Partrick Viveret : Reconsidérer la richesse

Terre TV, décembre 2008

A vos agendas ! Les 5èmes Assises Nationales du Développement Durable se tiendront à Lyon les 19, 20 et 21 janvier 2009. Organisées par la Région Rhône-Alpes, ces assises mettront l’accent cette année, crise oblige, sur les richesses. Comment concevons-nous la valeur ? Tous les flux financiers se valent-ils ? Quels ingrédients pour que économie, finance et satisfaction des besoins de l’individu, de la société, de la planète puissent converger ? Telles seront les questions auxquelles tenteront de répondre les débats mais aussi les expositions, films, animations, et spectacles de rue qui se tiendront à cette occasion.
En prévision de cet évènement, nous avons rencontré le philosophe et président de l’Observatoire de la décision publique Patrick Viveret.

C’est ici Lire la suite

La décroissance par Paul Ariès

Dailymotion, août 2008, Paul Ariès

La décroissance

Il faut en finir avec l’idée que plus serait égal à mieux.

Notre société a complètement sombré dans la démesure. Nous ne sommes plus capables de nous donner des limites.

Lorsqu’un individu n’est pas capable de se donner des limites, il va les chercher dans le réel : développement des conduites à risque, toxicomanies, suicide, …

Lorsqu’une société n’est plus capable de se donner des limites, elle va aussi les chercher dans le réel : épuisement des ressources naturelles, réchauffement planétaire, explosion des inégalités sociales…

Donc la grande question pour le 21ème siècle est de renouer avec la capacité de se donner des limites. Et pour cela, en finir avec la dictature du capitalisme, du productivisme, et d’affirmer la primauté du politique et du culturel.

Pour faire ça, il faut cesser de refouler ce que nous savons tous déjà. Cela tient finalement en deux choses. Aujourd’hui, 20% des humains (dont nous sommes) s’approprient 86% des ressources naturelles. Imaginez que vous invitez à votre table quatre amis. Vous avez un gâteau. Vous faites 5 parts. Vous mangez les 4 premières parts et vous laissez la cinquième aux quatre autres.

Voilà aujourd’hui la situation planétaire… la suite sur Dailymotion : Lire la suite

Les voeux 2009 de Corinne Lepage

Tribune France-Culture du lundi 5 janvier 2009

Corinne Lepage : 2009, la nécessaire « rupture »

Pour cette première chronique de l’année 2009,  je présente bien entendu mes vœux à chacun d’entre vous, de santé, de joies, de réussite et de succès. Ces vœux individuels doivent bien évidemment s’accompagner de vœux collectifs. Mais, quels vœux faut –il formuler pour notre pays en 2009 ?

Tout d’abord, ne pas nous tromper d’objectif. Il serait bien possible que la réticence de la France à entrer dans l’hyperlibéralisme, qui a été présentée comme un retard et une incongruité devienne un avantage compétitif. Le maintien  des services publics, une sécurité sociale et un régime de protection sociale effectifs, un régime d’indemnisation du chômage  qui reste protecteur, un système de retraite par répartition qui n’a pas fait les frais du drame des retraites par capitalisation, un taux d’emprunt des ménages qui a été maintenu à un niveau raisonnable, tout ceci constitue aujourd’hui des forces incontestables pour affronter les orages qui montent…. A la condition bien sûr que ce ne soit pas le moment choisi pour engager ou renforcer des réformes dont l’objectif serait précisément de nous précipiter dans le reaganisme à l’époque où les États-Unis et la Grande-Bretagne vont en sortir.

Ensuite, prendre le bon tournant économique. On ne peut douter aujourd’hui qu’un deuxième plan de relance s’avérera indispensable très rapidement. La question n’est même pas celle de savoir si nos finances publiques peuvent le supporter, puisque nous savons tous qu’en temps normal, il ne pourrait en être question.

Mais, à circonstances exceptionnelles, règles exceptionnelles.

La question est de savoir à quoi doit servir ce plan de relance. À l’évidence, à financer les investissements dans les secteurs qui seront la base de l’économie du XXIe siècle, c’est-à-dire les énergies renouvelables, l’éco efficience dans tous les domaines à commencer par le bâtiment, la recherche et l’économie de la connaissance, les outils de la société du réseau. Mais il ne s’agit pas seulement de financer les investissements, il s’agit également de former nos concitoyens pour leur permettre d’accéder aux nouveaux métiers, ce qui signifie que le traitement social du chômage inhérent à la récession qui s’annonce doit être aussi un traitement en termes de formation professionnelle. C’est la raison pour laquelle le fléchage de crédits vers d’autres secteurs économiques que ceux qui viennent d’être énumérés, dans le seul but de sauvegarder une activité qui ne répond plus à la demande, est non seulement parfaitement vain, mais encore irresponsable dans la mesure où ces fonds ne serviront précisément pas à sortir de la crise. En effet, ils permettront une survie de secteurs condamnés à la disparition sous leur forme traditionnelle sans donner l’impulsion nécessaire aux secteurs économiques qui produiront la richesse et les emplois de demain.

Cette révolution économique à laquelle la crise nous incite ne peut se faire que dans un esprit de solidarité et de justice. La solidarité s’exprime non seulement par le soutien aux plus modestes et aux plus faibles, mais aussi par l’utilisation de la société de réseau pour permettre le partage des connaissances et des expériences réussies et l’échange, notamment grâce aux nouveaux réseaux sociaux, dans un esprit coopératif et non plus seulement lucratif. La justice s’exprime par une nouvelle politique de répartition qui ne peut évidemment pas continuer à faire supporter par la seule classe moyenne , la charge particulièrement lourde en temps de crise des conséquences sociales de cette dernière. Elle s’ exprime également par un traitement égalitaire des citoyens dans tous les domaines, à commencer par celui de la justice elle-même, en mettant un terme à un système à deux vitesses, d’autant plus répressif à l’égard de la délinquance de droit commun qu’il est laxiste, voire aveugle à l’égard d’une délinquance financière dont les ravages sont pourtant évidents à tous.

Ce changement de cap n’est possible que pour autant que nous vous revenions aux valeurs fondamentales du pacte social et du pacte républicain, en y ajoutant le souci constant d’œuvrer à la survie de l’humanité, Lire la suite

Salon de la nature et de l’env. Toulouse du 13 au 15 mars

 

actualites-news-environnement.com, Pierre Melquiot, le 5 novembre 2008

Dip Organisation organise Le Salon de la Nature et de l’environnement au Parc des expositions de Toulouse les 13, 14 et 15 mars 2009. Le Salon de la Nature et de l’environnement est ouvert à toutes et à tous, gratuitement, du vendredi 13 mars au dimanche 15 mars 2009, de 10 h à 20h.

 « Fruit d’une prise de conscience personnelle que tout le monde partage ou devrait partager, le salon de la nature et de l’environnement s’impose comme un salon avant tout eco-citoyen. Pour que chacun, à son échelle et avec ses moyens, apprenne à mieux cohabiter et enfin mieux préserver notre planète pour les générations futures… »

S’inspirant du Grenelle de l’environnement, le Salon de la Nature et de l’environnement de Toulouse reprendra ainsi plusieurs thématiques « éco-responsables » pour informer et sensibiliser le grand public aux enjeux en matière de préservation de l’environnement.

Sur plus de 8 000 m2 près de 100 exposants s’associent à cet événement majeur en région toulousaine : Services publics et collectivités locales, associations, entreprises et citoyens se côtoieront pendant ces trois jours pour échanger, partager et s’unir autour des mêmes préoccupations.

Le visiteur découvrira plusieurs univers au fil de sa visite du Salon de la Nature et de l’environnement de Toulouse, avec l’univers des transports & de l’énergie, l’univers de la maison de demain, l’univers santé/ bien être, l’espace conférences/ ateliers lecture sans oublier l’espace « Mon marché Bio » où le visiteur est invité à faire son marché en présence de producteurs et coopératives « Bio » de la région Midi-Pyrénées.

 « Des gestes du quotidien en passant par les transports, l’habitat, la santé et l’énergie … conférences, projections, débats, viendront animer chacun des grands thèmes de ce salon qui se veut « éco-responsable », informatif, ludique et éducatif … Institutionnels, associations, entreprises, citoyens…tous ensembles nous pouvons agir dès aujourd’hui pour préserver notre lendemain. »

Le Salon de la Nature et de l’Environnement, se définit comme « le moment pour trouver des solutions et passer à l’action… » « Alors rejoignez nous pour que nous fassions avancer ensemble la prise de conscience collective…le temps nous est compté… » nous a déclaré Stéphane Cosse, organisateur du salon. « Fruit d’une prise de conscience personnelle que tout le monde partage ou devrait partager, le salon de la nature et de l’environnement s’impose comme un salon avant tout eco-citoyen». 

Pour en savoir plus : Le site du Salon de la Nature et de l’environnement de Toulouse Lire la suite

Voeu de FNE : 2009…année écologique ?

France nature environnement, communiqué de presse, le 5 janvier 2009

Projet de loi Grenelle 2 + Projet de loi de relance : Mercredi 7 janvier, Jean-Louis Borloo présentera, en Conseil des ministres, le projet de loi « Grenelle 2 » qui décline en mesures concrètes les engagements du Grenelle de l’environnement, Le même jour, l’Assemblée nationale débat du projet de loi de relance qui comporte un volet environnement. Les attentes de FNE.

Le vœu de FNE pour 2009 : une relance verte.  Pour Sébastien Genest, Président de FNE : « Après avoir injecté des milliards dans l’économie financière, l’Etat s’apprête à faire de même dans l’économie réelle. Pour nous, le plan de relance ne peut réussir que s’il porte un nouveau projet économique et de société qui soit à la fois fédérateur et en phase avec les limites de la planète. Ce projet c’est celui d’une relance verte qui réponde efficacement à la double crise écologique et économique que nous subissons. »

Les trois piliers d’un plan de relance verte. Pour FNE, pour réaliser une relance économique verte, le Grenelle de l’environnement doit servir de feuille de route. Concrètement, les projets de loi Grenelle 1 et 2 devraient être votés rapidement et constituer le troisième pilier du plan de relance en plus des lois de finances pour 2009 et le projet de loi de simplification administrative qui sera débattu à compter du 7 janvier à l’Assemblée nationale.

L’instrument d’une relance verte : investir sur l’existant. Pour FNE, une relance verte doit permettre un investissement public sur l’existant pour créer des emplois rapidement tout en limitant la consommation d’espace et de ressources naturelles : rénovation du réseau ferroviaire existant et relance du fret, adaptation du réseau routier existant, adaptation de l’outil industriel pour la production de biens éco conçus, orientation vers une agriculture durable etc…

Grenelle 2 : une boite à outils pour une relance verte ? Sébastien Genest, Président de FNE, déclare : «ce texte est une boite à outils intéressante pour appliquer les engagements du Grenelle de l’environnement et rattraper le retard de la France dans le respect du droit européen. Mais c’est une boite à outils incomplète pour verdir le plan de relance. A titre d’exemple, il faut revoir les dispositions relatives à la gouvernance verte des entreprises : bilans carbone, information environnementale, responsabilité des sociétés mères, lutte contre le « greenwashing », etc… ».

Arnaud Gossement, porte parole de FNE, ajoute : « le projet de loi Grenelle 2 devrait constituer le troisième pilier du plan de relance, en plus des lois de finances et du projet de loi de relance. Pour cela, il est important mais pas suffisant que le Grenelle 2 soit globalement conforme aux engagements du Grenelle. Le Grenelle date d’octobre 2007 et depuis, la crise économique est passée par là. Conclusion : il faut doper le Grenelle 2 pour verdir le plan de relance ».

Grenelle 2 : points faibles/points forts. Les forces et faiblesses de ce texte reflètent celles des engagements du Grenelle qui constituaient, non un idéal mais un compromis.

·        A l’actif du Grenelle 2, on citera notamment : l’amélioration de la performance énergétique du bâtiment, l’intégration de l’environnement dans la planification territoriale, la création d’un label agricole HVE, l’encadrement de la publicité et du recours aux phytosanitaires, la création d’une trame verte et bleue, la création d’une stratégie nationale pour la mer, l’éco labellisation des produits de la pêche…

·        Au passif, on citera notamment : l’absence de référence à l’agriculture biologique pour les périmètres de protection des captages d’eau, l’absence de mesure pour encadrer l’implantation des antennes relais de téléphonie mobile, la création d’un cadre juridique pour les projets de capture et de stockage de carbone, la faiblesse des dispositions relatives à la gouvernance verte des entreprises (responsabilité des sociétés mères, information environnementale..), la faiblesse des dispositions relatives à la protection des sols….

Risque industriel : une réforme inutile. Lire la suite

Les voeux 2009 de Jean-Marc Janvovici

manicore.com, Jean-marc Jancovici, le 4 janvier 2009

Chers ami(e)s, collègues, et tout le reste de la ridicule fraction de la population francophone qui lira ceci (qui est bien un message de voeux,si si, il suffit d’attendre la fin),

Pendant 5 secondes, j’y ai cru. Pensez donc : c’est la première fois depuis que je suis né (et vous aussi) que nous avons à la fois un candidat qui a signé le pacte écologique, un N°2 du gouvernement en charge de l’environnement (même que le premier titulaire était ancien premier ministre), un Grenelle avec Greenpeace embrassant presque le Ministre sur la bouche, et enfin 2 prix Nobel (Sen et Stiglitz) chargés de remplacer le PIB par quelque chose de plus djeun’s. Ca ne faisait donc pas un pli : le plus célèbre jogger national était à 2 doigts d’écrire avant moi quelque chose comme  www.manicore.com/documentation/serre/decroissance.html
C’est dire si je guettais, pendant les voeux, la petite phrase du locataire de l’Elysée  expliquant que ce qui nous arrivait ressemblait bigrement à une crise de ressources (www.manicore.com/documentation/articles/Subprime.html), qu’il n’y avait rien d’étonnant à  voir une récession à la suite d’une envolée du prix du pétrole, comme cela a toujours été le cas depuis 1970, et que l’urgence était donc de « sortir l’économie du pétrole » si on voulait garder un bon souvenir de l’avenir en général et de lui en particulier (revoir www.manicore.com/documentation/petrole.html), où je m’étais même permis un pronostic sur le chômage « entre 2007 et 2009 » ; à l’époque j’aurais du parier quelques bouteilles de champagne (si j’avais eu le coeur à le faire sur un sujet aussi peu comique).
Je le voyais donc arriver gros comme le nez au milieu de la figure, le couplet sur le fait que la relance serait environnementale ou ne serait pas (en plus y avait qu’à copier Obama, même pas la peine que les conseillers de notre présent se creusent la caboche), puisqu’il n’y aura pas plus d’activités économiques sans ressources naturelles que de beurre sans lait. Et bien j’en aurai été pour mes frais : rien ! nada ! nib ! peau-de-balle ! bernique ! Pas le moindre atome de carbone dans l’allocution ! Pas la moindre ressource environnementale dans la feuille de route ! Pas la moindre ambition de nous « sortir du fossile » alors que (presque) tout ce que la planète compte de pétroliers et de scientifiques du climat est pendu à la corde du tocsin ! Tiens, rien que pour rire, et pour vous montrer que je sais tout aussi bien faire la pub des autres, allez donc télécharger la manière dont Shell – pas spécialement connu comme groupe d’activites écolos – voit notre avenir énergétique en « business as usual » dans les décennies qui viennent : www.shell.com/home/content/aboutshell/our_strategy/shell_global_scenarios/shell_energy_scenarios_2050/shell_energy_scenarios_02042008.html  (il s’agit du scénario « scramble » dans ce document). Pour ceux qui n’auront pas le temps, je vous la fais courte (mais bonne) : si nous ne prenons pas le taureau énergétique par les cornes très très très très vite, c’est le b… noir qui nous attend dans les décennies qui viennent, et pas du tout la merveilleuse relance promise par tout ce que le gouvernement compte de doux rêveurs oubliant qu’il y a des limites physiques à prendre en compte dans nos visions de l’avenir.
En prolongation tendancielle, le bazar n’attendra hélas pas 2100, ni même 2050, mais il sera là dans (moins d’)une génération. Du pétrole en quantités croissantes pour l’éternité ? Fume ! Dès à présent, une trentaine de pays producteurs de pétrole – et pas des moindres – ont passé leur pic de production, ou vont le passer très prochainement  www.manicore.com/documentation/pic.html). Et on ne parle même pas du changement climatique, où les publications scientifiques récentes montrent à peu près toutes que l’évolution va plus vite qu’on ne le pensait avant, même si la température en France en ce 4 janvier vous persuadera du contraire (mais la France c’est 0,1% de la planète ; certes nous sommes au centre du monde mais nous n’occupons pas toute la place disponible :-) ).
Et à la place d’un plan qui ravirait les quelques millions d’enfants de notre pays, que nous concocte notre président ? Une « relance économique » basée sur ce qui a fonctionné au 20è siècle, en croyant que ca va continuer à fonctionner à l’avenir, avec force vente de voitures et kilomètres d’autoroutes, une pincée d’immobilier en banlieue étalée pour pimenter le tout (car l’étalement urbain est la conséquence concrète des prêts actuels), en nommant même un ministre pour faire le contraire de ce que devrait normalement faire Borloo. Y’a pas à dire, la politique c’est un beau métier. Lire la suite

Le système électrique français est terriblement inefficace

Libération, recueilli par Laure Noualhat, le 3 janvier 2009

«Le système électrique français est terriblement inefficace»

Avec l’hiver vient la saison du chauffage. Au bois, au gaz, au fioul, mais aussi au radiateur électrique, ce qui a le don de faire grimper les consommations en période de pointe. Comme chaque fois en cette période de l’année, ces pics de consommation imposent d’importer de l’électricité venue d’Europe. Et celle-ci, produite à partir d’énergies fossiles, n’est pas faiblement émettrice en CO2. Mycle Schneider est consultant international en matière d’énergie et de nucléaire. Il vient de rendre un rapport au Parlement européen sur le mythe de la politique énergétique française.

Quel est l’impact de la vague de froid sur les consommations électriques françaises ?

En hiver, la puissance électrique appelée est presque trois fois plus élevée le jour le plus chargé que le jour le moins chargé de l’été. On a donc besoin des vieilles centrales au fioul, dont EDF vient de remettre 2 600 mégawatts en service, parce qu’on manque cruellement d’électricité de pointe. Depuis 1990, la part des énergies fossiles dans l’électricité a crû de près de 25 %. En parallèle, les importations de courant, essentiellement à base d’énergies fossiles, ne cessent d’augmenter. La France est ainsi devenue importatrice nette de courant charbon allemand.

Mais l’électricité française est faiblement émettrice en gaz à effet de serre…

C’est vrai, les émissions totales par habitant de gaz à effet de serre en France sont – encore – plus faibles que chez nos voisins. Mais elles varient fortement d’une année à l’autre en fonction du climat et on n’identifie plus de baisse structurelle depuis longtemps. En fait, en 2005, les émissions de CO2 dues à la production publique d’électricité et de chaleur étaient de 5 % supérieures à 1990, pour se trouver en 2006 à 2 % en dessous du niveau de 1990. Le rôle du nucléaire y est complexe. Le système nucléaire, et les surcapacités qu’il a engendrées, a conduit à une perversion du système électrique. On a massivement introduit le chauffage électrique parce qu’EDF avait des kilowattheures à vendre, ce qui a conduit à une augmentation du recours aux combustibles fossiles. Le contenu en CO2 du kWh pour les besoins du chauffage électrique se situe entre 500 et 600 grammes, soit environ trois fois les émissions d’un chauffage central au gaz.

Le recours au nucléaire augmenterait les émissions de CO2 dans l’électricité ?

Indirectement, par effet systémique, surtout pour tout nouveau projet. L’investissement dans le nouveau réacteur EPR augmentera ainsi les émissions car si on investissait les 4 milliards d’euros nécessaires à sa construction dans l’isolation de l’habitat existant, on éviterait réellement des émissions.

Vous assurez qu’en dépit du nucléaire, la France n’est pas indépendante du point de vue énergétique. Pourquoi ?

En France, le premier programme électronucléaire massif a été lancé en 1974, après le premier choc pétrolier. Le but affiché était de rendre le pays indépendant vis-à-vis du pétrole. C’était déjà un mythe à l’époque car l’électricité ne représentait alors que 12 % de la consommation de pétrole en France. En 2007, après trente-cinq ans de nucléaire en France, la consommation de pétrole par habitant – 1,5 tonnes d’équivalent pétrole (tep) – était plus élevée que la moyenne de l’Union européenne, alors que la consommation en Italie, qui a arrêté le nucléaire, et en Allemagne, était de 1,4 tep. Les autres secteurs comme le résidentiel, et surtout les transports, consomment la plus grande partie du pétrole et cette consommation n’a pas cessé d’augmenter depuis 1973. Le système électrique est incroyablement inefficace : entre l’énergie primaire, contenue dans l’uranium ou le charbon, et l’énergie finale utilisée sous forme de kilowattheure, les trois quarts sont perdus dans le réseau de distribution.

Et alors ? Lire la suite