Premiers pas au jardin bio

lefigaro.fr, Caroline Sallé, le 9 mars 2009

Premiers pas au jardin bio

Le printemps arrive, c’est le moment de retrouver son jardin et d’y semer quelques bonnes «écorésolutions» : aérer le sol, recourir aux amendements naturels, favoriser la mixité végétale… Petit inventaire des solutions alternatives pour bien préparer le terrain et limiter l’usage des produits phytosanitaires.

Une poignée de granulés antilimaces par-ci, une goutte de désherbant par-là, quelques pschitts d’insecticides contre les pucerons un peu plus loin… Même si environ 13 millions de Français possèdent un jardin, pas sûr qu’ils aient tous la main très verte. Les bêcheurs du dimanche et autres horticulteurs amateurs épandraient ainsi près de 8 000 tonnes de pesticides par an, soit 8 % du total utilisé sur le territoire. Et à trop multiplier les produits chimiques, on finit inéluctablement par contaminer les nappes phréatiques, appauvrir les sols, polluer l’air… Bref, par faire peser une menace sur la biodiversité en même temps que sur notre santé. La nature ayant bien fait les choses, il existe pourtant des techniques de jardinage plus respectueuses de l’environnement. Et pas forcément plus contraignantes. Démonstration.

• Sol : préparer le terrain

L’hiver a été rude, la terre est probablement lessivée, fatiguée, en un mot : «raplapla». Or, pour réussir un jardin écolo, tous les manuels vous le diront : il est indispensable de disposer d’un sol vivant, riche en humus, capable de nourrir efficacement les plantes. Afin de redonner un équilibre à la terre, François Pauly, responsable de la filière végétale chez Jardiland, recommande «un bon bêchage, à la fois pour aérer le sol et réactiver le travail des micro­organismes». Une manière, en somme, de réveiller la terre en douceur. Dans un second temps, on introduira des amendements organiques ou naturels (compost, fumier, débris végétaux, paillis…) afin de booster sa fertilité. Les plus paresseux pourront toujours se tourner vers des «biofertilisants» prêts à l’emploi, vendus en jardinerie. À condition de les utiliser avec parcimonie…

• Retrouver le bon sens paysan

On ne cesse de nous le répéter : dans un jardin écolo, il faut laisser la nature reprendre ses droits et ne pas multiplier les traitements pour ci ou contre ça. Mais encore faut-il savoir aider la nature… Mieux vaut réviser donc quelques principes de base : identifier la nature de son sol afin d’y cultiver des végétaux qui s’y plairont, être attentif au climat, à l’orientation du soleil et du vent, privilégier les variétés «locales», planter au bon moment, organiser le jardin en fonction des besoins en eau de chaque plante, utiliser un paillis (pas trop tôt au printemps) pour éviter d’avoir ensuite à désherber ou à trop arroser… «En somme, il s’agit de substituer aux produits chimiques et traitements fastidieux un peu de bon sens paysan», résume François Pauly.

• Militer pour la cohabitation végétale

Lorsque le moment est venu de planter ou de semer, l’«écojardinier» applique la technique du «compagnonnage», véritable éloge de la mixité végétale. Comment ? En associant certaines plantes ou légumes entre eux afin qu’ils se protègent mutuellement. «C’est un domaine encore mystérieux sur lequel beaucoup d’informations contradictoires circulent. Ce qui marche pour un jardinier ne fonctionne pas toujours pour un autre, sans que l’on sache très bien pourquoi», reconnaît Antoine Bosse-Platière, journaliste spécialisé à la revue Les 4 Saisons du ­jardin bio éditée par Terre Vivante. Reste que cette méthode empirique, basée sur la seule observation, se pratique depuis des générations. Sesavantages sont d’ailleurs multiples : les plantes possèdent en effet des vertus attractives, répulsives, nourricières… «Alors que certaines ont pour vocation d’éloigner les parasites, grâce notamment à leur odeur, d’autres vont servir à attirer des insectes bénéfiques , autrement dit des auxiliaires qui aident à la régulation des ravageurs et des pollinisateurs assurant de meilleures récoltes, explique François Pauly. On utilisera encore des plantes à larges feuilles pour protéger leurs voisines du soleil ou de la pluie. Sans oublier les variétés qui favorisent la croissance de leurs proches en enrichissant le sol d’azote.» Mieux : le jumelage s’avère un bon outil de gestion de l’espace au sein des potagers, selon Antoine Bosse-Platière. Ainsi, salades et choux, par exemple, ne se gêneront pas : lorsque l’on commence à cueillir les premières, les seconds s’épanouissent tout juste. D’une manière plus générale, «la nature n’aime pas l’uniformité, poursuit-il. Plus il y a de mélange, plus la productivité est importante et moins il y a de ravageurs. Car le foisonnement d’odeurs et de couleurs perturbe notamment le système de reconnaissance de ces derniers». À l’inverse, lorsque l’on cultive une seule sorte de plante ou de légume par carré ou rangée, les ennemis potentiels ont le champ libre. Adieu donc jardins trop ordonnés. Place au désordre réfléchi.

• Les meilleures associations de «bienfaitrices»

Certains mariages de «raison» ont fait leurs preuves depuis longtemps. Ainsi, la ciboulette entre deux plants de groseilliers ou de cassissiers aide à lutter contre l’oïdium. Associer des oignons, de l’ail ou des poireaux à des carottes éloigne la mouche de la carotte et la teigne du poireau. Les excrétions racinaires des œillets d’Inde, des tagetes minuta ou du basilic repoussent les nématodes (vers microscopiques) des tomates. Parmi les plus anciens «jumelages» éprouvés, celui du maïs, de la courge et du haricot : ce dernier stocke de l’azote pour les deux autres, tandis que le maïs sert de tuteur au haricot et que la courge apporte de l’ombre au trio en occupant l’espace au sol. La lavande détourne les pucerons et les fourmis des roses. Ces dernières seront à l’abri des pucerons noirs si elles côtoient la menthe verte ou poivrée. La capucine mêlée aux haricots attire les pucerons mais aussi les auxiliaires qui les dévorent. Elle éloigne également les punaises des courgettes ou des citrouilles. Plantés à proximité des choux, le céleri, le thym, le persil ou encore le romarin luttent contre les piérides – des papillons – et leurs chenilles. Grâce à son odeur, le myosotis évite la prolifération du ver du framboisier. Lorsque l’on fait cohabiter orties blanches et pommes de terre, les doryphores disparaissent. Les limaces feront la grimace si la sauge voisine avec le brocoli. Plus généralement, les plantes aromatiques protègent leurs vis-à-vis des insectes ravageurs.

• Plantes ennemies : je t’aime, moi non plus

Comme les humains, les végétaux n’ont pas forcément d’affinités avec tous leurs congénères. La pomme de terre n’aime ni les courges, ni les épinards, ni les citrouilles, pas plus que les tomates et les radis. La sauge ne s’entend pas avec les concombres, les betteraves ne font pas bon ménage avec les haricots à rames, le chou déteste cordialement les fraisiers. Le cresson préfère rester dans son coin. Le rosier ne supporte pas d’être planté à l’endroit où un prédécesseur a déjà été cultivé. Quant au noyer, il préfère la solitude de peur de déplaire à tous ses partenaires.

• Les limites du compagnonnage

Attention, les cultures associées «sont avant tout un moyen de prévention», rappelle Antoine Bosse-Platière. Si l’invasion de pucerons est déjà bien installée dans un potager, il ne servira à rien de planter des œillets d’Inde. De la même manière, «personne n’a pour l’heure réussi à trouver d’association qui écarte radicalement le redoutable mildiou». Idem pour les mouches mineuses du poireau et du marronnier, qu’aucun compagnonnage ne dissuade réellement. En clair, cette méthode «naturelle» n’exclut pas le recours à une politique plus interventionniste si besoin est. Surtout, elle impose de revoir à la baisse ses critères esthétiques. «Il faut accepter de ne pas avoir de fruits et de légumes parfaits», confirme François Pauly. Une concession que le «biojardinier» a normalement déjà faite. Il sait que l’écologie ne cultive pas la perfection.

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