Climat : l’avertissement des experts

novethic.fr, Maxence Layet,  le 4 février 2009

Climat : l’avertissement des experts

Le consensus est net. Plusieurs ouvrages, parus entre la fin 2008 et début 2009, aboutissent aux mêmes conclusions. Il reste moins d’une décennie pour obtenir une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Au-delà, la réaction en chaîne climatique, visible en moins de deux générations, deviendra incontrôlable.

Banle-bas de combat ! Côté climat, les avertissements pleuvent en ce début d’année et s’inscrivent dans une véritable convergence internationale. Un consensus notamment relayé par le Worldwatch Institute, un organisme américain de recherche environnemental. « Nous avons le privilège de vivre à un moment de l’histoire où nous pouvons prévenir une catastrophe climatique qui rendrait la planète hostile au développement de l’homme et de son bien-être, » rappelle ainsi Robert Engelman, l’un des directeurs de l’ouvrage « State of World 2009 » rédigé par 47 experts. Le plus grand nombre jamais rassemblés au sein de l’état des lieux annuel du Worldwatch Institute. Parue mi-janvier 2009, sa 26e édition se consacre à « un monde qui se réchauffe ». Selon ce panel d’experts, le temps manque pour suffisamment réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le calme avant la tempête…

Depuis le milieu du 18e siècle, les températures moyennes ont déjà globalement augmenté de 0,8°C. Un degré supplémentaire est d’ores et déjà attendu du fait de l’inertie thermique de la planète et des quantités de GES accumulés entretemps dans l’atmosphère. « Le monde va devoir réduire ses émissions plus drastiquement que prévu, résume le Worldwatch Institute, pour essentiellement ne plus émettre de C02 d’ici 2050 si l’on veut éviter une perturbation catastrophique du climat mondial. » Pour l’un des auteurs du rapport, le climatologue William Hare, il est même impératif que les émissions déclinent au point de devenir négatives après 2050. Sous peine de déclencher un emballement des températures et un compte à rebours climatique lourd de menaces.

A lire les scénarios du quatrième rapport de synthèse du GIEC, le groupe international d’experts de l’évolution du climat, la hausse des températures d’ici 2100 serait comprise entre + 1,1 et + 6,4 C°. C’est l’échelle adoptée par le journaliste Mark Lynas pour détailler dans « Six degrés » (Dunod) les multiples conséquences du réchauffement climatique. Acidification des océans et disparition du plancton, longues périodes de sécheresse, pénurie d’eau douce, érosion des sols et de la biodiversité, zônes côtières condamnées à être submergées… Son voyage dans le temps, au-delà des 2 degrés, se transforme en enfer sur Terre. « Les rétroactions climatiques lentes – retrait des glaces, modifications du cycle du carbone – sont désormais mieux prises en compte. Toutes tendent à confirmer l’urgence de réestimer le taux de réchauffement prévu, » écrit le journaliste britannique. Il nous reste moins d’une décennie pour commencer à réduire nos émissions. »

Deux degrés, point de bascule ?

Pour le GIEC, c’est bien en 2015 que les émissions globales doivent culminer si l’on veut que les concentrations CO² ne dépassent pas les 400 ppm (parties par million) et que les températures n’augmentent pas de plus de deux degrés. Au-delà, l’Amazonie va se transformer en désert et les sols gelés de Sibérie et du Canada « dégazer » de grandes quantités de méthane, amorçant la spirale du réchauffement. Un cercle vicieux impossible alors à réfréner.

Stabiliser le CO2 atmosphérique sous la barre des 400 ppm demande de baisser les émissions de GES de 60 % sur les dix prochaines années. Malheureusement, Lire la suite

Climat : Ca chauffe pour les grands crus…

mescoursespourlaplanète.com, le 4 février 2009

Ca chauffe pour les grands crus…

Certains nectars parmi les meilleurs et les plus célèbres du monde risquent tout bonnement de devoir fermer boutiques et vignobles au cours des cinquante prochaines années, si l’on en croit un article publié par The Guardian dans la foulée de la seconde conférence sur le réchauffement climatique et le vin, qui s’est tenue au printemps 2008 à Barcelone. Car le caractère d’un grand vin (et plus encore des grandes années des grands vins) tient à trois facteurs en plus du choix du cépage : la nature de son sol et de son sous-sol, l’exposition du vignoble et le climat. Problème : en 2050, selon une étude menée par l’université de l’Oregon dans 50 régions viticoles mondiales, il fera 1,2°C de plus dans le Bordelais, et 2°C de plus en Toscane – des climats comparables à ceux d’Afrique du Nord aujourd’hui. Conséquence ? Les raisins arriveront plus vite à maturité, leur teneur en sucre et donc le taux en alcool des vins augmenteront (les Medoc des années 40 titraient entre 11 et 11,5 % d’alcool, contre 13 ou 13,5 % aujourd’hui) – ce qui devrait leur enlever une partie de la subtilité et de la complexité  qui ont fait leur réputation. De nouvelles techniques de culture seront requises pour contrer les caprices du climat, et l’irrigation devrait être introduite dans les régions de production traditionnelles en Europe. Seule autre alternative : délocaliser la production vers des régions plus favorables, car baignées par des courants froids, comme la Nouvelle Zélande, le Chili ou l’Argentine… voire même la Chine, qui est d’ores et déjà le 7ième producteur mondial de vins. Certains propriétaires de grands crus français ont pris les devants Lire la suite

Changer de société ?!

agoravox.fr, Caramelle, le 14 février 2009

Changer de société ?!

« La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. » Pierre Rabhi

Quoi de plus séduisant au demeurant quand on devine ce que Pierre Rabhi veut dire par là.

Mais, quoi de plus périlleux aussi, si l’on passe sans se poser la question fondamentale du changement… de paradigme et d’utopie.

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui entendent la crise comme une opportunité de changement. Et j’en suis ! Mais prenons le temps de la réflexion car il s’agit rien de moins que de changer de cap ! Et c’est énorme !

Je m’empresse de dire ce qu’est mon postulat : on voit ce que l’on croit et non pas l’inverse, telle est ma conviction !

C’est ce qui me fait parler d’utopie et de paradigme plutôt que de l’homme ou de la société tels qu’ils sont car en réalité on ne les voit jamais tels qu’ils sont mais plus simplement, comme on les voit… avec nos yeux, nos prismes déformants et nos partis pris… Et notre regard est indissociable de nos perceptions !

Sur quelle base donc « refonder » notre société ?

C’est à nous tous collectivement d’en décider (c’est l’étymologie même du mot « crise »)… du moins d’en échafauder les principes tant il est vrai que nos gouvernants sont très majoritairement désorientés face à cette crise, notamment en France.

Il n’est que d’écouter les discours présidentiels qui s’enchaînent et se contredisent quand ils ne mettent pas en avant des annonces sans liens entre elles… Je passe sur la suppression des taxes professionnelles si franco-françaises et l’énormité de la question de la mondialisation et des délocalisations… C’est perdre quelque peu le sens des réalités et des proportions, me semble t’il.

Quoi qu’il en soit, quel aveu de désarroi !

De « il faut promouvoir la retraite par capitalisation » ou encore « il faut développer le principe des stock-options » ou de « je veux une France de propriétaires »… même et surtout grâce au crédit… nous sommes soudainement passés à « il faut refonder le capitalisme, le moraliser », « la spéculation c’est fini, le marché qui a toujours raison, c’est fini… », « le monde est passé à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer », « comment ceux qui nous ont mis dans cette situation sont-ils légitimes à nous montrer le chemin pour en sortir ? ».

En effet, je vous retourne la question. N’est-ce pas Monsieur le Président, n’est-ce pas Monsieur Messier ?!

Et comment peut-on encore prédire une sortie de crise milieu 2010 ? Personne n’en sait fichtre rien ! On peut tout juste intuitivement se douter que se sera bien au-delà car il ne s’agit pas d’une seule crise financière ni économique…

Arrêtez là vos élucubrations et laissez-nous réfléchir un peu sérieusement à la question de ce que nous voulons devenir ensemble plutôt que de se demander quand on va pouvoir reprendre vos fâcheuses habitudes !

Il faut nous rendre à ce constat, c’est à la société civile de proposer des pistes et comme j’ai eu l’occasion de le dire dans un précédent article ne pas se laisser confisquer cette indispensable réflexion.

Dans les années 70, on voulait « changer LA société » ; aujourd’hui nous nous trouvons dans l’obligation de changer de société… comme l’on change de civilisation, en tournant la page, assez brutalement et sans que le système de substitution n’ait été réellement pensé par avance…ni n’ait fait l’objet d’un quelconque consensus. On avance en marchant dit-on…

Un changement de société ne se décrète pas, mais Lire la suite

Il faut une discrimination positive à l’égard du “durable”

la-croix.com, Aude Carasco, le13 février 2009

« Il faut une discrimination positive à l’égard du “durable” »

Pour Jean Gadrey, économiste, membre de la commission Stiglitz (1), la crise doit accélérer une réorientation de l’économie vers des activités de proximité

La Croix : Le « Made in près de chez soi » connaît un regain d’intérêt avec la crise. Cela peut-il être durable ?

Jean Gadrey : La relocalisation d’une partie de l’économie va devenir une nécessité, avec la crise écologique. Le fait de faire circuler sur des milliers de kilomètres des produits finis, intermédiaires ou agricoles, a accentué les problèmes environnementaux, sans résoudre la crise alimentaire. Cela a aussi accentué la crise économique que nous connaissons.
Ces constats devraient pousser les organisations internationales à développer l’agriculture paysanne, la production vivrière et d’autres types d’activités de proximité.

Quels types d’emplois pourraient être générés ?

Nous avons besoin d’une reconversion de l’agriculture industrielle vers une agriculture durable de proximité. Il y a moins d’un million d’emplois dans l’agriculture en France. Et seul 1,7 % du territoire est occupé par des fermes bio, contre 10 % en Autriche. D’ici à trente ans, une agriculture durable et bio pourrait générer de un à deux millions d’emplois, dont l’essentiel serait des emplois d’agriculteurs autour des agglomérations.

Cela supposerait une vraie politique publique, nationale et européenne, qui favorise les circuits courts et établisse une discrimination positive en faveur du durable, via des aides publiques, des taxes sur les activités polluantes, une réorientation de la politique agricole commune.
Les énergies renouvelables constituent aussi un vivier d’emplois non délocalisables. Selon NégaWatt, le développement de ces énergies permettrait d’adjoindre 600 000 emplois dans le secteur des énergies et de la réhabilitation des logements.

D’autres emplois disparaîtraient dans le même temps…

Le fait de diviser par quatre ou cinq d’ici à 2050 nos émissions de C02 suppose d’organiser la décroissance de la société de l’automobile, des hypermarchés, du tourisme, du secteur aérien, des industries polluantes.

Si on s’y prend à temps, il est possible de reconvertir ces personnes dans l’agriculture de proximité et de qualité, les énergies, les bâtiments réorientés et les transports en commun.

Le plan de relance français va-t-il dans ce sens ?

La crise pousse les responsables politiques à remettre à plus tard les objectifs de développement durable. Les plans de relance auraient dû servir à réorienter plus vite l’économie vers le durable. Il ne fallait pas donner de l’argent public sans injonction sur les changements de cap. Cela revient à créer les conditions d’une crise encore plus grave plus tard.

Peut-on réorienter l’économie sans qu’il y ait de croissance ?

Garder les yeux sur la croissance est le plus sûr moyen d’enchaîner les crises. Nous avons besoin de repères nouveaux. La crise est liée à l’excès des inégalités et de la précarité. Des indicateurs doivent nous aider à remettre l’économie à sa place en lui fixant d’autres caps, que sont la cohésion sociale, la simplicité. C’est l’objectif fixé à la commission Stiglitz, qui remettra ses conclusions fin avril.

On a atteint un tel degré d’inégalité qu’aujourd’hui le patrimoine réuni (hors résidence principale) des dix millions de millionnaires de la planète atteint 40 000 milliards de dollars, alors que ces millionnaires ne représentent que 0,1 % de la population mondiale. Lire la suite

Castillon la Bataille veut sa déviation

Sud-Ouest, Jean-Paul Vigneaud, le 14 Février 2009

CASTILLON-LA-BATAILLE. Le Conseil municipal demande la remise en route rapide du dossier et de la concertation

Castillon veut sa déviation

 

On pensait les débats sur les projets routiers et autoroutiers en Gironde en sommeil pour longtemps. Eh bien non ! Voilà celui sur la déviation de Castillon-la-Bataille qui redémarre.

Cela fait vingt-cinq ans que l’on parle de cette voie de contournement sur la D 936 (Bordeaux-Bergerac), bientôt dix ans que l’on écrit qu’elle « va se réaliser » et aujourd’hui tout est remis en question. C’est Philippe Madrelle, lui-même, qui a annoncé l’arrêt des démarches aux élus du canton de Castillon, réunis à Sainte-Colombe, mi-décembre. « Nous ne pouvons pas aller à l’encontre des communes et des associations qui y sont opposées. » Les membres de la Sepanso et de l’association de défense de la vie et de l’environnement autour du pas de Rauzan ne pouvaient pas mieux espérer. Depuis des mois, ils ferraillent contre le projet. Avec deux recours devant le tribunal administratif à la clé.

Pour les élus, en revanche, l’annonce de Philippe Madrelle a eu l’effet d’une douche froide. « Abandonner le projet, ne serait-ce que quelques mois, c’est le condamner définitivement. Il faut absolument le relancer », déclare Michel Holmière, maire (proche de l’UMP) de Castillon-la-Bataille. Ce dernier en a marre de voir passer les voitures et camions dans Castillon. « 35 000 véhicules par jour, c’est non seulement un bruit insupportable mais aussi des risques d’accident permanents. »

Une motion

Aussi, a-t-il relancé le débat en faisant voter par l’ensemble du Conseil municipal une motion demandant au président du Conseil général « la reprise de la phase opérationnelle du projet » et réclamant « la mise en place d’un processus réel de concertation permettant des aménagements qualitatifs, de nature à satisfaire les communes riveraines du projet. »

Bien que de sensibilité politique différente, Guy Marty, le conseiller général PS du canton, partage ce point de vue. « Il faut nous remettre autour d’une table, préconise-t-il lui aussi. Pour revoir le projet, faire en sorte qu’il réponde aux souhaits de la population et colle mieux aux nouvelles règles en matière de protection de l’environnement. »

L’élu proche de Philippe Madrelle ne cache pas, toutefois, que la mise au placard momentanée du dossier ne découle pas seulement des oppositions rencontrées. Il y a également des contraintes budgétaires. Au vu de la situation actuelle, le Département a dû revoir ses priorités et donc faire de nouveaux choix.

Ainsi, la déviation de Castillon ne serait pas condamnée mais seulement remise à plus tard. « Plus tard oui, mais relativement vite », souligne Gérard César, conseiller général UMP et président de la Communauté de communes Castillon-Pujols. « Avec Guy Marty, nous sommes sur la même longueur d’onde concernant ce dossier. Nous nous sommes battus pour avoir cette déviation (comme pour celle de Sainte-Foy-la-Grande), nous nous battrons encore pour qu’elle se réalise. »

Pour le sénateur, cette route n’est pas seulement indispensable pour désengorger Castillon-la-Bataille, elle est tout aussi nécessaire pour son avenir. « Les entreprises ont besoin d’axes rapides pour travailler. En plus, en bordure de déviation, nous envisageons de créer une zone d’activité économique. »

Opposants : oui, mais

Francis Ruffié qui, avec Fabian Barnes, anime l’association des opposants de Mouliets, ne se dit pas hostile à une reprise de débat. À une condition tout de même Lire la suite