Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Actu-Environnement.com, Agnès SINAI, le 3 avril 2009

Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Organisée à l’initiative du quotidien Le Monde, une conférence sur le « green business » a présenté les résultats d’un sondage réalisé dans 17 pays qui révèle un certain scepticisme des opinions vis-à-vis des stratégies « vertes » des entreprises…Apparue dans les années 90 à la faveur du Sommet de la Terre de Rio (Brésil), la notion d’économie verte s’est d’abord manifestée à travers l’intérêt porté au développement durable par une centaine de firmes internationales rassemblées, dès 1992, au sein du World Business Council for Sustainable Development. La vocation de ce réseau est, depuis sa création, d’impliquer les entreprises, notamment les plus polluantes, dans des initiatives volontaires de développement durable, les firmes étant désormais présentées comme « parties de la solution » à la crise écologique.

Près de vingt ans plus tard, quel bilan tirer de l’engouement pour ces stratégies vertes, célébrées chaque année à l’occasion de la semaine du développement durable ? A en croire une étude internationale réalisée en juillet 2008 par l’institut TNS Sofres, la réponse à la crise écologique est jugée insuffisante par les quelques 13.000 personnes interrogées dans dix-sept pays, industrialisés ou « émergents ». Or, l’état de la planète est perçu comme « mauvais » par 93% des sondés japonais, 92% des Français, 90% des Russes et 64% des Américains.
Scepticisme des citoyens

Diffusés le 31 mars 2009 à l’occasion de la conférence sur le Green business organisée par Le Monde, les résultats de ce sondage traduisent un scepticisme largement partagé quant aux engagements « verts » des entreprises. Une grande majorité des citoyens interrogés dans les 17 pays, du Brésil à la Corée du Sud, ont le sentiment que les entreprises prennent des initiatives vertes soit pour vendre plus, soit pour améliorer leur image. En France et en Allemagne, seules 4% des personnes interrogées pensent que les entreprises sont animées par une réelle motivation en faveur de la protection de l’environnement, aux Etats-Unis 16%, et au Japon 38%. C’est à se demander si le développement durable n’est pas, fondamentalement, une valeur vouée à demeurer étrangère au « business ».

Selon Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, les résultats de ce sondage sont liés à la diversité de l’insertion de l’entreprise dans son environnement. En France, par exemple, l’idée d’éthique est vue comme de la « com » par les salariés. Alors qu’aux Etats-Unis, l’entreprise est perçue autant comme un business que comme un membre de la communauté, en France l’initiative éthique est mise en doute par la prétention de l’entreprise à faire le bien autour d’elle, à se mettre au-dessus de ses sujets.

Alors, le business vert peut-il convaincre ? Selon Yves Cochet, député (Verts) de Paris, invité par Le Monde à alimenter le débat, une entreprise devrait d’abord mettre en cohérence non seulement ses modes de production, mais surtout les objets qu’elle produit, avec les finalités du développement durable : « Quel est l’objet que je vends ? Est-ce qu’il est d’intérêt général ? ». Evoquant comme exemple le Koléos, modèle de 4×4 lancé par Renault en 2008, le député interroge : Est-ce un objet socialement, citoyennement et écologiquement utile ?. Ce questionnement rejoint celui de près d’un quart des Américains et de 30% des Brésiliens, pour qui le surdéveloppement apparaît comme un facteur majeur de la crise écologique, après la pollution de l’air, la déforestation, et à égalité avec la pollution de l’eau. Selon le sondage TNS-Sofres, l’hyperconsommation et les modes de production sont clairement identifiés parmi les grands maux de la crise écologique. Et l’imagerie « verte » des entreprises ne suffit plus à occulter le problème. Les citoyens attendent des preuves. La communication ne peut plus être séparée de l’action.

Or, selon Diane Maniouloux, responsable développement durable chez le fabricant de vêtements de sport Lafuma, c’est tellement compliqué le développement durable pour un consommateur qu’il a du mal à savoir ce qui se fait à l’intérieur de l’entreprise : il a surtout besoin de transparence, il veut comprendre comment sont fabriqués les matériaux, si le produit est arrivé en avion ou en bateau, sans être obligé de déchiffrer une analyse du cycle de vie des produits. Dès lors, c’est la créativité qu’il faut mobiliser, car les salariés sont prêts à s’impliquer s’ils s’approprient la démarche au sein d’une entreprise devenue pour eux un écosystème cohérent. Selon Eric Munier, directeur associé chez Ernst & Young, il importe de mettre en interaction toutes les instances d’une entreprise (vente, recherche-développement, logistique, approvisionnement…) afin d’organiser la concertation autour du projet de développement durable, par essence transversal et complexe.

Nécessité de nouveaux indicateurs

Reste à forger de nouveaux instruments de mesure, qui prennent en compte la finitude des ressources naturelles et la rareté des matières premières afin de dissiper l’illusion de la surabondance. Car la mesure déclenche l’action. Jusqu’à présent, les grandes entreprises étaient invitées à établir des rapports sur leurs conduites sociales et environnementales. Il faudrait désormais élargir le périmètre du reporting à la réduction des impacts, donc à l’empreinte écologique des produits, prône Eric Munier. C’est que l’entreprise Casino a commencé à faire, par l’étiquetage environnemental de ses produits. Ce qui a permis à cette entreprise de mettre en question la nécessité d’importer d’Inde les olives qui agrémentaient ses pizzas.

En lieu et place du Produit intérieur brut (PIB), qui comptabilise comme richesses autant les biens que les maux, y compris les détériorations infligées à l’environnement, l’indicateur d’empreinte écologique, qui a fait l’objet d’une proposition de loi à l’Assemblée nationale rejetée par la majorité en janvier 2009, est en attente d’application. Malgré son incomplétude – elle ne prend pas en compte, par exemple, l’impact des déchets radioactifs sur la nature – elle pourrait induire une révolution dans les modes de production, voire dans la finalité même des produits mis sur le marché.

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