Réductions du CO2 : taxe carbone ou quotas d’émissions ?

Actu-Environnement.com, Agnès SINAI, le 18 mars 2009

Réductions des émissions de CO2 : taxe carbone ou quotas d’émissions ?

Face aux aléas climatiques et boursiers, le marché européen du carbone montre ses limites. À quelques mois de la conférence sur le climat qui se tiendra en décembre à Copenhague, la taxe carbone apparaît une mesure plus sûre que les quotas de CO2.
L’équation est simple, rappelle James Hansen, climatologue de la Nasa : si l’humanité consomme toutes les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) à sa disposition, elle va droit à la catastrophe. Pour modifier les comportements en profondeur et réduire drastiquement les quantités de CO2 émises dans l’atmosphère, il faut les taxer, vite et fort, estime-t-il.

La taxe carbone est le mécanisme qui permet de rendre un accord international efficace à l’échelle mondiale dans un délai très court, a expliqué M. Hansen à l’AFP, en marge d’une réunion d’experts à Copenhague début mars, où 2.000 climatologues du monde entier ont, trois jours durant, établi le nouvel état de la connaissance du climat. Selon M. Hansen, cette taxe pourrait être facilement mise en place.

Pour ce spécialiste du climat, si les négociations internationales – polarisées autour d’un marché du carbone où s’échangent des permis d’émission de CO2 (souvent décriés comme des droits à polluer) – ne sont pas fondamentalement repensées, elles seront vaines.

S’il s’agit d’un marché carbone, je préférerais qu’aucun accord ne soit conclu à Copenhague et qu’on prenne une ou deux années de plus, lâche M. Hansen, l’un des premiers climatologues à avoir tiré la sonnette d’alarme dans les années 80 en témoignant avec force devant le Congrès américain.

Un climatologue en colère

Le problème du marché carbone est que cela prend des années à négocier, que vous faites des compromis de toutes sortes, et que cela ne fonctionne pas, explique James Hansen. À propos de l’engagement de Barack Obama à lancer, dès 2012 sur le territoire américain, un marché de quotas aux enchères, le climatologue a mis en garde le président contre les conséquences désastreuses de politiques qu’il juge inadaptées : il y a trop de pression en faveur du marché carbone car les grandes entreprises y sont favorables : elles peuvent faire du lobbying, elles peuvent le tordre en leur faveur.

Son analyse prend un relief particulier au moment où, sur le marché européen du carbone, le prix de la tonne de CO2 s’effondre en raison de la crise économique, mettant crûment en lumière ses limites. Le prix du carbone continue sa descente aux enfers : il a terminé le mois de février à 9,46 euros sur le marché Spot/Blue Next.Soit une perte de 70% de sa valeur depuis l’été dernier. Le tsunami économique explique en partie cette évolution. La surallocation initiale de quotas attribués aux industries lourdes sur le marché européen dit ETS (Emissions Trading Scheme), conjuguée avec la récession actuelle, a fait chuter le prix du carbone. Les industries lourdes concernées par le marché ETS sont frappées par la récession (énergéticiens, aciéristes, raffineurs, exploitants de réseaux de chauffage collectif, verriers, cimentiers, fabricants de chaux, chimistes, papetiers et tuileries), qui entraîne une baisse conjoncturelle de leurs émissions liée au ralentissement de l’économie. Du coup, ces entreprises n’ont plus besoin de recourir au marché carbone pour compenser leurs excédents de CO2. A contrario, elles vendent leurs réserves de quotas, gracieusement alloués par les Etats, pour se procurer des liquidités.

À moins de 10 euros la tonne, le système européen de quotas est totalement dépourvu d’intégrité environnementale. En regard des financements qu’il faudrait mobiliser dans la lutte contre les changements climatiques et leurs conséquences, estimées à 175 milliards d’euros par an autour de 2020, la volatilité du prix du CO2 ne peut que plaider en faveur de la taxe carbone prônée par le climatologue James Hansen. En France, la Fondation Nicolas Hulot Lire la suite

Pierre Calame : A crise structurelle, réponse globale

Le Monde, Pierre Calame, le 17 mars 2009

A crise structurelle, réponse globale

La crise financière, économique et sociale s’approfondit. Certains ont pu croire pendant quelques mois que les économies asiatiques, notamment chinoise et indienne, resteraient fermes dans la tempête. L’illusion s’est vite dissipée. Les dirigeants, partout dans le monde, colmatent les brèches, courent au plus pressé, instruits par le passé lointain ou récent du risque que l’édifice s’effondre comme un château de cartes.

Certains feignent de croire que la crise actuelle est un incident de parcours, simplement plus sérieux que les précédents, qu’une injection d’argent public permettra de surmonter. Epuisement progressif des ressources naturelles, changement climatique, endettement public : il est plus vraisemblable que l’on assiste à la rupture d’un modèle de développement et d’un mode de raisonnement.

Nous allons devoir nous engager dans la grande transition vers une société durable. Elle nous conduira à ramener la consommation d’énergie ou de matières premières aux capacités de reproduction de la biosphère et à rééquilibrer l’accès des différentes régions du monde à ces ressources.

La crise actuelle est structurelle. Elle appelle des réponses structurelles. Pas de solution aux dérives de la finance sans recréation d’un ordre monétaire mondial ; pas d’ordre monétaire sans ordre énergétique ; pas d’ordre énergétique sans évolution du système de production et d’échange ; pas d’évolution de ce système sans une nouvelle gouvernance mondiale. La transition prendra du temps car elle implique un renouvellement profond des concepts, des agencements institutionnels et des modes de régulation. En l’entreprenant aujourd’hui, on fera de la crise une opportunité.

Pour s’engager dans cette voie, une vision claire des buts poursuivis et des obstacles à surmonter est nécessaire. Parmi les obstacles, il en est un dont on parle trop peu : celui de l’ignorance. C’est parce que les entreprises, après le découplage du dollar et de l’or en 1971, ignoraient l’évolution future des taux de change entre les grandes monnaies et le prix de l’énergie fossile que se sont multipliés les outils de gestion du risque qui sont à l’origine de la croissance, pour l’essentiel improductive du secteur financier.

Cette financiarisation, ce morcellement des risques ont contribué à substituer aux relations de confiance qui fondent traditionnellement le crédit – confiance et crédit sont des quasi-synonymes -, des myriades de transactions anonymes où le virtuel remplace le réel, où la liquidité des placements, c’est-à-dire la possibilité pour les rats de quitter le navire à tout moment, a cru pouvoir remplacer les garanties qu’apportait la confiance. On a vu le résultat : la liquidité ne garantit rien dans une crise systémique et le public a découvert avec stupéfaction que les banques ignoraient ce que contenait leur bilan.

STABILISER LES TAUX DE CHANGE

C’est aussi l’ignorance de la vraie nature de biens et de services aussi différents que la propriété intellectuelle, l’eau, les sols ou les produits manufacturés et l’aveuglement idéologique qui ont conduit à vouloir appliquer à tous le même régime de gouvernance, la même économie de marché. Ignorance, encore, du contenu de ce que nous consommons quand, dans un système mondialisé, la même monnaie rémunère indistinctement le travail humain et les ressources naturelles. Ignorance, enfin, où sont les territoires de leur propre métabolisme, de leurs flux internes et de leurs échanges avec l’extérieur.

Nous voyons que ces multiples ignorances ne sont pas fortuites, ne résultent pas d’une déficience passagère d’un appareil statistique mais sont le résultat du système économique et monétaire que nous avons construit. Quelles sont, en conséquence, les pistes d’action, Lire la suite

JP Dupuy : « Quand il y a démesure, il y a déshumanisation »

Le Monde, Hervé Kempf, le 20 mars 2009

Jean-Pierre Dupuy : « Quand il y a démesure, il y a déshumanisation »

C’est le plus ignoré des penseurs écologistes. Est-il même écologiste ? Jean-Pierre Dupuy a été très proche d’Ivan Illich, a bien connu André Gorz, a milité aux Amis de la Terre, et son ouvrage paru au Seuil en 2002, Pour un catastrophisme éclairé, a renouvelé les interrogations posées par le philosophe Hans Jonas (1903-1993).

Critique « La Marque du sacré », de Jean-Pierre Dupuy

Mais on ne saurait réduire ce polytechnicien hors norme à aucune étiquette. Dans un de ses livres, il se définit comme « extrémiste rationaliste » et avance au détour de la conversation : « Je ne suis pas un intellectuel chrétien, mais un chrétien intellectuel. Le christianisme est une science beaucoup plus qu’une religion. »

Dans son nouvel essai, La Marque du sacré, Dupuy affirme que c’est dans le retour du sacré que la société, après avoir voulu l’expulser au nom de la rationalité, peut trouver son salut face à la démesure de la modernité technologique. Provocant ? Sans doute, et on entend déjà les ricanements des athéistes de principe. Peu importe : Dupuy est de ceux qui rappellent que le monde est grave, quand la foule des commentateurs se contente de proclamer qu’il est en crise.

L’itinéraire de ce philosophe commence par des surprises : il naît en 1941, et son père – qui lit beaucoup – le pousse vers de bonnes études. Le jeune Landais se présente à Polytechnique et à Normale-Sup, croit avoir raté celle-ci, choisit l’école d’ingénieurs, avant qu’une lettre l’informe qu’il y a eu erreur et qu’il pourra séjourner rue d’Ulm. « J’étais plus fier d’avoir réussi Normale que l’X, dit-il, mais j’ai choisi celle-ci par mimétisme, c’était plus prestigieux. »

L’ENTRÉE EN PHILOSOPHIE

Très doué en mathématiques, il finit dans les dix premiers, non sans avoir été influencé par les économistes Jean Ullmo et Maurice Allais ou avoir lu Teilhard de Chardin. Le voilà brillant haut fonctionnaire, à une époque où « nous étions les gardiens de l’intérêt général – le problème est que c’est nous qui le définissions« . Au ministère de l’industrie, chargé des questions d’énergie (« à 25 ans, je pouvais convoquer comme ça le directeur d’EDF ou de GDF »), il se rend compte qu’être grand commis de l’Etat l’ennuie. Sa vraie passion est la chose intellectuelle, et, juste après 1968, il crée avec le sociologue Philippe d’Iribarne le Centre de recherche sur le bien-être, d’où ils critiquent la théorie économique néoclassique d’un point de vue anthropologique.

En 1973, la rencontre avec le penseur écologiste Ivan Illich (1926-2002) va permettre l’envol de celui qui est encore un moineau intellectuel. Le maître est alors à l’apogée de sa réputation, et électrise le jeune polytechnicien en rupture de ban moderniste : « Il m’a fait entrer en philosophie« , confie Dupuy. Ils vont collaborer, notamment dans l’ouvrage Némésis médicale, où Illich développe son concept de la contre-productivité : à partir d’un certain seuil, affirme-t-il, la technique moderne devient un obstacle à la réalisation des fins qu’elle prétend atteindre. Illich anime aussi des séminaires à Cuernavaca, au Mexique, où il attire les meilleurs esprits de l’époque : Hannah Arendt, André Gorz, Erich Fromm, Heinz von Foerster… On a oublié aujourd’hui le magnétisme qu’exerçait Illich au début des années 1970. C’est que les chocs pétroliers et la crise économique, en remisant le souci écologique au magasin des accessoires, avaient ensuite fait pâlir l’étoile d’Illich. D’ailleurs, à l’époque, Dupuy s’éloigne de lui : « Je trouvais dangereux Lire la suite

Audenges : La nappe phréatique pourrait être polluée

Sud-Ouest, Sabine Menet, le 20 Mars 2009

ZONES EXPLOITÉES, AUDENGE. Vigidécharges et la Sepanso s’inquiètent d’une possible pollution de la nappe phréatique sous le centre d’enfouissement

La nappe phréatique pourrait être polluée

Des taux d’ammonium et de manganèse dépassant de plus de 40 fois les seuils maximaux de classe 3, définis par l’agence de l’eau. Voilà ce que les rapports annuels, émis entre 1998 et 2008 par la Drire sur la qualité des eaux de la nappe phréatique sous le Centre d’enfouissement d’Audenge (CET), révèlent.

Des données qui viennent d’être mises en lumière par deux associations, Vigidécharges et la Sepanso. « À notre demande, nous avons eu pour la première fois accès à ces rapports » explique Anne-Aurélie Raymond, la présidente de Vigidécharges. Des rapports qui devraient être présentés lors du rendu de l’étude, actuellement en cours menée par le cabinet Antéa dans le cadre de la réhabilitation du site.

Deux ans d’attente

Le centre d’enfouissement d’Audenge a fermé ses portes le 31 décembre 2007. L’étude complémentaire en vue de sa réhabilitation aurait dû être livrée six mois avant. Elle n’a été diligentée que récemment, après le changement de municipalité. Cette étude porte sur les trois zones qui furent exploitées (voir encadré).

La mairie d’Audenge est titulaire de l’arrêté d’exploitation et donc responsable légal. Pour autant, elle a toujours confié l’exploitation à une société privée. La dernière en date, Edisit, a déposé le bilan fin janvier 2009, laissant la collectivité seule face à la fermeture des casiers (qui n’était toujours pas achevée) et surtout à la post-exploitation.

« Nous sommes en possession du site depuis trois semaines » explique Nathalie Le Yondre, le maire d’Audenge, élue en 2008, qui ne cache pas que « la situation est plus grave » qu’elle ne le pensait.

Sécurité et odeurs

L’édile a d’ores et déjà engagé 70 000 euros de travaux, visant à enrayer les nuisances olfactives dues au fait que certains casiers ne sont toujours pas fermés. Elle a également chargé le cabinet d’étude de plancher sur des mesures de sécurité. « Le dépôt de bilan d’Edisit a tout ralenti », poursuit-elle en espérant avoir les résultats de ladite étude au mois de mai. Résultats que Nathalie Le Yondre entend rendre entièrement publics.

Si Anne-Aurélie Raymond réserve ses conclusions lors de la présentation complète de ces résultats, elle n’en tire pas moins, d’ores et déjà, la sonnette d’alarme.

« Menace pour la santé »

« L’ammonium et le manganèse ne sont pas des éléments toxiques, précise-t-elle. Pour autant, ce sont des indicateurs de pollution, et l’Agence de l’eau considère que les eaux qui sont au-delà de la classe 3 sont inaptes à la plupart des usages et pouvant constituer une menace pour la santé publique et l’environnement. »

Et de rappeler que l’association Vigidécharges avait déjà mis à jour, en 2006, la présence anormalement élevée d’ammonium dans le ruisseau du Ponteil jouxtant le CET. Pour Vigidécharges comme pour la Sepanso, ces premières données révèlent « une situation grave qui démontre une mauvaise gestion du site ». Et de poser une fois de plus la question des responsabilités (1). « Les associations ont été intégrées aux Clis (Commissions locales d’information et de surveillance), depuis plus de dix ans, or aucune Clis n’a fait état de cette pollution. Par ailleurs, la Clis, qui devait se tenir en 2008, ne s’est toujours pas réunie… »

Contre la « polémique »

Contacté hier, le sous-préfet du bassin d’Arcachon, Philippe Ramon, Lire la suite

Bazadais, Des alternatives aux pesticides le 21 mars

Sud-Ouest, Sylvie Mellies, le 19 Mars 2009

Des alternatives aux pesticides

Dans le cadre de la Semaine sans pesticides, les Amis de la Brèche accueillent, ce samedi 21 mars, à 16 h 30, salle des conférences, Édith Smeesters, biologiste, auteure et conférencière du Québec.

Elle présentera un exposé sur les « solutions écologiques pour l’entretien des espaces verts ».

Une discussion s’engagera ensuite avec Philippe Meynard, maire de Barsac, qui témoignera sur l’action entreprise par sa commune en matière de gestion des espaces verts.

« En optant pour la suppression du désherbage chimique sur les trottoirs et les caniveaux, la commune de Barsac a fait le choix d’une gestion écologique. Entretenir ses haies et ses clôtures sans utiliser de produits chimiques nocifs, c’est contribuer à préserver la santé de tous, la qualité des nappes phréatiques et du milieu aquatique », peut-on lire dans « Barsac infos » du premier trimestre 2009.

Édith Smeesters, biologiste et militante environnementale québécoise, est en tournée en France et en Europe.

Venue du Québec

Diplômée de botanique à l’Université de Louvain, elle a fondé l’organisme Nature-Action Québec (1987) et la Coalition pour les alternatives aux pesticides (1999) dans le but de réunir toutes les énergies disponibles pour diminuer l’usage abusif de ces produits toxiques au Québec.

Elle cherche à préserver l’environnement naturel en luttant contre les pesticides.

Actuellement porte-parole pour Equiterre, elle a publié plusieurs articles et livres sur l’horticulture écologique dont, entre autres, « Le Compostage domestique » (1993), « Pelouses et couvre-sols » (2000), « Solutions écologiques en horticulture » (2005).

C’est une conférencière recherchée à travers le Québec, avec ses quelque trente années d’expérience en horticulture et en environnement.

Actions citoyennes

Des collectivités, des entreprises, des associations mettent en place, en France, mais aussi dans le monde, des conférences, des projections, des débats, des expositions, des sorties sur le terrain, des visites et portes ouvertes en jardins ou exploitations agricoles.

Toutes ces actions citoyennes démontrent que les risques sanitaires et environnementaux liés à l’utilisation des pesticides sont désormais inacceptables et que les alternatives aux traitements chimiques existent et qu’elles sont viables.

Depuis sa création en 2006, la Semaine pour les alternatives aux pesticides est l’événement fédérateur et novateur qui permet de maintenir la pression sur les décideurs et de prouver que l’on peut et que l’on doit aujourd’hui se passer des pesticides.

Manifestation gratuite et ouverte à tous proposée par Lire la suite

63 % des français opposés au nucléaire

enviro2b.com, NC, le18 mars 2009

De plus en plus de citoyens séduits par l’énergie nucléaire, à l’exception des européens

Plus de deux tiers des consommateurs à travers le monde pensent que leur pays devrait adopter ou utiliser davantage l’énergie nucléaire… mais seulement 37% en France. C’est ce que révèle une enquête internationale dont les résultats sont publiés aujourd’hui par le cabinet international Accenture.

Cette enquête, réalisée auprès de plus de 10 000 personnes dans 20 pays, indique que 29 % des consommateurs interrogés sont partisans sans réserve d’une adoption ou d’un renforcement du nucléaire, tandis que 40 % y seraient favorables si leurs inquiétudes à ce sujet étaient dissipées. Toutefois, et cela doit servir de mise en garde pour les producteurs d’énergie nucléaire et les responsables politiques, les avis se sont polarisés au cours des dernières années.

L’enquête constate que, globalement, l’opinion a basculé en faveur de l’énergie nucléaire : 29 % des personnes interrogées se disent plus favorables au lancement ou au renforcement d’un programme nucléaire dans leur pays qu’elles ne l’étaient il y a trois ans. Toutefois, près d’une sur cinq (19 %) déclare l’inverse.

« Les préoccupations quant à la sécurité énergétique, à la volatilité des cours des combustibles fossiles et au changement climatique font remonter la cote du nucléaire chez les consommateurs », observe Jean-Marc Ollagnier, Directeur Général Europe de l’activité Energie et Ressources d’Accenture. « Cependant, les responsables politiques et les producteurs d’énergie ne doivent pas considérer le consentement du public comme acquis. Les pouvoirs publics et le secteur énergétique doivent être conscients de la fragilité persistante de ce soutien au nucléaire. »

Alors que, dans leur grande majorité (88 %), les consommateurs estiment important pour leur pays de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, ils ne sont que 43 % à penser que les énergies renouvelables ne peuvent pas à elles seules pallier la pénurie de ces derniers, 39 % étant de l’avis contraire. Plus de quatre consommateurs sur dix (43 %) voient dans l’énergie nucléaire un moyen de réduire les émissions de carbone à l’avenir, parmi lesquels 9 % appellent exclusivement à une intensification des programmes nucléaires pour lutter contre la dépendance aux combustibles fossiles, tandis que 34 % souhaitent un panachage du nucléaire et des énergies renouvelables.

Les consommateurs demandent plus d’information

Parmi les opposants à la production d’énergie nucléaire dans leur pays, les trois principales motivations tiennent à des inquiétudes concernant l’efficacité des solutions de retraitement des déchets (91 %), la sécurité des centrales (90 %) et leur démantèlement (80 %). Dans chaque cas, près de la moitié (45 %) de ces opposants déclarent que, s’ils étaient davantage informés sur ces trois aspects, ils pourraient changer d’avis, du moins dans une certaine mesure.

Un peu plus d’un quart seulement (28 %) des personnes interrogées se jugent bien ou très bien informées sur la politique nucléaire de leur pays, alors que près de trois quarts d’entre elles (72 %) déplorent une insuffisance, voire une absence totale d’information.

Manque de transparence des pouvoirs publics

« La transparence de l’information est le facteur le plus important du soutien des consommateurs et les résultats de notre enquête montrent que l’opinion publique peut évoluer de manière significative en fonction des informations disponibles », Lire la suite

Restructuration de la recherche climatique américaine

bulletins-électroniques.com, le 13 mars 2009

Restructuration de la recherche climatique américaine : vers une modélisation accrue des impacts et une meilleure prise en compte des sciences sociales

Du 2 au 7 mars 2009 s’est déroulée à Washington une semaine d’intenses préparatifs diplomatiques en vue de la conférence de Copenhague, laquelle devra jeter les bases du traité Post-Kyoto. Le Ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de l’Aménagement du Territoire, Jean-Louis Borloo, est venu rencontrer ses homologues américains ainsi que plusieurs Thinks Tanks, ces cercles de réflexion proches de l’Administration. Il était accompagné de Brice Lalonde, Ambassadeur en Charge des Négociations Climatiques. En marge de sa participation à des manifestations telles que le Stern Symposium (d’après Lord Nicolas Stern), M. Lalonde s’est rendu au Heinz Center où Bob Corell lui a présenté un modèle simulant les effets des engagements pris dans une négociation multilatérale sur la limitation des émissions de CO2.

Ce modèle, développé par le « Sustainability Institute », Ventana Systems et le MIT, baptisé « C-Roads » (« Climate Rapid Overview and Decision-support Simulator »), est un outil de simulation précisément destiné aux décideurs. Il permet de faire varier les émissions par zones géographiques (Etats-Unis, Chine, G8, etc.) et d’observer les phénomènes climatiques à l’échelle globale. La simulation faite par Bob Corell consistait à entrer dans le modèle tous les engagements de réduction des émissions pris aujourd’hui par les parties à la conférence de Copenhague. Effectuée en temps réel, celle-ci révèle que si tous les engagements étaient appliqués (une gageure en soi), la concentration en CO2 atmosphérique atteindrait plus de 600 ppm en 2100 (à comparer aux 900 ppm prévus par le GIEC dans un scénario « business as usual » et aux 450 ppm recommandés pour rester en deçà des 2°C d’augmentation de la température du globe). Si l’on en croit ces prévisions, il convient d’accentuer les préparatifs à l’inéluctable adaptation qui nous attend.

Au cours de la semaine précédant cette rencontre sortait le dernier rapport de l’Académie des Sciences traitant de la recherche américaine sur le changement climatique. Ce second rapport, intitulé « Restructuring Federal Climate Research to Meet the Challenges of Climate Change », projette les besoins futurs de la recherche américaine dans plusieurs domaines nécessaires à la prise de décision. Il prescrit le développement des capacités d’observation et de modélisation à l’échelle régionale – et décennale – l’accroissement des moyens de recherches sur l’adaptation et la vulnérabilité, le démarrage d’un programme d’évaluation périodique des impacts et des réponses apportées, et la transmission régulière d’informations scientifiques, d’outils et de prévisions aux décideurs. Le rapport conclut que le Climate Change Science Program (CCSP) doit impérativement élargir le champ des recherches fédérales à la prise en compte des impacts du changement climatique sur la société, tout en améliorant la recherche et la compréhension des causes et des processus qui s’opèrent.

Le comité de rédaction, présidé par Veerabhadran Ramanathan, du Scripps Institution of Oceanography, à San Diego, estime que le programme a jusqu’à présent été bridé par son manque de recherches dans les sciences sociales et par la césure entre recherche en sciences naturelles et en sciences sociales. Selon les auteurs du rapport, le CCSP devrait adopter une approche holistique, travailler de manière pluridisciplinaire et impliquer les décideurs ainsi que les autres parties prenantes.

Partant du constat que le changement climatique sera inévitable, Lire la suite