Politiques agricoles et crise alimentaire dans le monde

lejournaldupaysbasque.com, propos recueillis pas Claire Revenu-Jomier, le 20 décembre 2008

70 % des gens qui souffrent de la faim sont des paysans

ENTRETIEN/ Paul Nicholson/ membre de EHNE et de Via Campesina

Paul Nicholson donnait jeudi soir une conférence sur le thème «Politiques agricoles et crise alimentaire dans le monde», au siège de Laborantza Ganbara à Ainhice Mongelos.

Membre du syndicat agricole basque EHNE (Euskal Herriko Nekazarien Elkartasuna), Paul Nicholson est citoyen du Pays Basque et vit à Gazteiz. Il est l’un des deux représentants européens de la Commission de Coordination Internationale de Via Campesina, le mouvement international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales et de communautés indigènes d’Asie, des Amériques, d’Europe et d’Afrique.

À l’heure du bilan de 2008, à travers la crise que nous traversons, quel est le message que vous voulez faire passer à travers cette conférence ?

La convergence des crises énergétique, climatique, alimentaire et financière révèle la crise du modèle néolibéral. Nous nous trouvons aujourd’hui à un carrefour où aucune route ne nous permet de revenir en 2007. Cette crise demande que soit mise en avant une économie plus locale, davantage liée au principe de souveraineté alimentaire.

Dans ce contexte, quelle politique agricole préconisez-vous pour le Pays Basque ?

Il faut un modèle plus adapté à la réalité sociale d’ici, plus lié aux besoins du Pays Basque. Il faut éviter d’entrer dans une démarche de technification de l’agriculture. Le Pays Basque y résiste bien. Mais 2 008 a été une année de crise et 2009 pourrait bien amener de la confusion dans les solutions à envisager. Il faut plus que jamais défendre une agriculture paysanne liée à l’économie locale.

La crise peut-elle faire changer les politiques agricoles européennes ?

Les accords de libre-échange détruisent l’agriculture d’ici mais aussi celle des pays du tiers-monde. L’Europe est responsable du bien être de tous les paysans dans le monde. 70 % des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans ! C’est la conséquence directe de l’échec des politiques agricoles et économiques qui donnent le pouvoir aux multinationales et privilégient les exportations au détriment de la production et de la consommation locales. Et la crise alimentaire est aggravée par les agrocarburants. Leur production a déplacé le problème sur la planète. Les cultures nécessaires à leur fabrication ont réduit les territoires auparavant utilisés pour la production alimentaire.

Comment le consommateur peut-il être acteur de la souveraineté alimentaire ?

Il faut travailler à un autre type de relation entre campagnes et villes, envisager une façon de consommer davantage liée à la réalité dans le monde. Le consommateur doit intervenir en tant que citoyen dans toutes les décisions qu’il prend, que ce soit dans la gestion du territoire, la gestion de la nature, dans ses choix alimentaires, dans ses choix de transport, dans ses modèles de société.

Via Campesina présent dans 60 pays

Via Campesina, qui a vu le jour en 1993, est structurée en huit régions, Europe, Asie du Nord-Est et du Sud-est, Asie du Sud, Amérique du Nord, Caraïbes, Amérique centrale, Amérique du Sud et Afrique. En 2007, le mouvement regroupait plus d’une centaine d’organisations basées dans plus de 60 pays. La CCI (Commission de Coordination Internationale) est l’organe international qui assure la direction du mouvement entre les conférences. Chaque région y délègue deux militants, une femme et un homme. Paul Nicholson et Ingeborg Tangeraas, de Norvège sont les représentants européens siégeant à la CCI.

Les actions de Via Campesina sont structurées autour de six axes de travail prioritaires : la souveraineté alimentaire avec son corollaire : la lutte contre l’organisation mondiale du commerce et contre l’emprise des multinationales de l’agroalimentaire, la biodiversité et la lutte contre les OGM, l’agriculture paysanne, le respect des droits des militants syndicalistes et des communautés rurales, l’accès équitable aux moyens de productions que sont la terre, l’eau et les semences, la reconnaissance du rôle spécifique des femmes dans et la promotion de la parité dans ses instances internationales ainsi que dans ses organisations membres.

 

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