Jean Zin : Les 4 alternatives écologistes

Jean Zin, le 7 décembre 2003

Les propositions des écologistes me semblent pouvoir se répartir selon 4 axes :

1) la correction de la valeur économique afin d’obtenir une « vérité des prix » écologique, l’internalisation des externalités par des taxes et l’orientation des mécanismes de marché vers les solutions écologiques (ecolabels, commerce équitable, normes, subventions) ainsi que la constitution d’un secteur protégé hors marché (biens communs et tiers-secteur). Ces mécanismes correctifs (de régulation par le marché) sont sensés rendre le productivisme capitaliste plus efficace écologiquement moins destructeur et plus durable. C’est donc ce qu’on peut appeler le productivisme durable.

2) Une autre façon de résoudre le problème d’une croissance destructrice serait de restreindre le productivisme en ralentissant la croissance, dans la production par la réduction continue du temps de travail et dans la consommation par la frugalité volontaire, tout cela sans changer la logique du système mais en luttant simplement contre ses excès et en essayant de garder les protections salariales. C’est la même chose, mais en moins (ou en mieux), une économie « plus économe », ce qu’on peut appeler un productivisme bridé.
3) Ceux qui défendent une décroissance conviviale se situent par contre clairement dans une alternative au productivisme et une critique de l’économisme dominant. C’est la version politique de l’écologisation de l’économie, les régulations économiques étant remplacées par des régulations collectives débattues publiquement. Ce n’est pas un retour aux économies planifiées et centralisées puisque c’est au contraire une relocalisation de l’économie, une auto-gestion démocratique décentralisée de la production et des échanges ; mais il faut bien dire que les modalités et leur efficacité restent problématiques.

4) Enfin, la dernière façon de répondre à un productivisme insoutenable est de construire une production alternative tirant partie de la révolution informationnelle pour réorienter l’économie sur le développement humain, les services et les consommations immatérielles en passant d’une logique concurrentielle à une logique coopérative et d’une productivité à court terme à l’investissement dans l’avenir, c’est-à-dire en développant l’autonomie de chacun, en particulier l’autonomie financière par une garantie de revenu. C’est la seule alternative concrète qui me semble à la hauteur des mutations en cours et d’une écologie qui doit nous apprendre à penser à long terme.

On remarquera justement qu’il y a une certaine gradation dans ces différentes alternatives, à plus ou moins long terme, et chacune des politiques défendues est susceptible d’utiliser accessoirement les propositions précédentes. Ainsi, la décélération de la croissance ne répugne pas à utiliser les écotaxes, la décroissance conviviale prône la réduction du temps de travail et la multiplication par 10 des prix du pétrole, le revenu garanti est inséparable d’une relocalisation de l’économie et les coopératives municipales ne peuvent se passer de régulations collectives, etc. Pourtant ces stratégies ne sont pas équivalentes ni toujours compatibles et, pour des écologistes, les mesures à court terme ne prennent sens qu’en fonction des objectifs à long terme. C’est pourquoi, même si le revenu garanti n’est pas notre horizon immédiat, il me semble que c’est seulement dans ce cadre qu’on peut parler d’une véritable alternative écologiste.

Il s’agit d’examiner les arguments pour ou contre chacune des solutions afin d’essayer de construire un consensus à partir de nos divergences, sur la pertinence et le cadre des politiques à défendre selon le contexte et les enjeux.

1) L’Eco-économie libérale (vérité des prix, pollueur payeur, Lester R. Brown)

Il y a tout un courant d’économie écologiste, déjà ancien (Pigou 1920, Odum 1955, Georgescu-Roegen 1966) qui essaient d’intégrer dans l’économie les coûts écologiques (externalités). Le défaut du marché serait de ne pas refléter la vérité des prix qu’il suffirait de rétablir, pour certains, par des écotaxes ou une internalisation des « externalités négatives » (c’est le mot d’ordre « pollueurs payeurs » des écotaxes qui donne le droit de polluer aux plus riches et suppose qu’on peut donner un prix à la pollution) alors que d’autres prétendent substituer à la valeur économique une mesure objective de la valeur par l’énergie incorporée (émergie!). L’orientation des mécanismes de marché vers des solutions plus écologiques se fait essentiellement par la fiscalité, les normes, les subventions, si ce n’est de simples ecolabels. On peut rattacher le commerce équitable à ces versions écologiques d’un marché régulé et d’une vérité des prix. Dans ces conceptions purement économiques de l’écologie, un secteur de biens communs est protégé, exclu du marché, et un tiers-secteur se constitue en marge du système pour intégrer les exclus du travail salarié mais on peut douter du caractère alternatif de ce tiers secteur, défendu par Jeremy Rifkin, qui est plutôt un résidu du marché et du salariat, de zones laissées en friche par manque de rentabilité marchande.

Dans cette perspective, il n’y aurait aucune antinomie entre écologie et croissance économique, la croissance étant une lutte contre la rareté. Les partisans de l’éco-économie « soulignent qu’il va falloir changer en un temps record l’essentiel de nos infrastructures : remodeler l’urbanisme, changer d’habitat, reconfigurer les moyens de production dans la plupart des industries, etc. Cet énorme effort d’investissement est générateur de croissance et, à la fois, nécessite de la croissance pour être mis en œuvre : la croissance faible des vingt dernières années en Europe a plus freiné la transformation écologique des modes de production et de consommation qu’elle ne l’a accélérée » (Alternatives économiques, janvier 2004). De plus, le simple fait d’imposer des écotaxes supplémentaires est mécaniquement un facteur de croissance du PIB !

Pour : Le meilleur argument ici, c’est la faisabilité immédiate puisqu’il n’y a rien à changer, ou presque, en dehors de la fiscalité et de normes, avec des effets à court terme qu’on ne saurait négliger. Il y a même un certain nombre de cas où ces mesures peuvent régler de véritables déséquilibres ou amorcer des processus à très long terme. C’est la logique de Kyoto. On peut dire que ce capitalisme régulé est un minimum. Il n’y a pas de raisons de s’y opposer, il faut pousser tout ce qui va dans le bon sens. Un argument à prendre en compte, c’est la maîtrise démographique qui est l’un des premiers effets du décollage des économies et de l’accès des femmes au travail salarié ; la croissance économique aurait donc dans ce cas des effets écologiques positifs.

Contre : Ce n’est pas une solution à long terme à la hauteur des menaces écologiques, c’est bien le mode de développement qu’il faut changer. Ce qu’on économise d’un côté, on le perd de l’autre. Il y a presque toujours un effet rebond : « à chaque fois qu’on a réussi à économiser telle ou telle matière première pour produire un bien ou un service, l’effet de ce gain d’éco-efficience a été plus que compensé par un accroissement encore plus important des quantités produites » (Alternatives économiques). L’inconvénient c’est donc surtout d’entretenir l’illusion que cela pourrait être suffisant, justifiant de continuer les destructions industrielles. La promotion du développement durable sert surtout à ne rien faire ou presque. Il n’y a pas de valeur objective et l’énergie n’est pas l’unique valeur (on n’est pas un système dynamique fermé mais ouvert). On ne peut internaliser les externalités car tout n’est pas mesurable et quantifiable. Les valeurs vitales n’ont pas de prix. En général, ces théories restent prisonnières de l’ancien schéma industriel fordiste, incapables de prendre en compte les transformations considérables que nous vivons dans la production comme dans la consommation, le passage de la société énergétique à la société de l’information. Enfin le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a aucun souci d’écologie sociale dans les écotaxes qui sont supportées par les plus pauvres sans gêner les plus riches. Comme tous les mécanismes de marché, les écotaxes aggravent les inégalités en donnant l’exclusivité du droit de polluer aux riches. On doit préférer des systèmes de quotas, quand c’est possible.

2) Ralentissement de la croissance (RTT et frugalité, JM Harribey)

Une tendance plus ambitieuse, face à l’impasse de la croissance propose des mécanismes sensés réduire production et consommation par la réduction du temps de travail et une frugalité volontaire (ou simplicité volontaire, ou sobriété) qui devraient transformer le productivisme en économie économe sans changer la logique du système mais en luttant simplement contre ses excès tout en essayant de sauvegarder les protections salariales. On peut y rattacher les écologistes influencés par les syndicats gauchisants et dont l’idéologie salariale prétend équilibrer le pouvoir du capital par les syndicats de salariés jusqu’à contrôler les entreprises pour en changer la logique en imposant des productions écologiques et socialement responsables ! Comment arriver à brider le productivisme du système capitaliste sans en changer le fonctionnement ? Essentiellement par des normes, des taxes mais surtout cette réduction du temps de travail qui voudrait nous condamner finalement à ne travailler que 2 heures par jour ! C’est une vision assez uniformisante et étatique du contrôle de l’économie (un Etat fort contre l’argent fort).
Pour : La réduction du temps de travail a plusieurs avantages. Sur le court terme elle peut aider à diminuer le chômage, elle favorise la vie de famille, améliore la vie des femmes surtout, laisse plus de temps à la production de soi (formation, information) et à toutes les activités non marchandes indispensables à la production, bien que non rémunérées. On peut penser aussi que la frugalité volontaire a valeur d’exemple, témoignant du sérieux des menaces écologiques.

Contre : La RTT est une mesure adaptée à une production de masse et des emplois standardisés mais qui se trouve décalée par rapport à une production flexible et l’individualisation des parcours. Surtout, le temps de travail est de moins en moins significatif n’ayant plus de sens dans les travaux créatifs et la résolution de problèmes. Il faudrait préférer le « temps choisi » et la modulation du temps travaillé selon les âges de la vie plutôt qu’une réduction uniforme des heures travaillées. Contrairement aux attentes, les 35h ont favorisé la flexibilité et la désorganisation des temps sociaux. Enfin cela ne réduit en rien le productivisme et si le temps hors travail peut en être amélioré, le stress au travail a lui plutôt augmenté. Ni la réduction du temps de travail ni la frugalité volontaire n’affectent significativement un productivisme qui s’accommode d’un chômage de masse et d’une misère immense, frugalité non volontaire de milliards d’humains qui ne freinent en rien les destructions écologiques d’un système industriel qu’il faut réorienter vers l’immatériel et les services. Le gaspillage ne résulte pas de nos faiblesses individuelles mais du système de production lui-même, il est complètement structurel dans notre société de consommation. On peut dire comme Hannah Arendt que « rien de pire qu’une société de travailleurs sans travail », et, comme le reprend Serge Latouche, « rien de pire qu’une société de croissance sans croissance ».

3) Décroissance conviviale (régulation politique, Serge Latouche)

Pour les partisans de la décroissance conviviale, non seulement la croissance n’est pas soutenable, ni notre mode de développement, mais c’est l’économie elle-même qu’il faut dépasser en repolitisant et relocalisant l’économie. On remplace donc le marché par une autogestion par les communautés locales de leurs ressources et de leurs échanges, redéfinissant leurs besoins et supprimant le gaspillage. Passage au politique, à une gestion collective mais contrairement aux économies planifiées centralisées c’est un processus démocratique décentralisé. Il faut bien dire pourtant que les modalités et leur efficacité restent problématiques au-delà des mesures préconisées par les précédents (sobriété, écotaxes, RTT). Il faudrait se débrouiller avec les 6 « R » : réévaluer, restructurer, redistribuer, réduire, réutiliser, recycler.

Pour : La dimension politique est effectivement essentielle, d’un projet collectif débattu démocratiquement, ainsi que la construction d’une production alternative relocalisée. Les critiques adressées au développement prétendu durable sont très justes. Mettre en avant le terme de décroissance a un effet pédagogique certain. Il y a beaucoup d’expériences et de propositions à prendre en compte.

Contre : On peut y voir un certain volontarisme irréaliste, une surévaluation du politique alors que les forces sociales qui seraient nécessaires manquent absolument. On ne peut supprimer complètement la spécificité économique. La décroissance est nécessaire mais cela reste un objectif quantitatif alors qu’il faudrait passer au qualitatif; à ce qui devrait constituer notre projet collectif. Il ne faut pas assimiler croissance et développement, même si on utilise habituellement un mot pour l’autre : pour les écosystèmes la croissance est quantitative, exigeant de l’énergie supplémentaire, alors que le développement est qualitatif, c’est une complexification et une optimisation de l’utilisation énergétique (bottom-up). Enfin la révolution informationnelle est la plupart du temps complètement ignorée ou même rejetée violemment. On reste dans l’économie énergétique, voire pré-industrielle au lieu de s’affronter aux défis de l’économie immatérielle post-industrielle.

4) Libération des nouvelles forces productives immatérielles (revenu garanti)

Nous sommes rentrés avec la révolution informationnelle et ses réseaux de communication dans une nouvelle économie bien différente de l’économie fordiste des 30 glorieuses. On désigne habituellement notre économie globalisée comme capitalisme financier (patrimonial), après le capitalisme managerial et le capitalisme entrepreneurial (l’actionnaire après le dirigeant et le propriétaire). On peut cependant la caractériser bien mieux par son contenu, de plus en plus immatériel, par son organisation en réseau ou par son pilotage par objectif (après la planification autoritaire). Ce n’est pas tout. A l’opposée de l’économie de l’offre industrielle, nous sommes désormais dans une économie de la demande et des services, d’une production flexible, en flux tendu, épousant la demande « en temps réel », dictature du court terme et du temporaire. Le travail aussi a été complètement transformé par l’arrivée des ordinateurs personnels et de l’automation. Plutôt que subordination ou force de travail, on demande désormais au travailleur un haut degré d’autonomie et la capacité de résolution de problèmes. Cette évolution positive a pour contrepartie une extension de la précarité et des exclus, ainsi que l’apparition d’une « fracture numérique », pour lesquels les protections sociales actuelles sont scandaleusement inadaptées, développant la misère au sein même des pays riches. La question de la garantie du revenu insiste des retraites aux chômeurs, aux intermittents du spectacle, aux travailleurs pauvres, aux minima sociaux, base d’une nouvelle sécurité sociale et premier pas dans la démocratisation de l’accès à un emploi valorisant. En effet, le monde qui s’ouvre avec la mutation informationnelle (Internet, logiciels libres) est celui de l’accès, du développement humain, de la coopération et de la gratuité (car la reproduction de l’information a un coût marginal presque nul).

A partir de cette situation historique c’est donc une libération des nouvelles forces productives immatérielles, par la construction de nouveaux rapports de production coopératifs et d’une production relocalisée alternative au capitalisme marchand, qui nous permettra de sortir du productivisme et de réorienter les consommations vers l’immatériel et les services. Il n’est pas question de se fier à une évolution technique qui se fait sans nous et nous dépasse mais ne nous sera pas favorable si nous ne faisons rien, si nous ne tirons pas parti des nouvelles possibilités qui s’offrent et ne luttons pas contre leurs conséquences néfastes. Rien ne se fera sans un projet collectif, une vision de notre avenir commun qui oriente nos politiques et structure notre économie.

Les alternatives qui prennent en compte l’ère de l’information dans toutes ses conséquences sont assez nombreuses, bien qu’elles manquent singulièrement de visibilité dans le conformisme ambiant. Il y a à la fois de très nombreux points communs entre différents auteurs et des points de vues très divers, plus ou moins radicaux. Amartya Sen (prix Nobel 1998) n’est pas classé ordinairement comme écologiste mais son développement humain comme développement des libertés et des capacités de l’individu me semble aussi incontournable que sa critique du PIB au profit d’indicateurs humains. On peut ajouter que la première condition de l’autonomie (pour les femmes notamment), c’est l’autonomie financière et donc la garantie d’un revenu. Pour des auteurs de plus en plus nombreux, l’alternative se construit donc autour du revenu garanti, à distinguer du revenu d’existence de Yoland Bresson (universel mais trop faible). En effet, André Gorz a montré la nécessité d’un revenu « suffisant » garanti, revenu de résistance ou d’autonomie permettant de ne pas être condamné aux petits boulots sous-payés. Un revenu garanti suffisant pousse les salaires et conditions de travail à la hausse, alors qu’un revenu insuffisant les pousse à la baisse. Il est a noter qu’André Gorz était opposé au revenu garanti il y a quelques années.

Pour certains le revenu garanti ne serait qu’une adaptation au capitalisme cognitif alors que c’est la base d’une production alternative et de nouveaux rapports de production, la transition exigeant une économie plurielle, avec pluralité des moyens d’échange (monnaies locales). Les Systèmes d’Echanges Locaux (SEL) en sont les précurseurs. Economie « avec marché » et non pas économie « de marché » comme le souligne Jacques Robin depuis longtemps. Bookchin a montré la nécessité de coopératives municipales dans une indispensable relocalisation de l’économie et valorisation des compétences disponibles par les échanges locaux. Le distributisme réclamait depuis les années 1930 un revenu distribué à tous (sous forme d’une monnaie de consommation, non thésaurisable), afin surtout d’éviter les surproductions, et rejoint chez quelques uns ces nouvelles versions du revenu garanti en abandonnant plan, service social et contrat civique sensés définir rigidement nos besoins. Certains vont jusqu’à prôner la suppression de la monnaie (démonnaie), rejoignant l’économie de la gratuité de Bertrand de Jouvenel. Cependant, s’il faut étendre le champ de la gratuité supprimant les coûts de transaction et remplaçant les fluctuations du marché par une gestion politique du commun, ce n’est sûrement pas généralisable à tout et plutôt que de supprimer toute monnaie de la surface de la Terre (ce qui n’est pas possible car tout peut servir de monnaie comme autrefois le sel ou le chocolat), il faudrait plutôt des monnaies plurielles car la monnaie constitue une information précieuse et qui peut être indispensable pour valoriser un service ou pour adapter l’offre à la demande. Ce sont les consommations immatérielles et les transports en commun qui devraient être gratuits (ou payés avec une monnaie spécifique distribuée sous forme de bons par exemple) mais les marchandises et l’énergie ne peuvent pas être gratuites. Les luttes contre la brevetabilité du savoir et du vivant sont ici un enjeu clé, admettre que la logique de la concurrence et du profit n’est pas adaptée à la création collective, ni à la recherche coopérative (culture, sciences, logiciels libres). Le capitalisme n’appartient pas à l’avenir qui s’ouvre devant nous, celui de la production immatérielle même s’il gardera toujours une place importante dans cette économie de service, à côté de l’agriculture!

Pour : Indispensable alternative à la hauteur des enjeux écologiques et de l’économie de l’avenir. Sa construction peut commencer localement sans attendre l’inutile grand soir car un nouveau système économique ne se bâtit pas en un jour. Son projet est mondial car ces idées insistent et se rejoignent de partout dans le monde (en Amérique du Sud notamment) malgré leur apparence marginale, en plus ou moins complète contradiction avec la logique économique que nous subissons encore, idées qui s’affermissent au fil des ans, au lieu de s’affaiblir, et gagnent les opposants d’hier. Le revenu garanti est une déclaration de paix sociale, base d’une complète réadaptation de nos protections sociales aux nouvelles forces productives et fin d’une pression économique productiviste (par la dépendance de prolétaires, dépourvus de tout, à la merci du capitalisme salarial). C’est une mesure qui s’impose comme seule solution réaliste à la précarité et l’intermittence qui se répandent. C’est en même temps la base d’une réorientation de l’économie vers le développement humain (la production de l’homme par l’homme) et donc vers les services. C’est, enfin, une conception non étatiste de l’économie, qui table sur le développement de l’autonomie des individus pour valoriser leurs compétences grâce à des structures collectives et construire une société plus écologique en passant d’une logique concurrentielle à une logique coopérative et d’une productivité à court terme à l’investissement dans l’avenir.

Contre : Les forces sociales sont très conservatrices (surtout les syndicats) et ces propositions ne sont soutenues pour l’instant par aucune structure politique française (sauf AC!). Il semble difficile d’avoir des débouchés à court terme, bien moins que sur le terrain de la réglementation du marché. Non seulement la base sociale est faible, dispersée, inconsistante mais il y a de fortes oppositions idéologiques à ce qui est qualifié d’assistanat (par les riches bénéficiant de l’assistance familiale) et accusé de tous les maux, de la misère même (on dit que c’est une « trappe à pauvreté »!). L’idéologie salariale et l’attachement quasi religieux à la « valeur-travail » y apportent beaucoup de confusions et de blocages avec pour résultat de laisser misère et précarité se développer sans protections. On voudrait obliger tout le monde à travailler alors même que les emplois manquent tout autant que l’argent pour les payer, sans savoir quoi faire faire à qui, comme si tout le monde était pareil et pouvait prendre n’importe quel travail… Il est certain qu’il faudra encore un assez long débat public pour faire admettre la légitimité de ces revendications qui insistent malgré tout et s’imposent dans les faits. Pour l’instant il y a encore trop de contradictions entre positions proches et une grande imprécision des procédures pratiques. Ce n’est pas un projet bouclé mais une réflexion en cours, qui travaille les mouvements sociaux. Pour la plupart, au regard de l’ancienne économie, c’est une pure utopie et on peut craindre de faire passer ainsi l’écologie pour une utopie alors que c’est le système de production actuel qui est utopique à plus ou moins long terme. Malgré toutes ces objections, un revenu garanti reste absolument vital pour un nombre de plus en plus grand de précaires et cette idéologie du plein emploi coûte vraiment trop cher aux chômeurs.

 [Je n’ai pas pris en compte toutes les tendances écologistes, celles qui revendiquent un certain archaïsme ou conservatisme, celles qui veulent un recentrage communautariste ou le retour aux traditions. J’ai aussi ignoré délibérément les tentations protectionnistes ou de repli sur soi ainsi que les tendances purement environnementalistes ou ne se préoccupant que de la qualité de la vie, tout simplement parce que rien de tout cela ne répond au défi qui nous est posé au niveau planétaire d’un mode de développement qui n’est ni durable ni généralisable et auquel il faut trouver une alternative concrète.]

 

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