Le pari mondial de la croissance verte

lemonde.fr, Antoine Reverchon, le 2 février 2009

Le pari mondial de la croissance verte

Aide fiscale aux énergies renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, rénovation du réseau électrique, subventions à la recherche et au développement de produits et de services moins polluants dans l’industrie et les transports, normes environnementales plus sévères… L’une, l’autre ou plusieurs de ces mesures se retrouvent dans le plan de relance de 819 milliards de dollars (639 milliards d’euros) voté par la Chambre des représentants américaine le mercredi 28 janvier, et dans le plan de relance de 26 milliards d’euros adopté par le Parlement français le lendemain, dont les mesures devaient être détailléees le 2 février par le premier ministre, François Fillon.

Mais au-delà des effets attendus à court terme sur l’emploi et l’activité, ce  » verdissement  » des plans de relance, que l’on retrouve en Chine, en Allemagne, au Japon, pose les jalons du basculement d’un modèle économique basé sur le pétrole et responsable du réchauffement climatique, vers un modèle gérant au mieux les ressources de la planète.

Barack Obama s’est inspiré du programme  » Repower America  » élaboré par Al Gore, l’ancien vice président de Bill Clinton, qui prévoit de mettre en place en dix ans un modèle énergétique rendant les Etats-Unis indépendants du pétrole, et donc des pays producteurs. La double signification de power (pouvoir et énergie) prend ici tout son sens. Il s’agit de changer de système économique et de résoudre un problème de sécurité nationale. En France, 35 % des investissements prévus par le plan  » anticipent sur l’application du Grenelle de l’environnement « actuellement discuté au Sénat, a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ex-secrétaire d’Etat à l’environnement.

Mais le risque est alors de voir l’argent public s’engouffrer dans des secteurs ou des technologies non viables. Ceci simplement parce qu’ils bénéficient d’un meilleur lobbying ou d’un effet de mode, redoute l’économiste américain Robert Bell (City University of NewYork M. Bell a mis en évidence les gaspillages engendrés par certains choix technologiques à Washington. De même, ajoute-t-il, des incitations fiscales, couplées au comportement mimétique des marchés financiers, peuvent conduire les investisseurs à créer une nouvelle bulle financière sur la  » green tech ».

Pour que les pouvoirs publics, mais aussi les agents économiques – entreprises, investisseurs et consommateurs – ne s’égarent pas dans un maquis de promesses parées des vertus de l’écologie, les économistes estiment que les prix des biens et services consommés doivent intégrer le coût de leurs effets réels sur le climat, via un prix par tonne de CO2. Seul ce  » signal prix « , indique Cédric Philibert, économiste à l’Agence internationale de l’énergie, peut inciter les industriels à investir dans des technologies propres, les investisseurs à mesurer le risque de leurs choix, les ménages à adopter un mode de consommation plus durable.

L’économiste britannique Terry Barker(Cambridge) a même mis au point un modèle économique montrant que plus le prix du carbone est élevé, plus les investissements massifs que cette contrainte entraîne génèrent une croissance forte, explique son collègue Patrick Criqui (université de Grenoble) . Mais les économistes se divisent sur l’instrument le plus apte à émettre le signal prix : le marché, où entreprises et Etats échangent les tonnes de CO2 au-delà ou en deçà des quotas qu’ils sont autorisés à émettre ? Ou bien la fiscalité, qui taxerait les biens et les services au prorata de leur teneur en carbone ? Les risques de volatilité excessive du prix de la tonne de carbone sur un marché d’autant plus imparfait qu’il n’inclut pas les émissions de l’Inde ou de la Chine font préférer la solution de la taxe carbone à certains. Le directeur de la recherche de la NASA, James Hansen, ou l’économiste Jeffrey Sachs se sont prononcés en sa faveur en attendant l’arbitrage de M. Obama, arguant du fait qu’une taxe fournit aux acteurs économiques un signal clair et constant.

M. Hansen préconise d’en reverser le produit aux ménages afin de relancer la consommation. Jean-Charles Hourcade, directeur du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), propose que qu’elle soit compensée par une diminution des charges sociales, afin de protéger la compétitivité des entreprises… et de relancer l’emploi. Mais commele fait remarquer Benoît Leguet (mission Climat de la Caisse des dépôts et consignations),  » les tentatives d’instaurer une taxe carbone ont toutes échoué  » face à l’hostilité à l’impôt.

Il préconise donc le développement de marchés carbone sectoriels et régionaux, la probabilité d’un marché mondial étant suspendue à un accord international qui sera long à venir. Mais il faudrait pour cela que les quotas attribués soient payants, afin que le carbone ait un prix dès la première tonne émise. Ce n’est pas le choix qui a été fait par l’Union européenne lors de l’adoption du paquet Energie-Climat le 12 décembre 2008 : la plupart des quotas seront gratuits. Ce qui, ajouté à la réticence à adopter une taxe carbone, fait douter l’économiste Olivier Godard, de l’Ecole polytechnique, de la réelle volonté des politiques de s’engager en faveur d’une économie verte. Faute d’une incitation par le prix, ni les entreprises ni les ménages n’abandonneront facilement leur addiction aux énergies fossile.

Pour en savoir plus : www.repoweramerica.org, programme environnemental d’Al Gore, ex-vice-président des Etats-Unis.

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