Des légumes solidaires à consommer au rythme des saisons

midilibre.com, Olivier SCHLAMA, le 23 mars 2009

Des légumes solidaires à consommer au rythme des saisons

Acheter, sous forme d’abonnement, un panier de légumes de saison par semaine : c’est ce que proposent les Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) en plein boom. Le principe, qui permet de partager les risques et le coût des aléas climatiques, est une nouvelle forme de production, généralement bio, plus écolo, qui n’est plus soumise au sacro-saint prix du marché. L’acheteur de ces produits extra-frais devient un « consomm’acteur » éclairé et impliqué. Pour le pionnier des Amap, Daniel Vuillon, ce système répond aujourd’hui parfaitement aux angoisses du consommateur…

Sur la façade, la croix du Languedoc brille même sous le ciel laiteux. En un an, les yeux de Magali Dorques se sont éclairés : 130 familles renouvellent en ce moment le contrat de confiance avec l’Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) qu’elle a créée à Villeveyrac (Hérault) à l’Enclos de la potagère. C’est l’une des 1 500 Amap de France (elles étaient 50 il y a deux ans) ! Une constellation qui remodèle le paysage et ce, en dehors des circuits traditionnels de distribution. « Au début, on se disait, avec Denis, mon compagnon : « ça ne marchera pas ». On passait pour des hurluberlus. » Magali Dorques disposait d’atouts : d’abord 8 hectares de belle argile, parcourus d’un système préexistant d’irrigation unique. Malgré la petite taille de l’exploitation et le peu de mécanisation, c’est une réussite qui ne recourt ni aux subventions ni aux contrats avec une collectivité. « Nous pensons même acheter d’autres terres », espère Magali Dorques, élue récemment présidente de la toute nouvelle fédération régionale des Amap du Languedoc-Roussillon, qui compte déjà dix Amap. Satisfaction suprême, son banquier n’a pas eu besoin de lui prêter un euro.
Pensez donc, une femme qui s’installe en bio sans emprunter ! Magique, le mot d’Amap a déclenché quelques impostures, dérapages et même un engouement institutionnel. Il faut dire qu’il est source d’aides, via le fonds social européen – 1 M€ pour quatre ans dans l’Hérault – par exemple. Pas question que l’État récupère cette réussite. « Les Amap doivent rester des Amap », s’arc-boutent des acteurs du secteur. Comment s’est bâtie cette success story ? En faisant respecter une éthique. « Les vraies Amap qui marchent sont celles qui ont pris le temps de se construire », définit Daniel Vuillon. Premier en France à importer ce concept des États-Unis, il y a bientôt dix ans, à Aubagne puis à Ollioules, cet érudit (lire ci-contre ) dit : « Dans notre ferme, nous nourrissons 210 familles et 170 sont sur liste d’attente. La demande est très forte, surtout des jeunes, d’une nourriture bonne et saine. » Ensuite, la formule (partager l’incertitude de la production) implique naturellement les abonnés dans « leur » exploitation. Et, évidemment, les légumes – mais aussi des oeufs, céréales, du vin, de l’arboriculture, etc. – sont extra-frais : « Habituellement, un chou-fleur bio reste légèrement amer, il se passe du temps. Ici, cueilli la veille au soir, il est sucré ! » Ça fait rêver. L’idée, aussi, c’est qu’il y a trop de produits superflus et trop de superflu dans les produits. « Les gens veulent bien bouffer, consommer local, être des « consomm’acteurs » et voir comment ça pousse. C’est une autre façon d’acheter » , reprend Magali Dorques. Et puis, à Villeveyrac, on n’est pas chez « un distributeur de paniers » , comme on dit d’une Amap qui a mal tourné. Elle ajoute : « Nous gagnons 1 000 € chacun avec mon mari et on dépense 50 % de nos revenus dans l’alimentation bio. C’est un choix. »

Choisir une Amap, c’est acheter ce qui veut bien pousser. Pas de fraises en hiver donc… Plutôt des poireaux, carottes, navets boules d’or, pois chiche ou du potiron… Et si on n’aime pas ? On apprend à cuisiner. « On retrouve des goûts oubliés comme celui des blettes rouges… On s’échange des recettes. On voit les bébés grandir », dit Patrick Jean, bénévole. L’Amap, c’est le facebook de l’agriculture. Nourriture comme lien social. Le potentiel est énorme dans la région. « On veut sortir de notre niche commerciale. » Si « les élus libèrent davantage de terres agricoles », cela ouvrira des possibilités, surtout à l’heure du douloureux arrachage de vignes.

Daniel VUILLON Créateur de la première Amap en France

Des légumes solidaires à consommer au rythme des saisonsL’épicerie est à vendre !

Pourquoi un tel succès ?

Si l’on crée une Amap comme un bon plan pour faire du bio pas cher avec une vision consumériste, ça ne marche pas. A la première difficulté, on disparaît. Si on prépare bien les choses, aléas climatiques compris, on passe ces difficultés. On se rattrape quand la nature est généreuse. En Amap, le paysan nourrit les gens autour de lui… comme avant.
Pourtant, le prix des légumes n’est pas donné… Les pays où cette alternative a démarré, aux USA et au Japon, c’était suite à des problèmes de santé alimentaire, comme la présence de métaux lourds. En France, c’est après la vache folle. La moyenne d’âge de l’abonné, c’est 33 ans. Les jeunes qui commencent à avoir des enfants prennent conscience qu’ils ont jusque-là zappé le critère de la qualité de l’alimentation.

Et ce système, qui offre une traçabilité extraordinaire, répond à leurs angoisses.
L’Amap n’est-elle vouée qu’à rester une production marginale ?

Non. Au Japon, un tiers de la population fonctionne comme ça. En France, le Crédoc a fait une étude en 2004 montrant que 20 % de la population se disait intéressée par les Amap. En 2007, elle était de 37 %. Actuellement, il y a 1 500 Amap dans l’Hexagone. Il y en aura 2 000 cette année.

 

 

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