L’éclosion prochaine des éco-quartiers français

les.echos.fr, Laurence Boccara, le 26 février 2009

L’éclosion prochaine des éco-quartiers français

D’ici à 2012, plusieurs dizaines d’opérations sortiront de terre. Malgré l’absence d’une définition officielle, ces nouveaux  » morceaux de ville durables  » auront des caractéristiques communes : des immeubles économes en énergie, un habitat mixte, des commerces, des bureaux, des espaces verts, des équipements publics, des transports et des voiries pour gérer tous les types de déplacements urbains.  

Les éco-quartiers essaiment partout en France. S’il n’existe pas encore de réalisations achevées, plusieurs dizaines de projets sont en gestation. En moins de deux ans, de nombreuses communes se sont lancées dans la création de  » leur  » quartier vert. A côté des villes pionnières comme Lyon, Grenoble ou Dunkerque, on trouve Lille, Nice, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Rennes, etc. Ces initiatives ne sont pas l’apanage des métropoles. Angers, Auxerre, Saint-Etienne, Saint-Jean-de-Luz, l’Ile-Saint-Denis, Bussy-Saint-Georges, Limeil-Brévannes, Béthune ou encore Merville se sont aussi engagées. Est-ce une volonté des élus locaux de construire la ville durable de demain ou un effet de mode qui met en vitrine un éco-quartier ?  » Le quartier durable n’est pas la dernière tendance du moment. Il existe aujourd’hui un cadre législatif « , précise Pierre Kermen, chargé de la mission développement durable à l’université Joseph-Fourier de Grenoble et ancien élu Vert de cette ville. Une des directives du Grenelle de l’environnement précise que d’ici à 2012  » au moins un éco-quartier devrait voir le jour dans toutes les communes dotées de programmes significatifs de développement d’habitat « .

Ecolo mais pas  » bobo « 

Pour encourager l’éclosion de ces  » morceaux de ville  » à l’échelle du territoire, le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (Meddat) a lancé le 22 octobre 2008 le concours Eco-Quartiers. Objectif de cette initiative ? Inciter les villes volontaires (1) à présenter et valoriser leurs projets.  » En raison des nombreux dossiers en préparation, le dépôt des candidatures a été repoussé au 30 mars. En juin prochain, 5 quartiers exemplaires seront sélectionnés « , indique-t-on au cabinet de Jean-Louis Borloo. Ces opérations urbaines seront jugées selon 7 critères : la gestion de l’eau, celle des déchets, la biodiversité, la mobilité, la sobriété énergétique, la densité et l’éco-construction. Les municipalités distinguées bénéficieront de l’assistance technique d’équipes spécialisées du ministère.

En attendant un label ou un référentiel officiel, bon nombre de réalisations se baptisent trop vite  » vertes « . Le sont-elles toutes ? Pas toujours.  » Cela tourne parfois à l’autodéclaration et à l’autopromotion « , nuance Pierre Kermen. Reste que la réalisation d’un quartier durable ne se résume pas à la construction côte à côte de bâtiments économes en énergie et bardés des normes, telles que la haute qualité environnementale (HQE), la Très haute performance énergétique (THPE) ou le bâtiment basse consommation (BBC). Chaque programme se doit d’afficher un catalogue étoffé de prestations techniques comme la ventilation double flux, les façades double peau, les isolants en triple épaisseur, des panneaux photovoltaïques sur les toits… Toutefois, cette collection de procédés innovants de construction ne constitue pas une fin en soi.  » La surenchère technologique liée à la quête d’une performance énergétique ne suffit pas à créer un quartier. A trop se focaliser sur la technique, on oublie l’essentiel : penser la ville. Il faut fabriquer un lieu où il fait bon vivre avec du monde dans la rue, des crèches, des transports en commun, des commerces en pied d’immeuble, de l’animation de jour comme le soir, en semaine comme le week-end « , alerte Franck Boutté, directeur de l’agence Franck Boutté Consultants, spécialisée dans la conception et l’ingénierie environnementale.

Un besoin d’adaptation

Outre le fait d’offrir presque toujours un parc urbain ou un environnement paysager avec des façades en bois et des toitures végétalisées, ces lieux de vie doivent, selon les architectes et les urbanistes, être reliés au reste de la ville.  » Quel intérêt de créer une cité vivant à part et affichant quatre étoiles en matière de performance énergétique « , s’interroge Alain Jund, adjoint à la mairie de Strasbourg, en charge de l’urbanisme. C’est une des critiques formulées à l’égard des quartiers verts existants à l’étranger comme BedZED à Londres (Royaume-Uni), Vauban à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), Eva Lanxmeer à Culemborg (Pays-Bas) ou Vesterbro à Copenhague (Danemark). Dans plusieurs projets nationaux, les volets transports et déplacements urbains ont été pris en compte.  » La connexion et l’intégration du nouveau quartier au reste de la cité sont des éléments indispensables « , confirme Guy Geoffroy, président de l’association Les Eco Maires. Parfois, le timing n’est pas au rendez-vous. Un des éco-quartiers français les plus avancés, Grand Large à Dunkerque, dont les premiers habitants s’installeront cet été, fait les frais de son  » ancienneté « . Des lignes provisoires de bus seront mises en service pour faciliter l’accès au centre-ville des 200 premiers résidents. Il faudra attendre plusieurs mois pour que ce nouveau secteur appelé à accueillir 3.000 habitants bénéficie d’une desserte définitive.

Autre écueil constaté chez nos voisins : la création de  » ghettos de riches « . Largement subventionnées par leur ville, des opérations pilotes ont été tellement coûteuses que les logements n’ont pu être achetés que par des  » bobos écolos « .

En raison de son retard, la France tire les enseignements de ces  » quartiers laboratoires  » élitistes.  » Il n’est pas question que la qualité environnementale soit réservée aux plus nantis « , affirme Alain Jund. A Limoges, Les Terrasses La Fayette, un projet d’éco-quartier pourtant bien avancé, a été abandonné par son promoteur ING Real Estate pour des raisons financières.  » Il a été impossible de trouver un prix de sortie en phase avec les valeurs pratiquées sur le marché local « , explique Fadia Karan, directrice adjointe développement chez ING Real Estate France.  » Ces opérations ne sont réalisables qu’à condition de trouver une clientèle à qui vendre « , rappelle de façon pragmatique Jean-François Gabilla, président de la Fédération des promoteurs constructeurs (FPC). Pour son futur éco-quartier, Méridia, la municipalité de Nice a imposé aux promoteurs la vente d’appartements à un prix maîtrisé pour loger ses actifs. Les quartiers verts français semblent avoir également intégré la nécessité de mélanger les types d’habitat. Tous prévoient de la promotion privée, de l’accession sociale à la propriété et des logements sociaux.  » La crise immobilière actuelle nous oblige même à renforcer le côté social de nos quartiers. Nous allons transformer certaines opérations privées en logements sociaux. Cet ajustement facilitera l’écoulement de programmes déjà engagés et rendra viables les suivants « , fait valoir un élu.

Né dans les pays du nord et de l’est de l’Europe (Allemagne, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) au climat rigoureux, l’éco-quartier devra évoluer et offrir des solutions différentes aux pays du Sud, où il fait plus chaud.  » Nous réfléchissons avec le CSTB à une logique adaptée au climat méditerranéen « , commente Alain Philippe, adjoint au maire de Nice, en charge de l’urbanisme.

La tendance à l' » éco-quartiérisation  » est dans l’air du temps et se diffuse. Certains dénoncent déjà la  » bedzédisation ambiante  » (en référence à BedZED, le quartier vert londonien).  » La tendance actuelle fait mal aimer les orientations autres que le Sud, les vitrages généreux, le métal, le béton, la minéralisation des espaces publics, le gris, les rues commerçantes, au profit d’une fallacieuse et insupportable idée de campagne en ville « , critique Franck Boutté.  » La ville durable se fabrique grâce à l’éclosion de quartiers jaunes de soleil, bruns de bois et verts de chlorophylle « , poursuit-il. Aujourd’hui, les éco-quartiers s’érigent sur des terrains vierges ou presque : sur le site d’un ancien chantier naval à Dunkerque, d’une ancienne brasserie à Cronenbourg, d’une friche industrielle à Strasbourg ou à la place d’une ancienne usine Testut à Béthune.  » Pourtant, le neuf ne participe qu’à hauteur de 1 % par an au renouvellement du parc immobilier « , souligne Pierre Kermen. Alors, à quand des éco-quartiers dans des vieux secteurs de la ville ?  » Ces nouveaux quartiers vertueux doivent constituer des terrains d’apprentissage et des laboratoires d’idées pour demain. Une déclinaison doit à terme s’appliquer aux quartiers anciens « , soutient l’ancien élu grenoblois.  » Il va falloir industrialiser un processus encore balbutiant « , ajoute Gilles Buna, adjoint à l’urbanisme et à la qualité de vie à la mairie de Lyon. Reste à savoir si ces quartiers d’un nouveau genre se reproduiront à une grande échelle dans les villes.

 

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