Rétablir la croissance ? Qu’en pense la planète !

actualites-news-environnement.com, Mathieu Lepoivre, le 1er avril 2009

Rétablir la croissance ? Qu’en pense la planète !

Face à la crise, citoyens, chefs d’entreprises, élus, et gouvernements n’ont d’yeux que pour l’économie. Et la planète, qu’en dit-elle ? La crise climatique et celle des ressources naturelles nous semble aujourd’hui plutôt secondaire face aux milliers de nouveaux chômeurs quotidiens.

Comment va la crise ? Bien merci ! Au vue de certains chiffres évocateurs, elle se porte bien. La récession s’installe dans de nombreux états, leur dette atteignent des records, les résultats d’entreprises négatifs se multiplient, et les taux de chômage suivent ces évolutions inquiétantes.

Face à la crise, citoyens, chefs d’entreprises, élus, et gouvernements n’ont d’yeux que pour l’économie. Tous nourrissent le même espoir, que chacun formule à sa manière : augmenter son pouvoir d’achat, remplir son carnet de commandes, rétablir la croissance de son pays, accessoirement des autres pays partenaires. Tous attendent le redémarrage de la consommation par la baisse des prix, l’augmentation du pouvoir d’achat, et ainsi dépenser, vendre, construire, agrandir, développer, produire, en un mot : faire du PIB.

Et la planète, qu’en dit-elle ? La crise climatique et celle des ressources naturelles nous semble aujourd’hui plutôt secondaire face aux milliers de nouveaux chômeurs quotidiens, aux foyers modestes qui peinent à manger en fin de mois, ou aux entreprises qui ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes. Pourtant, ces crises environnementales ont toutes les chances de compromettre « notre » fin de crise, puisqu’elles concernent les ressources naturelles et le climat, qui sont le carburant de notre économie.

En effet, comme l’indique JM Jancovici (conférence à la Cité des Sciences le 24 mars 2009), 80% de l’énergie utilisée pour le fonctionnement des sociétés humaines vient des énergies fossiles – pétrole, charbon et gaz -, c’est à dire de ressources naturelles présentes en quantités finies.

Or tout étudiant en mathématique sait que le prélèvement d’une ressource puisée dans un stock fini passe inexorablement par un maximum et décroît pour tendre vers zéro. C’est le cas des énergies fossiles, et cela concerne aujourd’hui certains stocks qui perdent leur caractère renouvelable à force de sur-exploitation (réserves halieutiques notamment). De plus, nos prélèvement n’ont jamais été aussi importants chaque jour depuis ces dernières décennies et augmentent même de jour en jour – certes aujourd’hui un peu moins vite du fait de la crise ! La conséquence est encore une fois mathématique : on va manquer.

Manquer de poissons par exemple, ou d’eau potable, et bien sûr de pétrole. Par ricochet, il faudra également se passer de certains services que ces ressources nous rendaient : les forêts disloquent le CO2, les océans le piègent, les sols retiennent l’eau, les zones humides la filtrent.

Ces petites choses qui importent peu l’homme des villes (80% des habitants des pays industrialisés vivent en ville) et qui vont devenir quelque peu préoccupantes lorsqu’elles vont s’arrêter d’elles-mêmes. L’eau sera impropre à la consommation de plus en plus souvent, et les crues seront plus violentes, pour ne citer que cela L’homme des villes constatera également que la rareté des énergies fossiles augmentera leur prix, et ce sans commune mesure avec les yoyos de l’été 2008.

Pourtant, la crise mondiale n’engendre que des réflexes de relance par l’investissement, qui n’est qu’une relance de l’exploitation des ressources limitées. En France, le plan de relance du gouvernement vanté par François Fillon lors de son récent déplacement à Marseille le 27 mars dernier (A lire) est explicitement concentré sur « les investissements pour alimenter notre moteur économique et pour renforcer la compétitivité de notre pays ».

Au niveau international, le même aveuglement est de rigueur. Les principales mesures qui seront discutées au sommet du G20 le 2 avril prochain à Londres (selon le communiqué publié le 14 mars à l’issue de la réunion à Horsham des ministres des Finances et banquiers centraux du G20) concernent l’économie, la croissance, la finance. Le réchauffement climatique y est relégué au dernier rang (voir l’article de S. Besson).

Les déclarations de N. Sarkozy à propos de ce sommet du G20 convergent vers ces objectifs totalement centrés sur le système économique actuel : le PIB reste l’indicateur privilégié des comptables publics. Pourtant, le Président de la République française avait souhaité « changer notre instrument de mesure de la croissance pour favoriser un autre type de croissance » lorsqu’il avait chargé, le mardi 8 janvier 2008, Armatya Sen et Joseph Stiglitz de travailler à ce que « la mesure du progrès économique soit plus complète » que ne le fait le PIB. Leurs propositions sont restées lettre morte, et rapidement rendues caduques par le fameux rapport Attali, véritable ode à la croissance galopante du PIB.

Quelque soit la façon de compter des hommes, toutes les ressources naturelles (à commencer par le pétrole qui est omniprésent dans nos sociétés, pour fournir de l’énergie ou comme matériau de construction) sur lesquelles nos économistes et politiques comptent pour relancer l’emploi et l’investissement sont à bout de souffle. Il ne s’agit pas du point de vue d’illuminés pessimistes, mais de celui des pétroliers (consulter les statistiques du groupe BP) ou encore du groupe de chercheurs allemands Energy Watch Group qui a publié le scénario ci-dessous en février 2008 (voir article d’origine).

La rareté de ces ressource engendrera, outre des désordres géopolitiques, des fluctuations de leur prix tout à fait imprévisibles, et par effet d’entraînement, des déséquilibres majeurs sur le plan social notamment (voir Manicore). De plus, les émissions de gaz à effet de serres liés à l’exploitation outrancière de ces ressources d’énergie fossile poursuivront leur effet sur le climat et les conséquences peu enviable sur l’environnement en général et l’espèce humaine en particulier.

Il est donc urgent que les bâtisseurs de plans de relance – et les économistes du G20, puisque c’est d’actualité – comprennent qu’il n’est pas possible de prendre de mesures quelles qu’elles soient sans s’assurer qu’elles sont compatibles avec le monde réel, avec le niveau des ressources naturelles sur lesquelles elles se basent. La crise actuelle ne pourra se résoudre qu’avec des solutions transversales.

La question de la taxe carbone est aujourd’hui largement partagée par les spécialistes et de plus en plus de consommateurs. Tous s’accordent à considérer qu’il s’agit de la mesure la plus raisonnable pour anticiper la très proche pénurie de ressources naturelles. Taxer les biens et les services qui dépendent de ces ressources épuisables les rendra plus chers, et incitera fortement à moins les solliciter. Et ainsi modifier les comportements, qui est la seule porte de sortie pour réduire notre pression sur la planète et éviter une décroissance ingérable des ressources naturelles.

 Le Grenelle de l’environnement avait ébauché cette transversalité, ce contrôle permanent de toute action par un expert en ressources naturelles, une nouvelle comptabilité, ou encore cette éventualité de taxer le prélèvement des ressources naturelles de façon à aider chacun de nous à moins consommer. Il est urgent de les remettre au goût du jour pour éviter de planifier des solutions qui ne pourront jamais voir le jour pour cause de manque de ressources.

 Il n’est plus temps de se contenter de repeindre en vert son enseigne, d’éteindre durant une heure ses appareils électriques en même temps que tout le monde, ou encore de s’abstenir de consommer durant la prochaine « journée sans achats » (samedi 4 avril prochain). Il n’est plus temps de dire qu’on est prêt à agir vraiment. Il faut vraiment agir.

Voir aussi :

          L’Enquête de FNE

          Environnement, point d’étape sur l’IPBES entre la France et l’UICN

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