparaître les termes énigmatiques de « soutenabilité budgétaire » (points 10 et 11) et « rémunération soutenable » (point 15). Du travail pour les linguistes en perspective !

Dans le fond, on constate que l’effort financier des dirigeants du G20 pour « rétablir le crédit, la croissance et l’emploi dans l’économie mondiale » est sans commune mesure avec leur intention de résoudre les questions environnementales.

En effet, il n’est pas sûr que la totalité des plans en faveur de l’environnement (réduction des émissions de gaz à effet de serre, compensation carbone, préservation de la biodiversité, gestion de l’eau,…) des pays membres du G20 représentent plus du dixième (centième ?) des 1 100 milliards de dollars dont il est question.

Ainsi, malgré les termes employés dans les points 27 et 28, on est en droit de se demander si ces milliards seront réellement efficaces pour remettre le monde en état de marche puisque les ressources naturelles sur lesquelles toute notre économie est basée montrent depuis plusieurs années des signes de faiblesse voire d’épuisement. La récente étude commandée par le WWF et E3G et réalisée par Ecofys et Germanwatch par WWF publiée le 2 avril dernier a clairement démontré l’inadaptation des plans de relance aux enjeux climatiques.  

Ces plans, tout comme les mesures budgétaires du G20 semble-t-il, s’appuient encore largement sur des investissements à forte intensité carbone, sans aucune analyse d’impact environnemental, sans étude de comptabilité avec la disponibilité des ressources naturelles, et sans mesures de compensation vis à vis des émissions de gaz à effet de serre.

L’exercice de communication auquel se sont livrés les chefs d’états et de gouvernements lors du sommet du G20 est bien évidemment délicat. Il était sans doute important pour la « confiance » des acteurs économiques et des populations que ces 20 personnalités rédigent un texte unitaire et conforme au système économique qui est, bien que malade, encore en vigueur aujourd’hui.

Mais il n’est pas sûr que le changement de comportement que tout un chacun doit mettre en œuvre pour sauver la planète ne soit pas encore d’actualité chez nos dirigeants.

Rappelons que le G20 (Groupe des 20) est un forum économique qui a été créé en 1999, après une suite de crises financières dans les années 1990.

Voir aussi :

          L’Enquête de FNE

           Environnement, point d’étape sur l’IPBES entre la France et l’UICN

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