Greenpeace France : La double vie de Robert Lion

terra-economica.com, Emmanuelle Walter, Léa Crespi, le 30/03/2009

La double vie de Robert Lion

Cet ancien inspecteur des Finances et ex-patron de la Caisse des dépôts et consignations a été élu en novembre président de Greenpeace France. Un revirement ? Plutôt une voie parallèle, patiemment construite, qui fait cependant grincer quelques dents.

Katia Kanas est une authentique « eco-warrior ». A tout juste 15 ans, en 1977, elle traquait les chasseurs de baleines et cofondait Greenpeace France. Le 22 novembre dernier, la guerrière a quitté son poste de présidente du conseil d’administration de l’ONG et c’est un tout autre profil qui la remplace : Robert Lion, 74 ans, énarque distingué issu du corps prestigieux de l’Inspection des finances et reconverti dans l’environnement. « Le monde et Greenpeace changent à tel point qu’un jour, un Robert Lion embarque avec Greenpeace, note Katia Kanas sur un forum Internet. Je ne sais pas ce que ça donnera, mais je trouve que c’est en soi une rencontre extraordinaire, si improbable, porteuse de tant de surprises. Bref, je trouve ça rigolo. » Le calme et courtois Robert Lion était jusqu’alors président d’ONG plus confidentielles : Agrisud international, qui soutient la création de petites entreprises en Afrique et en Asie, et Energy 21, qui sensibilise au développemet durable.

Sans doute, cet ex-grand commis de l’Etat espérait, via Greenpeace, donner une visibilité plus importante à sa deuxième vie, celle de militant écologiste entamée en 1992. Un rapprochement « rigolo » ? Etonnant. Même pour lui. « Je n’ai pas eu l’unanimité lors de l’élection et c’est normal. Si j’avais été un militant de base, membre de l’assemblée statutaire, je ne suis pas sûr que j’aurais voté pour moi. Je me serais méfié ! » Mais de remous, il n’y en eut point, ou si peu. Seuls 2 adhérents sur 117 000 ont rendu leur carte. « Un énarque ? Oui, bon et alors ?, s’agace une salariée de l’ONG. Il y a de tout chez nous. Des chefs d’entreprise, des militants très militants, des journalistes, notre directeur qui a travaillé dans la finance… Où est la révolution ? »

Un CV à deux colonnes

Attention, Robert Lion n’est pas le nouveau chef de Greenpeace France. Le patron, le vrai, c’est le directeur général, Pascal Husting. Le président du conseil d’administration, lui, joue le rôle d’interface entre les instances internationales et la branche française. Un Big brother bienveillant, en somme. Comment Robert Lion et Greenpeace ont-ils fusionné ? « Nous avons rencontré Robert pendant le Grenelle de l’environnement en 2007, raconte François Veillerette, qui fut aussi président de l’ONG. Il était là au nom d’Agrisud international. Il avait une écoute, une hauteur de vue, des compétences économiques et une certaine surface. » Pascal Husting, lui, loue « sa grande connaissance des institutions et des entreprises ».

Tout pour énerver le journaliste et militant Fabrice Nicolino, ex-membre de l’assemblée statutaire de Greenpeace et partisan d’une écologie radicale. Son blog d’écorché vif fut le lieu d’une passionnante discussion sur Robert Lion (1). Pour lui, « la stratégie de Greenpeace et de l’ensemble du mouvement écologiste français consiste à se rapprocher des pouvoirs publics et économiques pour peser davantage. Je pense qu’il faut faire exactement le contraire. » Deux proches de la direction de l’ONG regrettent cette élection : « ça donne l’impression que Greenpeace s’institutionnalise, ce qui est faux. L’association est rigoureusement indépendante, ne bénéficie d’aucune aide d’Etat. C’est un message erroné qui est envoyé vers l’extérieur. »

Eplucher le CV du monsieur pousse spontanément à tracer deux colonnes sur une feuille. Première colonne : l’inspecteur des finances qui devient conseiller technique chargé du logement au ministère de l’Equipement (1966) et à la préfecture de la région Ile-de-France, puis directeur de la Construction (1969), directeur de cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy en 1981, patron de la Caisse des dépôts et consignations de 1982 à 1992. Mais entre 1974 et 1981, Robert Lion sort du rang avec une première audace militante : il prend la direction de l’Union nationale des HLM. 

«  Certains camarades de l’Inspection des finances m’ont dit que je “ dérogeais ” ! Mais j’ai toujours préféré le camp de la société civile. A la Caisse des dépôts, nous avons soutenu d’innombrables initiatives associatives. » Deuxième colonne : l’écologie. Dans les années 1970, Robert Lion cofonde la future Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) ainsi que le Comité d’action solaire. Quand sonne l’heure de la retraite, en 1992, il hésite : droits de l’homme ou environnement ? Ce sera le vert. Et Greenpeace, finalement. Règlement oblige, il est contraint de rendre sa carte du Parti socialiste.

De Total aux toilettes sèches

Tout bien réfléchi, ce n’est pas le passé de Robert Lion qui pourrait heurter les purs et durs, mais son pragmatisme environnemental. Au nom d’Agrisud international et avec la participation de Yann Arthus-Bertrand, de la Bourse de Paris et de BNP Paribas, il se trouve à l’origine du Low Carbon 100 Europe. Cet indice financier encourage à investir dans les entreprises européennes cotées qui réduisent le plus leurs émissions de gaz à effet de serre. Parmi elles, Fiat, Peugeot, Renault, le labo Sanofi-Aventis ou encore le géant de l’agroalimentaire Unilever. « C’est un bon placement, et on a sa conscience avec soi », plaidait-il lors du lancement, en octobre. L’homme assume aussi pleinement qu’Agrisud international soit financé par Total pour ses actions au Gabon et en Angola. Pragmatique, vraiment. Et doué pour séduire, même les plus radicaux. Comme Katia Kanas, enchantée que Robert Lion ait découvert, chez elle, les toilettes sèches. « Avec plus d’ouverture, de conscience et de grâce que bien des écolos contestataires que je côtoie. » 

(1) Sur le blog de Fabrice Nicolino

ROBERT LION EN DATES ET GESTES

1961 : Diplômé de l’ENA

1982-1992 : Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations

Novembre 2008 : Elu président du conseil d’administration de Greenpeace France

Ses gestes verts

Il utilise une radio à manivelle et une lampe électrique solaire, roule à Vélib’ et devient « raisonnablement bio »

 

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