Ecoconstruction : De la paille dans les murs

lepoint.fr, Béatrice Parrino, le 2 avril 2009

De la paille dans les murs

Isolants. Rencontre avec Jean-Baptiste Thévard, conseiller en écoconstruction.

Pourtant il y avait un lac, des bâtisses de charme et une verdure chatoyante. Mais rien, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, à 400 kilomètres au nord de Montréal, ne séduit, en cet été 2001, l’Orléanais Jean-Baptiste Thévard. Pas question pour lui de prolonger son séjour canadien. Il n’est pas là pour s’installer mais simplement pour aider un oncle et une tante à construire une maison en paille. Ou plus précisément pour donner naissance à un « écohameau » où vit désormais sa famille québécoise, membre du Groupe de recherches écologiques de la batture (GREB). Rien de hippie dans tout ça, juste un projet scientifique-teinté certes d’un brin d’idéalisme- « afin de prouver que la nature peut être gagnante après le passage de l’homme ». Pour Jean-Baptiste Thévard, qui, à l’époque, ne pensait qu’à être éducateur spécialisé, « le déclic n’est venu que bien après. En 2002, aidé de mon beau-frère, j’ai participé à l’agrandissement d’une maison à Saint-Denis-de-L’Hôtel, dans le Loiret. Nous avons utilisé la technique du GREB ». Quelques années plus tard, une association le sollicite pour en savoir plus sur cette méthode. Thévard et son beau-frère accouchent alors d’un livre (1), enfanté par la passion, qui devient profession pour le premier. Si vous souhaitez construire une maison 100 % écolo, c’est à lui qu’il faut vous adresser. Améliorer la ventilation de votre intérieur sans nuire à la température, c’est encore lui. Choisir des matériaux naturels pour le gros oeuvre de votre future habitation, c’est toujours lui. Depuis 2007, parallèlement à son activité d’éducateur, Thévard est aussi conseiller en écoconstruction : « J’organise des stages. Des artisans me sollicitent parce qu’ils ont besoin d’informations, voire de formations, sur les matériaux et comment s’approvisionner. Les architectes, eux, sont soucieux de savoir s’ils peuvent décrocher des devis dans leur budget. Pour les particuliers, il s’agit surtout de se renseigner pour se lancer seuls dans l’aventure de l’écoconstruction . » Chaque année, une cinquantaine de couples français franchissent le pas, alors qu’il est possible, assure Thévard, de construire une maison à 15 euros par jour dans les règles du développement durable.

« fraîche en été, chaude en hiver »

Depuis peu, avec Laurent Boulain, un ex-stagiaire, Jean-Baptiste Thévard dirige une entreprise d’écomaçonnerie, Ac-ces, qui compte 10 salariés. Et la paille, héritage canadien oblige, est leur produit d’appel, à l’instar d’une quinzaine d’autres constructeurs français. Dans son bureau d’Orléans, Thévard convoque l’Histoire pour convaincre des avantages de ce matériau. « Fraîche en été, chaude en hiver », s’enthousiasme, dans un reportage consacré à la première demeure française de paille, La Science et la vie , en 1921. La paille est insérée dans les murs comme isolant à la place de la traditionnelle laine de verre, et l’ossature est en bois. « Les risques que la paille pourrisse sont minimes. Et une botte se change simplement », dit Thévard. Pourtant, si cette technique rencontre du succès auprès des écologistes ou des alternatifs, seules 1 000 maisons de paille existent aujourd’hui en France. Et Ac-ces n’a lancé que deux projets en 2009. « Les blocages sont encore nombreux pour que la paille prospère. Très peu d’artisans connaissent cette technique. Et la garantie décennale ne s’applique pas sur de telles constructions. Mais surtout, il y a toujours un blocage culturel : dans l’inconscient subsiste l’image du feu de paille, sans parler de l’histoire des « Trois petits cochons », parue en 1933 . » Des tests Lire la suite

Crise : Reconstruire autrement

alternatives-économiques.fr, Sandra Moatti, avril 2009

Reconstruire autrement

La pire crise depuis les années 1930″. Le parallèle n’est plus un épouvantail pour journaliste en quête de sensationnel, c’est une prévision officielle. En janvier dernier, le Fonds monétaire international (FMI) annonçait que les pays avancés devraient connaître en 2009 « leur pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale ». Dans cette mauvaise passe, nous aurions néanmoins une chance: les leçons de l’histoire sont là pour nous prévenir des erreurs du passé.

Vraiment ? Quelle leçon a été retenue ? Pas celle de l’instabilité chronique de la finance en tout cas. En juillet 2007, le FMI revoyait à la hausse ses prévisions de croissance. On parlait pourtant déjà depuis quelques mois de crise des subprime, mais le Fonds ne doutait pas que les grands établissements financiers américains, passés maîtres dans les techniques de gestion et de transfert des risques, seraient suffisamment solides pour y résister.

Ce système financier allait pourtant s’effondrer dans les mois qui suivirent. Autant que l’appétit de gain des banquiers, cette crise révèle les déséquilibres accumulés dans l’économie mondiale depuis une décennie. La finance, à travers ses montages hypersophistiqués, a surtout capté les excédents d’épargne des exportateurs du Sud pour nourrir l’endettement croissant des ménages américains. De quoi maintenir un temps un niveau de vie auquel la stagnation de leurs revenus ne leur permettait plus d’accéder.

Que faire maintenant que ce mécanisme est cassé ? Réguler la finance certainement, mais cela ne suffira pas à redonner du travail aux chômeurs. Si l’augmentation de la dette privée n’est plus le carburant de la croissance, qu’est-ce qui la remplacera ? Dans l’urgence, une réponse s’impose: la dette publique! Partout, les gouvernements volent au secours des banques et de l’activité. Un soutien temporaire, disent-ils, comme s’il s’agissait d’un creux de cycle à passer pour que tout reparte « comme avant ». Le précédent de la Grande Crise rappelle pourtant qu’en 1938, l’économie américaine n’était pas encore remise de la dépression. Il faudra la mobilisation de toute l’économie dans l’effort de guerre, puis dans la reconstruction, pour clôturer ce chapitre.

C’est une autre guerre qu’il nous faudrait livrer aujourd’hui. Afin de réorienter notre système productif vers la qualité des services rendus plutôt que vers la quantité de biens produits, vers des activités plus intenses en travail et plus économes en ressources naturelles : un changement Lire la suite

Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Actu-Environnement.com, Agnès SINAI, le 3 avril 2009

Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Organisée à l’initiative du quotidien Le Monde, une conférence sur le « green business » a présenté les résultats d’un sondage réalisé dans 17 pays qui révèle un certain scepticisme des opinions vis-à-vis des stratégies « vertes » des entreprises…Apparue dans les années 90 à la faveur du Sommet de la Terre de Rio (Brésil), la notion d’économie verte s’est d’abord manifestée à travers l’intérêt porté au développement durable par une centaine de firmes internationales rassemblées, dès 1992, au sein du World Business Council for Sustainable Development. La vocation de ce réseau est, depuis sa création, d’impliquer les entreprises, notamment les plus polluantes, dans des initiatives volontaires de développement durable, les firmes étant désormais présentées comme « parties de la solution » à la crise écologique.

Près de vingt ans plus tard, quel bilan tirer de l’engouement pour ces stratégies vertes, célébrées chaque année à l’occasion de la semaine du développement durable ? A en croire une étude internationale réalisée en juillet 2008 par l’institut TNS Sofres, la réponse à la crise écologique est jugée insuffisante par les quelques 13.000 personnes interrogées dans dix-sept pays, industrialisés ou « émergents ». Or, l’état de la planète est perçu comme « mauvais » par 93% des sondés japonais, 92% des Français, 90% des Russes et 64% des Américains.
Scepticisme des citoyens

Diffusés le 31 mars 2009 à l’occasion de la conférence sur le Green business organisée par Le Monde, les résultats de ce sondage traduisent un scepticisme largement partagé quant aux engagements « verts » des entreprises. Une grande majorité des citoyens interrogés dans les 17 pays, du Brésil à la Corée du Sud, ont le sentiment que les entreprises prennent des initiatives vertes soit pour vendre plus, soit pour améliorer leur image. En France et en Allemagne, seules 4% des personnes interrogées pensent que les entreprises sont animées par une réelle motivation en faveur de la protection de l’environnement, aux Etats-Unis 16%, et au Japon 38%. C’est à se demander si le développement durable n’est pas, fondamentalement, une valeur vouée à demeurer étrangère au « business ».

Selon Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, les résultats de ce sondage sont liés à la diversité de l’insertion de l’entreprise dans son environnement. En France, par exemple, l’idée d’éthique est vue comme de la « com » par les salariés. Alors qu’aux Etats-Unis, l’entreprise est perçue autant comme un business que comme un membre de la communauté, en France l’initiative éthique est mise en doute par la prétention de l’entreprise à faire le bien autour d’elle, à se mettre au-dessus de ses sujets.

Alors, le business vert peut-il convaincre ? Selon Yves Cochet, député (Verts) de Paris, invité par Le Monde à alimenter le débat, une entreprise devrait d’abord mettre en cohérence non seulement ses modes de production, mais surtout les objets qu’elle produit, avec les finalités du développement durable : « Quel est l’objet que je vends ? Est-ce qu’il est d’intérêt général ? ». Evoquant comme exemple le Koléos, modèle de 4×4 lancé par Renault en 2008, le député interroge : Est-ce un objet socialement, citoyennement et écologiquement utile ?. Ce questionnement rejoint celui de près d’un quart des Américains et de 30% des Brésiliens, pour qui le surdéveloppement apparaît comme un facteur majeur de la crise écologique, après la pollution de l’air, la déforestation, et à égalité avec la pollution de l’eau. Selon le sondage TNS-Sofres, l’hyperconsommation et les modes de production sont clairement identifiés parmi les grands maux de la crise écologique. Et l’imagerie « verte » des entreprises ne suffit plus à occulter le problème. Les citoyens attendent des preuves. La communication ne peut plus être séparée de l’action. Lire la suite

Le développement soutenable est-il le grand perdant du G20 ?

Actu-Environnement.com, Corinne Lepage, Avocate, ancien Ministre de l’Environnement, Présidente de Cap21, le 7 avril 2009

Le développement soutenable est-il le grand perdant du G20 ?

Préoccupant ! Le fait qu’à aucun moment du G20 il n’ait été question de l’aggravation de la crise écologique et énergétique du fait du dumping environnemental, ni même de l’ébauche de nouvelles règles du jeu pour favoriser l’actionnariat stable est préoccupant. Plus généralement, on regrettera que c’est encore le court terme qui a été privilégié au G20.
Le G20 aura incontestablement marqué les esprits en termes de communication.

En effet, les portes des avions des chefs d’Etat n’étaient pas refermées que la presse européenne et la presse française, en particulier, se réjouissaient de l’immense succès du G20.
Il est incontestable que les chefs d’Etat réunis à Londres n’avaient pas le droit d’échouer, c’est-à-dire de ne pas trouver d’accord. Ils ont donc réussi. Reste à savoir la valeur réelle et l’efficacité future de l’accord. Cette efficacité s’appréciera dans le temps, mais elle peut d’ores et déjà s’évaluer en fonction des sujets traités et de l’ampleur des réformes proposées.
Mais, comme le rappelle très justement Paul Jorion (contreinfo du 7 avril 2009) « ceux qui sont responsables de la crise font partie du problème, pas de sa solution » en pensant d’abord aux représentants du monde de la finance mais aussi aux régulateurs et aux politiques qui leur avaient signé un chèque en blanc. Or, ils ne sont pas sortis du système ; ils l’ont prolongé en essayant simplement de réduire les effets trop pervers qui se sont manifestés à l’origine de la crise.

Dès lors, si on peut se réjouir que le G20 ait succédé au G8 et qu’il ait été enfin question officiellement des paradis fiscaux ou encore que les fonds du FMI aient été accrus, on ne peut que regretter la timidité des mesures tant dans les sujets traités que dans l’ampleur des réformes engagées.

D’une part, certains sujets ont été totalement évacués comme celui de la monnaie qui est pourtant central. Il va de soi que la mise en chantier, comme l’avait proposé la Chine (et très modestement comme je l’ai écrit dans mon dernier ouvrage) d’une devise mondiale, construite à partir d’un panier de monnaies, aurait été de nature à réduire la spéculation sur les changes et à rééquilibrer les économies. S’agissant du sujet phare du G20 – les paradis fiscaux – la liste arrêtée prête plus qu’à sourire dans la mesure où les principaux ne figurent pas sur la liste noire, ni même du reste sur la liste grise. Cela signifie que Jersey, Guernesey, Delaware par exemple pourront continuer comme par le passé.

De plus, force est de constater qu’il ne s’agit que d’inscrire les paradis fiscaux non coopératifs sur une liste pour réduire les transactions. Il s’agit incontestablement d’un grand progrès à condition que les mesures rigoureuses suivent et que la liste corresponde à la réalité. L’efficacité de la mesure est conditionnée à cette réalité. Mais, en revanche, il n’est question ni de dumping fiscal ni de dumping social et environnemental ni de compétition entre États qui sont précisément à l’origine de l’intérêt des paradis fiscaux. Il n’est pas davantage question de la faculté de réaliser des opérations fictives ou des opérations de surfacturation dans ces paradis fiscaux.

De plus, si l’on vise à assurer une meilleure transparence pour les hedge funds, ils ne sont pas interdits voire, ils sont aidés pour pouvoir acheter dans de meilleures conditions les créances pourries.

Ainsi, sur la question purement financière malheureusement, la déception apparaît grande même si les esprits optimistes pourraient penser qu’il ne s’agit que d’une étape vers une réelle transformation du système financier.

Au moins, ces mesures s’inscrivent-elles dans une perspective d’économie soutenable ? une réponse négative est inévitable.

D’une part, le fait qu’à aucun moment il n’ait été question de l’aggravation de la crise écologique et énergétique du fait du dumping environnemental, ni Lire la suite

Les principaux sites Internet écolo

novethic.fr, Béatrice Héraud, le 8 avril 2009

L’info.fr en mode durable

Fin mars, Yann Arthus Bertrand lançait « Goodplanet.info », un site d’information sur le développement durable destiné au grand public. Un de plus dans une toile française qui verdit à vue d’œil, dopée par le Grenelle, les nouvelles opportunités de business et l’actualité. Panorama des principaux sites à consulter pour s’y retrouver.

Alors que les sites d’information générale lancent tour à tour leurs rubriques vertes, les sites spécialisés se développent de leur côté. En témoigne le nouveau portail Good Planet lancé le 31 mars dernier. 

Les généralistes 

Primeur au dernier né donc : GoodPlanet. Fondé par Yann Arthus Bertrand, ce site est pensé comme une vaste encyclopédie interactive. Il poursuit l’objectif de l’association dont il est le dérivé en permettant à l’internaute de « comprendre l’environnement et ses enjeux». Destiné au grand public donc, Good Planet dissèque chaque sujet avec une analyse des enjeux, des tribunes d’experts, les chiffres clés, une riche iconographie et des actualités. Ne disposant que d’une équipe restreinte (3 personnes), les informations sont essentiellement fournies par un réseau de partenaires : CNRS, Ecole normale de Lyon, AFP, Green TV, New Scientist et les universités de Toulouse et de Plymouth ainsi que par la reprise d’articles. Le site, à but non lucratif, est financé par BNP Paribas qui soutient l’association Good Planet depuis ses débuts.

Autre site grand public : Terra eco dont le but est de vulgariser l’économie et les enjeux du développement durable. Jusqu’à cette année réservé aux seuls abonnés à l’exception de quelques articles, le site s’est enrichi en même temps que la formule papier qui a fait son apparition dans les kiosques le 2 mars dernier. Terra eco et son pendant collaboratif gratuit Planète terra cumulent aujourd’hui 300 000 visiteurs par mois et fournissent  quelques articles « d’appel », issus du magazine, en libre accès. Des news quotidiennes sur l’économie, la politique, la société, l’environnement… sont alimentées par un réseau de 70 journalistes et correspondants dans le monde ainsi que des internautes. Indépendant, Terra eco tire ses revenus de ses lecteurs (abonnements et ventes aux numéros), de la revente de contenus et de la publicité.

Quotidien, Développement durable le journal émane de  l’agence de presse Naja fondée en 1987. Depuis deux ans, le site balaie l’ensemble de l’actualité du développement durable avec des rubriques -économie, social, technologie, politique et initiatives– alimentées par une vingtaine de journalistes et des correspondants à l’étranger. Gratuit, il compte aujourd’hui plus de 165 000 visiteurs par mois.

Sur l’environnement 

Plus spécialisés sur l’environnement, actu-environnement, Enviro2b, et Actualités news environnement se disputent le créneau en proposant en plus des services emplois. Créé en 2003 par l’entreprise de presse Cogiterra, Actu-environnement vise un public de professionnels : ingénieurs, techniciens, chercheurs, responsables communications et marketing voire le grand public averti avec des informations techniques, règlementaires et économiques. Le site revendique 133 000 abonnés à sa newsletter hebdomadaire.
En ligne depuis 2000 et édité par la société rennaise, le site Web2B, Enviro2b diffuse lui aussi une information sur l’actualité par filière (eau, air, énergie, etc) aux professionnels par le biais d’informations quotidiennes et d’une newsletter. Mélange de d’articles, de tribunes et de communiqués, il dispose surtout d’une large base règlementaire et propose une revue de presse.
Dans la même veine, Actualités news environnement est un site Lire la suite

Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

novethic.fr, Alain Chauveau, le 2 avril 2009

Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

Total se prépare à tester dans le bassin de Lacq un projet de captage et de stockage géologique du CO2. Les enjeux sont énormes, tant du point de vue technologique, qu’économique. Mais l’acceptation locale ne va pas de soi et les riverains les plus exposés restent opposés au projet.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE),  le captage et le stockage géologique du CO2 (CSC) pourrait contribuer à diminuer de près de 20 % les émissions de CO2 mondiales d’ici 2050. De nombreux projets pilotes de CSC sont déjà développés, dans le monde entier, par les multinationales du pétrole (ExxonMobil, Shell, Statoil, Total…). Mais, le CSC est une technique qui devra surmonter de nombreuses difficultés pour être opérationnelle : en particulier, l’acceptation locale de ce procédé mal connu sera déterminant.
Le projet pilote de Lacq et la concertation

Annoncé officiellement en février 2008, le projet de captage du CO2 piloté par Total sur le site béarnais de Lacq est une première en France.  Total va tester sur ce site une nouvelle technologie, dite de l’oxycombustion, développée avec Air Liquide. Le CO2 sera ensuite transporté sur 27 km par gazoduc. Enfin, le stockage sera réalisé dans un champ de gaz existant, aujourd’hui déplété (c’est-à-dire où la majorité du gaz a déjà été produit) à Jurançon. L’investissement est de 60 millions d’euros pour ce projet, qui doit permettre à Total d’acquérir un savoir-faire unique en matière de captage de CO2…et d’exporter cette compétence.
Mais pour certains riverains proches du lieu de stockage, le  puits de Rousse, situé  dans les vignes de Jurançon, ce choix est une « aberration ». Alain Castinel, coordinateur développement durable chez Total s’en défend : « Devant une nouveauté technologique et réglementaire, il fallait que nous mettions en place des moyens de concertation qui permettent à tout le monde de comprendre le projet. Nous avons commencé par une étude de contexte pour identifier les parties-prenantes, entendre ce qu’elles attendaient, leur craintes et leur expliquer le projet. Puis nous avons formé les responsables techniques du projet sur le site à la concertation. Nous avons également, et c’est une nouveauté, édité une Charte de concertation« . La phase de concertation proprement dite a commencé en novembre 2007, avec trois réunions publiques d’informations organisées par Total à Jurançon, Pau et Mourenx.

Questions sans réponses

En avril 2008, une commission locale d’information et de suivi du projet (Clis), née de la concertation, est créée par le préfet. Composée d’élus, de représentants de l’administration, d’associations, de Total et de personnalités qualifiées, elle a été présidée par le professeur Claude Miqueu, élu des Hautes-Pyrénées. De juillet à septembre 2008, une enquête publique est lancée sur le projet et donne son accord en octobre. Selon Claude Miqueu : « Le travail fait dans la CLIS a permis d’apaiser les tensions, de faire circuler l’information et  d’être dans la transparence« . De plus, ajoute-t-il : « N’oubliez pas que le territoire a une culture du risque, que la prospérité locale est née du sous-sol « . L’acceptation sociétale et administrative lui semble donc probable.

Mais deux associations environnementales, Coteaux de Jurançon Environnement et la SEPANSO, soutenues par France Nature Environnement, écrivent au Président de la République pour demander un débat public sur la technique du CSC, et mandatent le cabinet d’avocats Huglo-Lepage, au cas où l’autorisation préfectorale était donnée, pour l’attaquer devant le tribunal administratif. Elles dénoncent en effet Lire la suite

Stéphane Lhomme sous surveillance d’EDF et des RG de Bx

Le canard enchaîné, Jérome Canard, le 8 avril 2009

Des atomes crochus pour traquer les antinucléaires

« EDF et les RG de Bordeaux ont travaillé main dans la main à la surveillance de Stéphane Lhomme« . C’est la confidence faite par l’un des mis en examen aux enquêteurs. Normal, si l’on ose dire, c’est en Gironde que ce militant bordelais a mené l’essentiel de ses actions : contre le transport de déchets nucléaires, les dangers de la centrale du Blayais, de l’EPR, etc.
Or, EDF, comme AREVA, compte dans ses effectifs des fonctionnaires de police détachés, mais toujours en liaison avec le Ministère de l’Intérieur. Rien de plus facile, donc que d’harmoniser leurs efforts contre des individus jugés dangereux pour la sûreté de l’Etat. « Aux RG, se souvient un ancien, la section « Contestation et violence » comprenait cinq personnes. Il y avait un collègue qui ne s’occupait que des « antinucs« .

La parano d’Etat atteint parfois des sommets quand, par exemple, Didier Anger (ex-conseiller régional Vert dans la Manche) se voit épié dans ses moindres mouvements. « Un jour, raconte-t-il, se sachant écoutés, on s’est donné un rendez-vous par téléphone sur le site de la centrale de Flamanville. Les gendarmes y sont arrivés en masse. Pendant ce temps, on a occupé la préfecture… »

EDF avait plus d’une opération d’espionnage au compteur

Ses protestations indignées n’y feront rien : le groupe EDF est bien le héros de l’affaire de piratage informatique de Greenpeace relatée le 18 mars dernier, par le Canard et relancée par Médiapart. Mieux, de nouveaux éléments, découverts par les enquêteurs viennent aggraver son cas.

Ils ont notamment trouvé, chez EDF, dans l’armoire du numéro 2 de la sécurité, Pierre François, un CD-Rom contenant des captures d’écran et des copies de fichiers provenant de l’ordinateur de Yannick Jadot, responsable des campagnes nucléaires de Greenpeace. Et ils disposent de témoignages sur les rencontres de Pierre François avec un représentant de Kargus Consultants, exécutant de cette opération de basse police.

Une officine très au courant

Difficile, dès lors, d’invoquer l’excès de zèle d’un sous traitant, agissant hors de tout contrôle. D’autant que Kargus Consultats a signé, entre 2004 et 2006, des contrats avec EDF, d’un montant total d’environ 50 000 euros.  L’un des acteurs de l’affaire a aussi évoqué d’autres opérations d’espionnage notamment sur le site breton de Couëron, où Greenpeace entrepose du matériel « militant » et dispense des formations à ses « activistes », comme ils les surnomment eux-mêmes.

Les enquêteurs viennent de découvrir un nouvel exploit à l’actif d’EDF. En 2006, le géant de l’électricité avait placé sous surveillance le très remuant porte parole de l’association Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme. C’est l’entreprise suisse Securewyse qui, durant plusieurs mois, avait assuré cette mission. Patron de cette officine, Michel Arditti jure toutefois au « Canard » qu’aucune action illégale n’a été menée.

Pourquoi cette insatiable curiosité ? Parce que Lhomme avait réussi à se procurer un rapport classé « confidentiel défense » consacré à l’EPR, le réacteur nucléaire de nouvelle génération que EDF et Areva espèrent vendre au monde entier. Daté de février 2003 et rédigé par le patron de la branche Energie du groupe, ce document émettait d’embarrassantes réserves – en contradiction avec le discours officiel – sur la solidité du réacteur en cas d’attaque, type 11 septembre, par un avion gros porteur. Parallèlement à l’enquête d’EDF, la DST a mené ses investigations et a placé en garde à vue, à deux reprises (en 2006 puis en 2008), le militant écolo Stéphane Lhomme. Apparemment sans arriver à découvrir le nom de son informateur.

Alerte aux extraterrestres

« Voilà des années qu’EDF est une maison de coups tordus », affirme au « Canard » un cadre du groupe. « Cela tient peut être au nombre d’anciens militaires, agents de renseignement et autres flics qui viennent y travailler après leur retraite. » Et de citer une affaire de Lire la suite