Maris, Limites de la croissance : la revanche de Meadows

marianne2.fr, Bernard Maris, le 22 Janvier 2009

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.

Limites de la croissance économique : la revanche de Meadows

Lors de la parution de son rapport sur les limites de la croissance, en 1972, Meadows était la risée de ses confrères économistes. Aujourd’hui, il est considéré comme un visionnaire et vient même de recevoir un prix. La crise a fait au moins un heureux.

Le professeur Meadows vient de remporter le « Japan Prize », l’un des prix scientifiques les plus prestigieux, pour un ouvrage qu’il a dirigé en 1972. Soit… 37 ans plus tard. Le rapport du professeur Meadows s’appelait « Les limites à la croissance » et il a été traduit en France sous le titre « Halte à la croissance ! » En effet le professeur Meadows, et les autres, proposaient, tout simplement, une croissance zéro. Meadows n’est pas si vieux que ça, il a 66 ans. Il a été prof au prestigieux Mit, Massachussets Institute of Technologie. Moi qui ai fréquenté les milieux économiques, je n’ai jamais vu autant de ricanements, je veux dire autour de Meadows et de son rapport. Meadows était un gauchiste au pire, un idéaliste au mieux, un ennemi du progrès, un amateur des cavernes et de la viande boucanée, un ennemi du Sud et des pauvres qui ne demandaient qu’à se développer ou à s’enrichir etc. etc.
Son rapport reposait sur une hypothèse infiniment simple. Les ressources sont limitées : le pétrole, le charbon, l’eau, l’uranium, les forêts, n’existent pas à profusion. Or la population humaine semble devoir croître indéfiniment. Et les besoins de la population humaine croissent encore plus vite que la population elle-même. Rien de commun entre les besoins de l’Américain moyen et les besoins du Bushiman ou du Pygmée lambda. Donc l’humanité va se heurter de façon dramatique au mur de la rareté. Cqfd. Stop à la croissance, vive la croissance zéro, arrêtons tout.

Meadows et Malthus avaient seulement raison trop tôt

Ce qui faisait ricaner les économistes. Ils s’esclaffaient, même. Ah ! ah ! Tout ce que dit Meadows, Malthus le disait déjà, Malthus le pasteur de l’apocalypse économique. Il disait ça en 1800, dans son « Essai sur le principe de population » et nous sommes en 1972, ah-ah ! Car Malthus, pas plus que ce pauvre Meadows, n’avait prévu une chose : la hausse des rendements ! l’incroyable progrès de la productivité qui fait que le quintal de blé produit par cent paysans en 1800 est produit par un seul paysan aujourd’hui. Et les économistes de rire.
En réalité, il n’y a pas de quoi rire. Malthus et Meadows ont simplement eu raison trop tôt. Le mur de la rareté approche, et nous allons nous heurter contre lui. Nous avons eu quelques prémisses de la crise des matières premières, la crise de l’eau est proche, les déchets commencent à envahir le monde, et la technique, hélas, n’a pas que des effets positifs. La technique peut être maléfique. A suivre.

La devinette du jour. Un nénuphar double de surface tous les jours et occupe la surface du lac au bout de cent jours. A quel jour était-il à la moitié ? (Réponse : la veille).
Retrouvez la chronique de Bernard Maris du lundi au jeudi à 6h50 sur France Inter.

 

2 Réponses

  1. Bonsoir Pascal,
    C’est un plaisir de lire cette chronique e Bernard Maris qu’on a l’impression d’entendre.
    Je note de mon coté des articles interessants sur le rechauffement climatique. Je ne sais pas s’il serat possible de les iffuser ainsi.A bientot

  2. Deux précisions :

    1 – Le titre français n’était pas « Halte à la croissance ! » mais « Halte à la croissance ? ». Cette petite différence de ponctuation a beau sembler très subtile, elle n’en change pas moins énormément la signification du titre.

    2 – Réduire le rapport Meadows à l’apologie de la croissance zéro est ignorer son contenu et son message : c’est aussi faux que de dire que ce rapport prônait le retour à la bougie. Pour l’équipe Meadows, la croissance zéro n’a pas plus de sens que la croissance exponentielle sans limites du système économique actuel. Entre les deux, il y a de très nombreux possibles, notamment celui d’utiliser la croissance de manière ponctuelle dans le temps au service de la société, de ses besoins et de son évolution. Ceci est d’autant plus vrai qu’en 1972, l’équipe Meadows indiquait qu’il restait encore une marge importante de croissance possible avant que des limites du monde physique (à cette croissance) ne soient atteintes (la situation est probablement très différente aujourd’hui).

    Là où Meadows et son équipe étaient idéalistes, c’était lorsqu’ils professaient cette croyance indéfectible en la capacité d’une société humaine complexe à évoluer en l’absence de danger immédiat, avant de se retrouver au pied du mur. Sur ce point-là en tout cas, l’Histoire a probablement déjà montré qu’ils s’étaient trompés.

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