«Cradle to cradle», les mille et une vies des objets

Libération, Laure Noualhat, le 24 décembre 2008

«Cradle to cradle», les mille et une vies des objets

Le C2C, «berceau au berceau» en français, permet de recycler à l’infini les produits.

Le berceau, là où tout commence, et où tout pourrait finir. La vague du recyclage à peine déferlée, voici venu le concept du recyclage permanent, aussi appelé cradle to cradle et originaire des Etats-Unis (le C2C en langue business acronymique). Littéralement, cela signifie du berceau au berceau, et c’est la nouvelle devise du design écologiquement correct. Le principe est simple : le déchet devient nourriture et réintègre les process de production. Un genre de «rien ne se perd, rien ne se crée», version éco-conception.

«Habituellement, la fin de vie d’un produit n’est pas prise en compte dès sa conception, en clair, un produit n’est pas pensé pour être recyclé», explique Eric Allodi, patron d’Integral Vision, agence qui promeut le concept en France. Considérés comme des nutriments, les déchets peuvent alimenter des sols en se décomposant ou servir de matière première pour la génération de produits suivante. En C2C, le déchet ne doit contenir aucune substance toxique, si bien qu’il peut être réutilisé, enfoui, composté ou incinéré sans danger. Chez le fabricant de textile suisse Rhoner, depuis que les teintures sont naturelles, les chutes de tissu alimentent les plantes en se décomposant sur les semis. Le produit «cradeulisé» doit aussi être facilement démontable pour le désassemblage, le tri et l’envoi vers une chaîne de valorisation adaptée. C’est le cas des chaises de l’Américain Herman Miller, démontables en quinze minutes. «Un produit C2C peut être conçu pour être recyclé indéfiniment en utilisant, par exemple dans le cas des plastiques, des opérations de dépolymérisation/repolymérisation pour revenir au monomère de base et ainsi refabriquer des produits sans dégradation de qualité», poursuit Eric Allodi.

Label. Le C2C va plus loin que le simple recyclage. On réinjecte le produit à l’infini dans un autre. «Le déchet ne sera pas recyclé en un produit identique ou de qualité similaire, mais on va utiliser ses déchets pour fabriquer d’autres produits de moindre qualité», explique Eric Allodi. C’est le cas des plastiques nobles qui composent une coque d’ordinateur : ils sont sous-cyclés en plastiques de basse qualité utiles pour des pots de fleur ou des sièges bébé. Et ainsi de suite. Le déchet-nourriture perd sa qualité au fil des transformations sur la voie de la poubelle.

A l’origine de ce concept, deux hommes : Michael Braungart et William McDonough. Le premier est un chimiste allemand, patron de l’Agence pour l’encouragement à la protection de l’environnement, le second un industriel américain. En 2002, ils publient un ouvrage (1) qui devient la bible de ceux qui veulent marier réussite entrepreunariale et bien-être environnemental. Désignés héros de la planète par Time Magazine, tous deux développent une certification et labellisent eux-mêmes les produits «cradeulisés», via leur agence MBDC. «C’est probablement le label qui va le plus loin en matière d’éco-conception, estime Elisabeth Laville, de l’agence Utopies. Le problème, c’est qu’on ne sait pas ce que comprend précisément cette certification.» Lire la suite