Jouanno « Mon travail : vendre le Grenelle sur le terrain »

liberation.fr, Guillaume Launay, le 27 janvier 2009

«Mon travail : vendre le Grenelle sur le terrain»

Nouvelle secrétaire à l’Ecologie, Chantal Jouanno met l’accent sur la pédagogie et les concrétisations locales.

Pas de période d’adaptation. A peine arrivée au secrétariat d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno s’est trouvée face à la tempête, la vraie, ce week-end. Elle enchaîne aujourd’hui au Sénat, où débute l’examen de la loi Grenelle 1. Entretien avec celle qui présidait jusqu’à la semaine dernière l’Agence de l’environnement (Ademe), après avoir travaillé auprès de Nicolas Sarkozy sur la mise en place du Grenelle.

< Comment concevez-vous votre place au sein du ministère ?

Mon rôle, c’est do the job. Et d’abord le Grenelle : mettre en œuvre ce projet souhaité par Nicolas Sarkozy, qu’on a imaginé et proposé pendant la campagne présidentielle avec Nathalie Kosciusko-Morizet. Il y a eu la phase de négociation et de transformation en texte de loi conduite par Jean-Louis Borloo, maintenant il faut transformer l’essai. La priorité absolue, c’est le vote des lois Grenelle 1et 2, et la mise en place concrète sur le terrain. Le Grenelle ne doit pas rester qu’un texte. Mon rôle, c’est de faire vivre l’écologie. Le climat, l’énergie, on en a beaucoup parlé. Il faut qu’on s’occupe aussi de la biodiversité, de l’eau, de la gestion des risques, des déchets, de la consommation, de la santé environnementale. C’est un travail d’équipe avec Jean-Louis Borloo, la complémentarité doit jouer.

< Ne craignez-vous pas que la loi Grenelle 1 soit tirée vers le bas par certains amendements ?

Globalement, même si certains ne sont pas acceptables, les amendements renforcent plutôt le texte, comme à l’Assemblée. On est dans une démocratie, c’est normal que le Parlement s’exprime. Si les sénateurs ne déposaient aucun amendement, on leur dirait qu’ils se désintéressent de la question. Plus il y a de débat, mieux c’est, car il faut qu’on continue à faire de la pédagogie. On parle encore trop «techno».

< La majorité a-t-elle évolué sur ce sujet ?

Elle a énormément progressé. Les élus de la majorité, tous les hommes politiques d’ailleurs, sont à l’image de la société. Or le sujet a évolué très vite dans la société.

< Découpage en plusieurs lois, retards… Le Grenelle n’est-il pas devenu illisible ?

Le choix d’avoir une grande loi d’orientation, suivi de lois techniques, permet d’avoir un texte qui fixe bien la ligne générale. On ne mène pas la mutation de la société en claquant des doigts, avec une petite loi de quinze articles. Il ne s’agit pas de mettre du vernis, mais de faire entrer la société dans une autre dimension. Et si ça allait trop vite, on nous dirait «Vous ne faites que du vent». Ce qui est encore dur à faire passer, c’est que l’environnement, qui était le petit ministère, le vernis qu’on étalait pour faire beau, doit devenir l’axe structurant de la politique.

< La crise économique a un peu occulté l’écologie dans le discours présidentiel. La croissance verte est-elle enterrée ?

Moi, je préfère les actes aux discours. C’est ce qui reste. J’ai eu cette crainte à propos de la crise, mais, au contraire, tous les financements du Grenelle ont été votés. Si on veut s’en sortir, il faut prendre des décisions structurelles pour être moins dépendants des aléas de court terme, du pétrole, des matières premières. Enterrer le Grenelle, c’est se garantir que dans cinq ou dix ans, on subira encore une crise cyclique.

< Les ONG s’inquiètent que le Grenelle ne soit pas à la hauteur (Libération d’hier).

Le gros enjeu de 2009, Lire la suite

Le Grenelle peine sur le terrain

liberation.fr, Guillaume Launay, le 26 janvier 2009

Le Grenelle peine sur le terrain

Des beaux discours à Paris, des pelleteuses sur le terrain ? Plus d’un an après le Grenelle de l’environnement, et alors que la loi Grenelle I est discutée au Sénat à partir de demain, les associations écologistes s’inquiètent du retour de projets mis entre parenthèses dans le cadre de la grand-messe verte de l’automne 2007. Et craignent qu’après les élans oratoires de Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo (priorité au rail sur la route, à la réduction des déchets sur l’incinération, à la biodiversité…), les vieux réflexes se remettent en place.

L’Alliance pour la planète, collectif d’ONG qui regroupe entre autres le WWF et Greenpeace, a récemment mis en ligne sa carte de France des «projets Grenello-incompatibles». «Ce qu’on veut montrer, c’est ce qui se met en place, qui va contre des mesures du Grenelle, mais est encore réversible», souligne Gaël Roustan, de l’Alliance. La critique porte parfois sur les principes (comment parvenir à 23 % d’énergies renouvelables en relançant le nucléaire avec un voire deux ou trois EPR ?) mais aussi sur les dégâts environnementaux, la transparence ou le double langage des élus.

Reproches. L’association France nature environnement (FNE), autre acteur du Grenelle, voit elle aussi, via ses associations de terrain, remonter ces inquiétudes. Et pour FNE, si l’Etat n’est pas toujours exempt de reproches, c’est souvent du côté des acteurs locaux, et notamment des élus, que la «dynamique Grenelle» ne suit pas. «On oublie trop facilement les responsabilités de chacun, pointe Sébastien Genest, président de FNE. Aujourd’hui, la priorité c’est de décliner le processus national sur le terrain.» Et de rappeler que quand il s’agit de défendre un tronçon d’autoroute ou une industrie pourvoyeuse de taxe professionnelle, il n’y a plus de droite ou de gauche mais un front d’élus unis : «Le projet de l’autoroute A45 (Saint-Etienne-Lyon), ineptie technique et environnementale, a reçu l’approbation de très nombreux acteurs politiques et économiques locaux», poursuit Sébastien Genest.

Friable. Face aux critiques, l’entourage de Jean-Louis Borloo fait valoir que plusieurs projets ont été stoppés après le Grenelle (1) et que ses services commencent seulement à prendre leurs bâtons de pèlerin : «On se met en ordre de bataille pour porter la bonne parole.» Reste qu’en période de crise, ce volontarisme semble plus friable. Que pèse la biodiversité face au chômage ? «La crise écologique, ce sera aussi de la casse sociale, répond Sébastien Genest. Si on ne change pas aujourd’hui d’échelle, elle n’en sera que plus violente Lire la suite

Dardesheim : La ville qui marche au vent, au soleil, à l’eau

La ville qui marche au vent, au soleil, à l’eau

Le Monde, Marie de Vergès, le 26 janvier 2009

Perchées sur une éminence, les 28 éoliennes du parc de Druiberg, dans le centre de l’Allemagne, se repèrent à des kilomètres. En cette matinée claire et venteuse de janvier, les hélices tournent à un rythme rapide. « Elles ne sont pas si bruyantes, surtout les plus récentes », fait remarquer le directeur technique, Thomas Radach. Il désigne avec fierté, au fond du site, l’éolienne la plus puissante du monde, d’une capacité de 6 mégawatts (MW).

D’ici quatre ans, la région du Harz, où se trouve le parc de Druiberg, prévoit de recourir exclusivement aux énergies renouvelables. Elle veut couvrir les besoins en électricité de ses 250 000 habitants grâce à un système combiné de centrales recourant aux énergies hydraulique, solaire, éolienne ou à la biomasse.

A l’aplomb de la colline, la petite ville de Dardesheim s’enorgueillit d’avoir déjà atteint l’autonomie énergétique. Cette commune d’un millier d’âmes produit annuellement quarante fois plus d’électricité qu’elle n’en consomme. Des installations photovoltaïques ont été installées sur les toits de l’école, de la caserne de pompiers et de nombreux particuliers. En face de la mairie, un compteur indique aux passants la quantité d’énergie solaire produite en temps réel et d’émissions de CO2 ainsi économisées. « En plus, c’est économiquement intéressant, car il est possible de revendre le surplus aux opérateurs du réseau », explique Ralf Voigt, l’adjoint du maire.

Dardesheim sait pourtant qu’elle ne peut se contenter du vent et du soleil, deux formes d’énergie aléatoires car dépendantes de la météo. Une centrale au biogaz a donc été construite à l’entrée de la ville. Enfin, pour compléter le dispositif, le parc éolien de Druiberg est désormais relié à une centrale hydraulique, à une trentaine de kilomètres. Deux énormes citernes y sont alimentées grâce à l’excédent d’énergie produit par les éoliennes. Lorsque le vent tombe ou que le soleil s’efface, les vannes des bassins sont ouvertes de manière à faire tourner deux turbines de 40 MW chacune.

Le même concept doit maintenant être étendu à une plus grande échelle dans le Harz. Le projet, lancé début décembre 2008, est subventionné à hauteur de 10 millions d’euros pour quatre ans par l’Etat fédéral. « Le gouvernement considère qu’il s’agit d’un modèle pour l’avenir. Lire la suite

L’Allemagne, championne des énergies propres

Le Monde, Marie de Vergès, le 26 janvier 2009

L’Allemagne, championne des énergies propres

A Berlin, les bâtiments du Bundestag, le parlement allemand, se veulent un modèle en matière d’énergies propres. Une installation photovoltaïque de 3 600 m2 couvre la totalité des besoins en électricité. Des centrales de cogénération, alimentées en biodiesel, permettent de maintenir une température constante.

L’Allemagne se positionne aujourd’hui à l’avant-garde du développement des énergies renouvelables. Quasi inexistantes il y a une quinzaine d’années, celles-ci représentaient 15,3 % de l’approvisionnement en électricité en 2008. « Aucun pays ne connaît une expansion aussi rapide« , note Claudia Kemfert, experte à l’institut économique de Berlin (DIW).

Berlin a pris la tête du mouvement en instaurant, très tôt, un cadre législatif avantageux. Une loi pour la promotion des énergies renouvelables (EEG) a été adoptée dès 2000, à une époque où le parti vert était membre du gouvernement de coalition. Copiée par de nombreux pays, dont la France, elle garantit aux producteurs un prix minimal à la vente. Le texte est régulièrement révisé pour adapter les tarifs aux progrès technologiques.

En favorisant un retour sur investissement assez rapide, cet outil a donné un coup d’accélérateur au secteur. Les objectifs fixés par le gouvernement ont jusqu’à présent toujours été remplis avec un temps d’avance. En 2007, l’Allemagne a même contribué à plus de la moitié (52,7 %) de l’augmentation de la production d’électricité renouvelable de l’Union européenne (UE), selon l’Observatoire des énergies renouvelables.

La même année, les énergies propres ont permis de réduire de quelque 115 millions de tonnes les émissions de CO2. Un résultat essentiel pour respecter les objectifs climatiques de l’UE, car le pays, qui prévoit de sortir du nucléaire d’ici à 2020, projette de construire des centrales au charbon. Parallèlement, l’Allemagne s’est fixé un objectif de 30 % d’énergies vertes dans sa production électrique à l’horizon 2020.

L’environnement n’est qu’un aspect de l’engagement allemand. L’enjeu est aussi – voire surtout – économique : aujourd’hui, les énergies renouvelables font travailler plus de 250 000 personnes outre-Rhin, et le pays domine le marché mondial de l’éolien et du solaire, en termes de capacité. En pointe, l’industrie éolienne exporte près de 85 % de sa production.

« Le gouvernement tente d’accompagner le mouvement grâce à un soutien massif en faveur de la recherche sur les techniques », Lire la suite