Joseph Stiglitz et Nicholas Stern : Pour une relance verte

contreinfo.info, Joseph Stiglitz et Nicholas Stern, le 6 mars 2009

Publication originale Financial Times, le 2 mars 2009, traduction Contre Info

Pour une relance verte

Cette grande liquidation d’un capitalisme financier qui avait pour moteur l’accumulation de la dette et l’inflation des actifs sera à coup sûr une épreuve douloureuse. Mais c’est aussi une chance. Car elle offre la possibilité de refonder la croissance et le modèle de développement, en s’attaquant à cette autre crise bien plus grave qui menace : le réchauffement climatique. Encore faut-il que les centaines de milliards engagés par les Etats dans le monde entier ne soient pas « brulés » uniquement pour éponger les pertes de créances douteuses – ce qui revient à subventionner les fautifs et les spéculateurs – mais investis utilement dans les technologies vertes et la décarbonation de nos sociétés. Stiglitz et Stern plaident pour une croissance verte et réclament l’instauration d’un prix sur les émissions de carbone. Tous deux estiment que la nouvelle administration Obama porte une responsabilité importante : mettre fin au blocage américain sur la lutte contre le réchauffement et impulser un accord mondial en la matière au prochain sommet de Copenhague.

Nous sommes confrontés à deux crises : une profonde crise financière mondiale, provoquée par une mauvaise gestion du risque dans le secteur financier, et une crise climatique encore plus grave dont les conséquences, si elles peuvent sembler plus lointaines, seront déterminées par les mesures que nous prenons aujourd’hui.

Le risque posé par le changement climatique est à la fois très différent et de bien plus grande ampleur, tout comme le seraient ces conséquences si nous ne le gérions pas correctement ou tentions de l’ignorer. Les États-Unis disposent quant à eux d’une fenêtre d’opportunité pour agir sur la crise financière et dans le même temps, jeter les bases d’une nouvelle période de croissance fondée sur les technologies qui permettront l’avènement d’une économie sobre en carbone.

Le président Barack Obama, lors de son discours au Congrès sur le budget la semaine dernière, a expliqué que nous devions répondre à ces deux défis et a décrit les bases d’une approche globale. Le leadership des États-Unis pourrait donner le jour à une action résolue de l’ensemble du monde, rendant possible de parvenir à un accord qui soit à la hauteur des risques encourus lors de la conférence de l’ONU sur les changements climatiques qui se tiendra à Copenhague en décembre.

Nous sortirons finalement de cette crise financière, bien que des erreurs de pilotage puissent influer sur sa gravité et sa durée. Mais concernant les risques de la crise climatique, de telles erreurs pourraient être irréversibles. Comme Joseph Stiglitz l’écrit dans son ouvrage « Making Globalization Work », si nous disposions d’un millier de planètes, nous pourrions poursuivre cette expérience téméraire dans laquelle nous sommes engagés, et en changer si se produisait la catastrophe vraisemblable. Malheureusement, nous ce luxe n’est pas le nôtre : nous n’avons qu’une seule planète.

La crise financière est née de la bulle du marché immobilier et a été précédée par la bulle internet. Nous ne pouvons pas les remplacer par une nouvelle bulle. Les investissements nécessaires pour convertir notre société à une économie sobre en carbone – des investissements qui peuvent changer la façon dont nous vivons et travaillons – pourraient fournir le moteur de la croissance pour les deux ou trois prochaines décennies. Il garantiraient que la croissance et les améliorations induites de niveau de vie soient durables. La voie que nous avons emprunté jusqu’alors ne l’est pas. Lire la suite

Le manque de terrains freine les AMAP basques

Sud-Ouest, Sophie Cicurel, le 12 Mars 2009

CONSOMMATION. L’Amap de Saint-Jean-de-Luz va fêter son premier anniversaire, submergée de demandes. Une deuxième pourrait voir le jour. Reste un problème de foncier

Le manque de terrains freine les Amap

Si Beñat Lecuona a mis longtemps avant de se décider, il y a un an, il n’a aujourd’hui aucun regret de s’être lancé dans l’aventure de l’Amap.

Ce maraîcher de Sare qui vend ses produits deux fois par semaine à Saint-Jean-de-Luz, est le producteur attitré de l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), basée à Chantaco et créée il y a un an. « Au début, 90 personnes étaient prêtes à signer. Comme nous avons décidé de démarrer petit, nous en avons pris une quinzaine, puis nous sommes passés à 20, trois mois plus tard. Et, d’ici le mois de juin, j’ai bon espoir que nous passions à 25 » table-t-il.

L’Amap de Saint-Jean-de-Luz envisage non seulement de s’agrandir mais aussi de varier les produits proposés d’ici la fin de l’année. Un contrat d’engagement est ainsi à l’étude avec des producteurs de viande, des éleveurs de volailles et des boulangers.

Une politique à repenser

Le partenariat entre producteurs et consommateurs, séduisant sur le principe, a pourtant de quoi en effrayer plus d’un. « Pour nous, producteurs, ce n’est pas évident au début de fournir un panier toutes les semaines. Il y a des périodes où on n’est pas gâtés par la météo. Et que des gens soient prêts à payer à l’avance pour un panier de saison dans lequel ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver, ça me surprend encore. Mais il faut croire qu’ils y trouvent leur compte » conclut le producteur.

À écouter les intéressés, non seulement ils y trouvent leur compte, mais c’est un tout autre mode de consommation qui se révèle à eux. « Nous nous adaptons aux produits de saison, nous redécouvrons le goût des salades, des haricots verts, et il n’a rien à voir avec ce que nous connaissions » avoue Jacqueline Branger, de l’Amap luzienne. « Cela oblige à chercher de nouvelles recettes. J’ai fait mon calcul, ça me revient au prix du marché et, au moins, je sais ce que je mange puisque je connais le producteur, je sais comment il travaille. Et, en plus, c’est un moyen de le soutenir, un peu comme le commerce équitable, sauf qu’il est là, à notre porte » résume une autre consommatrice, Marie-Dominique Nagel.

Au total, près de 200 personnes sont actuellement inscrites sur les listes d’attente des 13 Amap du Pays Basque. De quoi inciter le réseau local à s’interroger sur les solutions à envisager. « Le problème, c’est qu’au Pays Basque, il y a peu de producteurs. Il faudrait inciter davantage de jeunes à s’installer mais cela ne résoudrait pas le problème de l’accès au foncier. Après, c’est une politique de relocalisation de la production maraîchère qu’il faut penser » estime Isabela Barreix, coordonnatrice du relai Amap Pays Basque.

Prendre le temps

Une réunion interne du relais, mardi soir à Saint-Jean-de-Luz, a dégagé une première piste. « L’idée est de créer des groupes de consommateurs dans les zones où se font ressentir les besoins et de rechercher des producteurs ensuite. Une deuxième Amap est ainsi prévue à Saint-Jean-de-Luz/Ciboure et des groupes de consommateurs vont se créer à Hendaye Biritaou où il n’y a encore rien. »

Tout cela prendra du temps, le relais cherche à éviter la création anarchique de structures dans la région. « Les gens sont pressés de démarrer mais ils ne mesurent pas toujours Lire la suite

Consommateurs en crise… de conscience ?

Consommateurs en crise… de conscience ?

mondequibouge.be, NC, le 12 mars 2009

Contribuer à un monde meilleur en consommant mieux, est-ce possible ? Le seul fait de poser la question dans le contexte de crise actuel, où chacun essaie de faire au mieux pour son budget, peut paraître déplacé. Au contraire, ce peut être le moment de nous interroger sur le rôle de la consommation dans nos vies.

Souhaiter concilier ses aspirations citoyennes et ses pratiques de consommateur, n’est pas si saugrenu. Pourtant, que ce soit en matière d’écologie, d’emploi, de droits sociaux ou autres, rien n’est simple. Alors, quel(s) rôle(s) le consommateur peut-il jouer dans le monde social, économique et environnemental actuel ? A-t-il les moyens de soutenir une autre forme de consommation dite « responsable » ?

De la société qui consomme à la société qui consume…

Revenons à nos besoins ! A la troisième place des préoccupations des belges dans la dernière étude du CRIOC, on trouve la baisse du pouvoir d’achat, citée dans 42% des cas (derrière le chômage 48% et l’éclatement de la Belgique 45%). Cette notion de pouvoir d’achat est très à la mode, employée par tous et dans tous les sens. Philippe Defeyt propose une autre notion. Prenons l’exemple d’une salade. Aujourd’hui, on peut l’acheter simplement coupée ou bien préparée (lavée, découpée et parfois même accompagnée d’un petit sachet de sauce). Cette dernière est 3 à 4 fois plus chère que la première. L’évolution de nos choix de produits n’entre plus dans le calcul du pouvoir d’achat, c’est qu’on appelle le « vouloir d’achat ».

Le consommateur « veut » tout à la fois : le prix le plus bas, la qualité, la facilité, l’accessibilité et la nouveauté. C’est la promesse implicite de la société de consommation actuelle. Et le marketing et la publicité se chargent de nous faire croire qu’on peut tout réconcilier (prix, environnement et social). Or, la recherche du prix toujours plus bas s’est faite au détriment de l’environnement et des conditions des travailleurs au Nord comme au Sud. C’est le « coût caché » de notre consommation. Le consommateur agit au mieux de ses intérêts. Ce faisant, les exigences qu’il pose, les arbitrages qu’il effectue laissent de moins en moins de place à la citoyenneté.

Que signifie être « consommateur citoyen » ?

« Consommateur-citoyen », le mot est dit ! Cela sonne comme un oxymore, tant il résulte de l’association de deux termes qui semblent contradictoires. En effet, comment peut-on à la fois être un « bon » consommateur en consommant toujours plus, et un « bon » citoyen en faisant des choix respectueux de l’environnement, des aspects sociaux et éthiques des produits ? Le « consommateur citoyen » (ou consommateur responsable) tente d’appliquer dans sa vie privée, à travers ses choix de consommation, le fameux précepte « penser globalement, agir localement ». Il déplace ainsi la frontière entre ce qui relève de la vie privée et de l’action politique : il considère souvent un acte privé, la consommation, comme un acte citoyen.

Quels sont les pouvoirs du « consommateur citoyen » ?

Dans la littérature, on attribue souvent des « pouvoirs d’action » aux consommateurs de la manière suivante :

Action individualisée : Achats responsables (« Actions sur le marché ») – Adoption de modes de vie responsables (« Actions dans l’espace social élargi »)

Action collective : Groupement des achats (« Actions sur le marché ») – Systèmes d’échanges alternatifs (« Actions dans l’espace social élargi ») Lire la suite

Agenda 21de Mérignac : Forum public le 14 mars

Sud-ouest, Olivier Delhoumeau, le 12 Mars 2009

AGENDA 21. Un forum public, ouvert à tous, se déroule samedi à la Maison des associations

Un ancrage à approfondir

Comment agir concrètement contre le réchauffement climatique ? Quelles sont les opportunités pour développer l’économie solidaire à Mérignac ?

Ces questions, et d’autres, seront posées au Forum Agenda 21 de samedi, à la Maison des associations. L’objectif sera double : dresser le bilan du premier programme d’actions et réfléchir aux initiatives futures. Quatre ateliers se tiendront à cette fin. « Beaucoup limitent le développement durable à l’environnement. Je ne cesse de rappeler que cette notion s’articule aussi autour du social et de l’économie. C’est un triptyque, avec une interdépendance entre ces domaines », soutient Marie Recalde, adjointe en charge du dossier.

Tables rondes

Le premier atelier est intitulé « Pour un plan climat/mobilité communale ». Les autres approfondiront les thèmes de l’économie solidaire, la santé dans un environnement sain et la valorisation de la citoyenneté. Chaque table ronde sera chapeautée par deux présidents, un témoin, un animateur et un rapporteur. Précision : les témoins et animateurs seront des personnes qualifiées de la société civile. Les réflexions alimenteront les conseils de quartiers qui reprennent du service à la fin du mois. La maturation des idées se poursuivra jusqu’en octobre, date à laquelle un second forum arrêtera le futur programme d’actions.

Parmi les dispositifs concrets ayant déjà fait leurs preuves, citons les packs écologiques, qui favorisent la pratique du compost et les économies d’énergie, la clause d’insertion dans les marchés publics. Mérignac s’est aussi distinguée avec Lire la suite

Embarquement dans le bateau ivre de la crise systémique

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 11 mars 2009

Embarquement planétaire dans le bateau ivre de la crise systémique

Le système financier mondial est en cours d’implosion. À force d’avoir spéculé sur la dette plutôt qu’avoir misé sur l’économie réelle, le capitalisme de casino s’apprête à léguer à la société un gouffre d’irresponsabilité, tant sociale qu’environnementale.

La démesure de la dette financière s’affiche, telle une béance, dans les courbes ascendantes de déficits qui vibrent en rouge dans le début d’une longue nuit. En 2008, le montant des prêts hypothécaires américains se chiffrait à 11 000 milliards de dollars, dont 60% étaient « titrisés » sous forme d’obligations vendues au public. Le taux d’endettement de la France devrait s’approcher de 80 % du PIB à la fin de l’année 2010, rapporte mardi 3 mars, Le Figaro1 en citant une source gouvernementale. Ce taux, actuellement de 66 % du PIB, augmenterait de sept points par an jusqu’en 2010, assure cette même source. La dette dépasserait alors les 22.000 euros par Français, constate le quotidien. Plus tôt dans la journée, le premier ministre François Fillon avait estimé sur Europe1 qu’aucun plan de relance ne permettra d’éviter la crise […] Personne aujourd’hui ne peut savoir quand on sortira de cette crise. Ce qu’on sait, c’est que toute l’année 2009 sera une année de crise, avait-il affirmé, pressentant le caractère hors d’échelle du phénomène et formulant un aveu d’impuissance sidérée.

A l’échelle des Temps Modernes, l’apothéose du capitalisme aura finalement été de courte durée : ascension des Trente Glorieuses à partir des années cinquante, libéralisme sans entraves dans les années 80, achèvement de la dérégulation financière jusqu’à nos jours. Mais dans ce bref laps de temps, le système lègue une ardoise gigantesque, une panne du système, un credit crunch, tant économique qu’écologique. Le découplage du capitalisme financier par rapport à sa base de survie n’a cessé de s’accentuer. Et les remèdes proposés par les plans de relance ici et là tournent tous bon an mal an autour de mêmes recettes éculées, autant de manières de soigner le mal par le mal : renflouer les caisses des banques pour relancer la consommation et revenir à l’état antérieur, un retour à la « normale » du cycle de la croissance consumériste et productiviste. Comme si le socle du vivant et le tissu social pouvaient indéfiniment continuer à soutenir la perpétuation de la consommation et de l’endettement, sans autre forme de projet existentiel et politique. Pourtant, et la présente « crise » le démontre, la survie du capitalisme lui-même suppose que toutes les instances de la société et de la nature ne soient pas gangrenées par la dette.

Un système global hors d’usage

Or n’est-ce pas la pulsion de l’avidité sans limites d’un système vorace, où la richesse des uns est fondée sur l’endettement des autres, qu’il faut questionner au nom d’un nouveau modèle de société fondé sur d’autres valeurs ? C’est sans doute le moment ou jamais. Selon les experts du LEAP/Europe, un groupe européen de réflexion prospective, la crise économique pourrait évoluer vers des situations de chaos social, faites de violentes révoltes populaires. Dans son dernier bulletin, daté du 15 février, le LEAP annonce le début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale, après quatre grandes phases de déclenchement, d’accélération, d’impact et de décantation. Selon le LEAP, les dirigeants du monde entier n’ont pas tiré les conséquences de l’effondrement en cours du système qui organise la planète depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, à ce stade, il n’est plus vraiment permis d’être optimiste en la matière. Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants Lire la suite