La réponse à la crise écologique jugée insuffisante

Le Monde, le 31 mars 2009, Laurence Caramel

La réponse à la crise écologique jugée insuffisante

Quatre-vingt-douze pour cent des Français sont inquiets de l’état de la planète. Ils le sont davantage que les Américains (64 %) ou les Britanniques (71 %), mais pas moins que les Japonais (93 %), les Brésiliens (92 %) ou les Russes (90 %), selon une étude internationale réalisée par l’institut TNS Sofres dont Le Monde publie les résultats en avant-première, à l’occasion d’une conférence consacrée au green business (l’économie verte), mardi 31 mars. Cette étude a été menée en ligne, en juin 2008, auprès de 13 000 personnes originaires de dix-sept pays industrialisés ou émergents.

« Si la France fait partie des pays les plus pessimistes – ce qui est une donnée assez constante quel que soit le sujet -, cette enquête montre que l’environnement est une préoccupation partagée par tous. Et que l’inquiétude est réelle, puisque, au total, 78 % des personnes interrogées estiment que l’environnement est en mauvaise santé« , commente Dominique Lévy, directrice associée de l’institut d’opinion.

Les sondés expriment une inquiétude moindre sur la situation de leur propre pays, mais sont néanmoins une majorité – à l’exception des Etats-Unis, du Royaume-Uni, de Singapour et de l’Australie – à considérer que la situation n’y est pas bonne. « La crise économique a accru le pessimisme, et cet état d’esprit général pèse aussi sur la perception de l’environnement« , précise Dominique Lévy, pour qui l’enquête livrerait des résultats peut-être encore plus négatifs si elle était réalisée aujourd’hui que la crise est là.

Dans les pays développés, le lien entre crise économique et crise écologique est de plus en plus souvent établi. « L’hyperconsommation est non seulement perçue comme le syndrome des dysfonctionnements de notre modèle économique, mais aussi comme une des causes des problèmes environnementaux« , analyse la directrice déléguée de TNS Sofres. Ce lien apparaît clairement dans l’enquête, puisque ce thème du « surdéveloppement », qui renvoie à la surexploitation des ressources naturelles liée à nos modes de production, est cité en troisième position, après la pollution de l’air, la déforestation et à égalité avec la pollution de l’eau, parmi les grands problèmes à l’origine de la dégradation de la nature.

Les Américains ont la perception la plus aiguë de cette question : outre-Atlantique, plus du quart des personnes interrogées placent le « surdéveloppement » parmi les maux à résoudre en priorité, juste derrière la pollution de l’air. « D’autres enquêtes nous confirment que l’idée qu’il faut consommer moins progresse« , poursuit Dominique Lévy.

Il n’est, dans ces conditions, pas surprenant de constater que les Etats-Unis et la Chine sont pointés d’une manière écrasante comme les deux pays responsables de la crise écologique. « Le premier est le symbole du pays qui consomme trop, le second de celui qui produit mal », analyse-t-elle.

Les gouvernements donnent l’impression de ne pas prendre la mesure des problèmes : 43 % des sondés jugent qu' »ils sous-estiment les problèmes environnementaux« . 11 % ne le pensent pas et 46 % n’ont pas d’opinion.

« La crise a accentué le décalage entre la façon dont les gouvernements posent les problèmes et la façon dont les opinions les perçoivent. Même si cela n’est pas toujours exprimé clairement, il existe le sentiment que, de cette crise globale, il pourrait sortir quelque chose de positif, à condition que l’argent public qui est injecté dans l’économie mondiale serve à préparer un autre avenir« , constate Dominique Lévy. Or la question écologique semble, au contraire, reléguée au second plan. « L’enquête montre que les opinions, dans le monde entier, sont prêtes à entendre des discours plus volontaristes, car l’inquiétude est forte partout. »

Quant aux entreprises, leurs efforts pour parler « vert » laissent les opinions sceptiques. Personne, sauf au Japon, n’imagine qu’elles puissent être réellement motivées par la protection de la planète. Les Français et les Allemands sont les plus critiques. Les directeurs du développement durable n’ont à l’évidence pas encore réussi à convaincre que l’environnement est, pour eux, autre chose qu’un nouvel argument marketing.

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