Fondation Hulot « Poznan: On a perdu notre temps »

leJDD.fr, propos recueillis par Rémi Duchemin, le 13 Décembre 2008

La conférence de Poznan sur le réchauffement climatique s’est conclue samedi sur un bilan mitigé. Si un calendrier de négociations a été dégagé, avec en point de mire Copenhague, où l’accord remplaçant le protocole de Kyoto doit être signé en décembre 2009, le fossé s’est agrandi entre pays riches et du Sud. Présent en Pologne, Benoît Faraco, de la Fondation Nicolas Hulot, fait le point.

On parle d’un bilan mitigé à Poznan, partagez-vous ce sentiment ?

Ce n’est pas ce à quoi on s’attendait. Même si ce n’était qu’une étape vers Copenhague, où on va négocier l’accord qui remplacera le protocole de Kyoto, on pensait qu’on avancerait quand même un peu plus ici. On a l’impression que depuis un an et la conférence de Bali, qui avait été un grand moment dans ces négociations, on a un peu perdu notre temps. Parce que sur les principales décisions qui doivent préparer cet accord, on a repris les mêmes textes qu’à Bali, on a fait du copier-coller. Donc c’est un bilan en demi-teinte, et les quelques rares avancées qu’on a obtenues ne sont pas à la hauteur de ce qu’il fallait faire pour vraiment préparer Copenhague.

Quelles sont ces quelques rares avancées que vous évoquiez ?

Il y’a deux choses. La première, c’est la définition d’un calendrier. On a confié à deux personnes la responsabilité de préparer le nouveau texte qui remplacera le protocole de Kyoto, en leur demandant de venir en juin avec des éléments précis pour qu’enfin on puisse commencer à négocier sur du concret. C’est intéressant et important, car il ne nous reste plus qu’un an, et il fallait vraiment qu’on ressorte de Poznan avec cette avancée. Le deuxième point un peu positif, c’est qu’on va enfin pouvoir financer des projets d’adaptation dans des pays du Sud. Car le réchauffement climatique est déjà là, et il impacte des populations, avec des sécheresses, des famines, des inondations dans certains pays en développement. Et à Poznan, on a débloqué le fonds qui va pouvoir permettre de financer des projets pour répondre à ces problèmes dans les pays du Sud.

Ce fonds sera-t-il doté de moyens suffisants ?

Pour l’instant, il est relativement modeste, mais ce fonds va être un peu plus élevé parce qu’il est financé par une taxe sur les mécanismes de flexibilité, c’est-à-dire les mécanismes de Kyoto qui permettent au pays industrialisés d’atteindre leurs objectifs en finançant des projets au Sud. Donc le fonds sera de l’ordre de plusieurs centaines de millions de dollars. Cela dit, les financements restent hyper-modestes. Les grandes ONG estiment que les besoins seraient plutôt de l’ordre de dizaines de milliards de dollars, donc on n’est pas au niveau.
« Une vraie déception sur la question des financements »

Les Pays en voie de développent son apparus mécontents de leur sort…
A Bali, les pays riches et les pays du Sud avaient passé un contrat. Les pays en développement avaient promis de présenter des projets pour lutter contre le réchauffement climatique, ce qui constituait une première, et les pays industrialisés devaient faire des propositions pour financer ces projets. Des pays comme l’Afrique du Sud ou le Brésil sont donc venus avec des propositions, mais les pays industrialisés sont restés très, très frileux sur les financements, et c’est quelque chose de vraiment décevant. Au moment de la conclusion de la conférence, l’ensemble des pays en développement avaient l’impression d’avoir fait une grande partie du chemin et que les pays riches n’avaient pas répondu. Toute une série d’interventions ont montré que pour eux, Poznan était une vraie déception. Lire la suite

L’industrie écolo crée partout des emplois et de la croissance

La croix,  Tristan de BOURBON (à Pékin), Flore GEFFROY (à San Diego), Gilles de LESDAIN (à Tokyo), Valérie DEMON (à Madrid), Michel VERRIER (à Berlin), le 10 décembre 2008

L’industrie écologique crée partout des emplois et de la croissance

Des secteurs industriels entiers nés de la préoccupation d’économiser l’énergie et de s’émanciper du pétrole et du charbon créent des emplois et du dynamisme économique

En Chine, les panneaux solaires s’exportent bien

Shi Zhengrong ne peut rester assis plus de quelques minutes au même endroit. Il bouge de sa chaise à son canapé, de son bureau à sa salle de réunion, de Wuxi à Munich. Intenable, peut-être pour rattraper les années passées assis derrière les ordinateurs de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, dans la banlieue de Sydney, en Australie, à étudier le laser puis la technologie photovoltaïque. Rentré dans son pays, il crée en janvier 2001 son entreprise, Suntech, à Wuxi, tout près de sa ville natale. Sa première ligne de fabrication de modules de cellules photovoltaïques en verre et en fer entre en opération en mai 2002. Aujourd’hui, grâce à son introduction en Bourse à New York en décembre 2005 et à de nombreux emprunts, il a pu agrandir ses usines, dont la capacité de production de modules est passée de 360 mégawatts (MW) en août dernier à 750 MW à la fin septembre, et devrait atteindre un gigawatt à la fin décembre. Le site de Wuxi emploie 7 000 ouvriers.

Suntech n’existe que par l’exportation : l’entreprise n’a réalisé en 2007 que 1,9 % de ses ventes sur le territoire chinois. « Produire de l’électricité grâce à des panneaux solaires coûte bien plus cher qu’à partir du charbon et, comme nous ne recevons toujours pas d’encouragement fiscal à la production de la part de l’État, contrairement à ce qui se fait pour l’éolien, notre succès demeure limité en Chine », explique Shi Zhengrong. En 2007, 85,5 % de la production de Suntech ont été exportés par bateau en Allemagne et en Espagne. Et la société entend ouvrir prochainement un bureau en France.

Aux États-Unis, le recyclage crée l’emploi

En Californie, le recyclage devient un état d’esprit, avec plus de 2 400 centres de recyclage recensés dans tout l’état, 1 800 entreprises qui font tourner 3 000 installations utilisant des produits recyclés (usines à papier, usines de pneus) et 16 millions de Californiens directement concernés par des programmes de ramassage de biens usagés. Chaque année, les économies obtenues grâce au recyclage permettent d’alimenter en énergie 1,4 million de maisons.
Le 1er janvier dernier, un programme de récupération des sacs en plastique a été mis en place pour recycler les 19 milliards de sacs qui sont utilisés chaque année. À ce jour, seuls 5 % de ces emballages sont traités, ce qui laisse entrevoir de jolies possibilités de développement du secteur. Command Packaging, qui compte déjà 200 employés, a commencé : cette entreprise installée depuis l’an dernier à Vernon, près de Los Angeles, transforme les sacs en plastique en d’autres types d’emballages, eux-mêmes recyclables.
Dans toute la Californie, 85 000 personnes – soit l’équivalent de 4 milliards de dollars de salaires – travaillent dans l’industrie du recyclage, pour des ventes qui génèrent plus de 10 milliards de dollars, soit environ 8 milliards d’euros, chaque année. À la clé, une volonté politique : le California Integrated Waste Management Board, une entité gouvernementale, qui a calculé que parvenir à un recyclage de 50 % des déchets de toute nature verrait la création de 45 000 nouveaux emplois d’ici à sept ans et injecterait 2 milliards de dollars, soit 1,5 milliard d’euros supplémentaires, dans l’économie du « Golden State ».

Au Japon, la voiture propre innove encore

En 2010, Nissan se lancera dans l’exploitation commerciale de voitures à 100 % électriques. Avec pour cible les flottes urbaines de livraison qui effectuent moins de 100 km par jour. Le grand public devra encore attendre : l’autonomie des voitures électriques ne peut dépasser ces 100 km quotidiens, à moins d’utiliser des batteries plus performantes… et bien trop chères pour être commercialisées. Lire la suite

Bassin d’Arcachon : Une évolution dans le sens de l’écologie

Sud-Ouest, Sabine Menet, le 15 Décembre 2008

ENVIRONNEMENT. La Ceba dresse un bilan positif de l’après Grenelle. Tout en restant vigilante sur les sujets sensibles du lieu

« Une évolution dans le sens de l’écologie »

Jean Mazodier affiche son optimisme. À l’issue de son assemblée générale, jeudi soir à Gujan-Mestras, le président de la coordination environnement du bassin d’Arcachon (Ceba) confesse que 2008 a été une année importante.

« L’an un du post Grenelle de l’environnement », dit-il, en estimant que l’administration et les services de l’État suivaient une « très bonne évolution ». Comprenez une « très bonne évolution dans le sens de l’écologie », cheval de bataille de la coordination qui rassemble 15 associations de défense de l’environnement.

Prés salés et Quinconces

Associée à la réflexion ayant précédée la rédaction du schéma de mise en valeur de la mer (SMVM), la Ceba s’est également trouvée invitée à participer au porté à connaissance du Schéma de cohérence territoriale (Scot), aux discussions du conseil de développement du Pays (Codev) ou plus récemment au débat portant sur le parc marin. « Politiques, milieux institutionnels et associations convergent », résume Jean Mazodier, qui ne gomme pas pour autant les batailles qu’il reste à mener sur le terrain.

Ainsi, la Ceba garde-t-elle un oeil vigilant sur l’évolution des Près salés ouest à La Teste-de-Buch. « Nous demandons à ce que l’écosystème soit protégé et que l’on reste fidèle à la convention passée avec l’État », résume Françoise Branger, vice-présidente de la Ceba et présidente de l’Association bassin d’Arcachon écologie.

La coordination rive également son regard vers Andernos-les-Bains suivant le projet du golf, la sauvegarde du site des Quinconces et l’extension du port du Betey.

Liste non exhaustive

À Audenge, son attention reste aussi soutenue. « Nous souhaiterions que l’ensemble des communes qui ont déversé leurs déchets au centre d’enfouissement participent aujourd’hui à sa réhabilitation », expose Jean Mazodier. Attentif aux coupes d’arbres sur le site du Truc vert au Cap-Ferret, le président de la Ceba dresse une liste non exhaustive des sujets sensibles : disparition des zostères, comblements des esteys et de manière plus générale la question de l’eau douce.

Une question que la structure a pris à bras-le-corps en éditant un document de référence récapitulant toutes les préoccupations idoines : abaissement de la nappe aquifère du sable des Landes, hausse des températures des eaux souterraines, pollution, industrie, effluents rejetés en mer, etc.

Wharf et Natura 2000

« Nous avons une vision globale » Lire la suite

A Poznan, l’accord européen est arrivé trop tard

la-croix.com, Marie Verdier, le 14 décembre 2009

A Poznan, l’accord européen est arrivé trop tard

La conférence de Poznan s’est soldée par un mandat clair pour négocier en 2009 les futurs accords de Copenhague sur le climat. Mais l’accord européen a été conclu trop tard pour influencer véritablement les débats

« Ni rupture, ni dynamique », conclut laconique Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État à l’écologie, à l’issue des deux semaines de conférence des Nations unies sur le climat qui ont mobilisé 12 000 délégués de 190 pays à Poznan, en Pologne.

Il est vrai que Poznan était un rendez-vous « ingrat », une simple étape dans le calendrier onusien, alors même que les opinions publiques pouvaient s’estimer en droit d’attendre des engagements à la hauteur du problème planétaire. « On ne négociait pas un texte, mais les chances de réussir Copenhague », poursuit Nathalie Kosciusko-Morizet. Car Copenhague, en décembre 2009, sera le grand rendez-vous de la planète au chevet du climat pour donner un avenir au protocole de Kyoto qui s’achève en 2012.

L’accueil du « paquet climat-énergie » européen

Comme un invité trop longtemps attendu dont on ne goûte plus la présence, le « paquet climat-énergie » européen fut une bonne nouvelle trop tardive. Bien sûr, celle-ci a été saluée in extremis, à quelques heures de la clôture à Poznan.

Mais cela n’a pas empêché que cette conférence a navigué à vue, entre un leadership européen mis entre parenthèses et une Amérique encore absente, et a suscité une immense frustration parmi les pays en développement, les promesses financières étant, une fois de plus, reportées à des lendemains meilleurs. Poznan fut de ce point de vue un rendez-vous manqué. « Il va falloir recoller les morceaux dans les mois à venir », s’inquiète Karim Haris, de l’ONG Oxfam.

« Il faut bien dire que cette conférence a causé une certaine amertume », a reconnu Yvo de Boer, secrétaire de l’ONU sur les changements climatiques.

À l’applaudimètre, Al Gore a volé la vedette à l’Union européenne. Le prix Nobel de la paix américain a reconnu que les progrès étaient « douloureusement lents » mais estimé qu’il y avait motif d’espérer aujourd’hui et a, en ce sens, promis au nom de la future équipe présidentielle de Barack Obama que les États-Unis seraient au rendez-vous de Copenhague.

Le bilan de Poznan

Poznan a adopté un calendrier et un mandat clair de négociation pour l’année 2009. Le texte de base du futur protocole de Copenhague devra être prêt en juin. « On peut remercier les pays en développement d’avoir accepté ces mandats », a insisté Sigmar Gabriel, ministre allemand de l’environnement, alors que les pays développés ont tergiversé sur leurs objectifs et ont, en ce sens, marqué un recul par rapport aux positions prises à Bali l’année précédente.
Autres avancées modestes de Poznan, les pays les plus démunis ont « arraché » l’autorisation d’accéder directement au fonds d’adaptation – créé par le protocole de Kyoto et qui devrait devenir opérationnel en 2009 – sans transiter par les fourches caudines de la Banque mondiale.

Et la question de la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD), jusqu’ici restée en marge des négociations, devrait faire partie des engagements de Copenhague. Dix-huit pays en développement et industrialisés ont signé une déclaration commune en ce sens.

La brûlante question du financement

Pas un sou ni un mécanisme financier ne sont sortis de Poznan. Marthinus Van Schalkwyk, ministre sud-africain de l’environnement, a stigmatisé le « silence assourdissant » des pays développés, Lire la suite

La terre, un habitat menacé

ledevoit.com, Mélanie Roy, Cégep du Vieux-Montréal, le 13 décembre 2008

La terre, un habitat menacé

Par le règne de l’industrie, de l’automobile et du plastique, l’homme altère depuis plusieurs décennies la qualité de son environnement, altération qui atteint aujourd’hui des niveaux inouïs

Le concours «Philosopher» invite chaque année les étudiants du réseau collégial québécois à proposer leur réflexion sur un thème d’actualité. Le texte gagnant a permis à son auteur de remporter le premier prix, soit une somme de 1500 $ à laquelle s’ajoute une bourse de 500 $ offerte par Chenelière Éducation. Le thème de cette année était: «Crise environnementale et changements climatiques : l’humanité manque-t-elle à l’éthique de la responsabilité?» Voici le texte gagnant de cette année.

L’histoire humaine renferme l’exemple d’un peuple qui, par quête d’immortalité, a frôlé l’autodestruction, celui de l’île de Pâques. Selon une hypothèse, afin d’illustrer la gloire de leur civilisation, les habitants de l’île entamèrent la construction de gigantesques idoles de pierre, qu’ils parvenaient à déplacer sur des billots de bois.

Leur ambition eut vite raison de l’intégralité des forêts de l’île. Ayant pillé sans réfléchir les précieuses ressources de son environnement, le peuple de l’île de Pâques fut décimé par sa propre irresponsabilité.

De nos jours, l’histoire des habitants de cette île peut sembler un triste présage, à une échelle réduite, du futur de l’humanité actuellement lancée dans une quête de croissance et de pillage de la nature à grande échelle. Par le règne de l’industrie, de l’automobile et du plastique, l’homme altère depuis plusieurs décennies déjà la qualité de son environnement, altération qui atteint aujourd’hui des niveaux inouïs.

En effet, la Terre est actuellement la scène d’une crise environnementale due à des siècles d’irresponsabilité humaine. L’homme, armé de son savoir et de sa technique, a causé des dommages, en partie irrévocables, à la nature.

Les cours d’eau ont été contaminés, les déchets domestiques et industriels ont été accumulés, les ressources naturelles ont été épuisées.

Le bouleversement de l’équilibre de la nature a récemment atteint un niveau tout autre avec la menace des changements climatiques, dont les conséquences seront multiples: pénurie d’eau potable, sécheresses, fonte des glaciers et inondations massives sont au programme.
Essentiellement, la question du changement climatique évoque celle de la responsabilité humaine.
Par ses actes, l’humanité a gravement manqué à l’éthique de la responsabilité telle que présentée par Hans Jonas. Résultat : la vie sur Terre est menacée.

D’ailleurs, la question de l’éthique en suppose une autre, plus fondamentale, celle du rapport technique et économique de l’homme à son habitat, dont la nocivité est actuellement démontrée par une crise environnementale à grande échelle. L’homme manque à l’éthique de la responsabilité en ne repensant pas ce rapport, malgré ses impacts tangibles.
Hans Jonas et l’éthique de la responsabilité

Comme l’a démontré Hans Jonas, l’éthique classique est essentiellement anthropocentrique et se limite à l’immédiat de l’acte. Traditionnellement, même si l’homme est «l’être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre», celle-ci demeure «éternelle et infatigable».
Depuis toujours, en effet, la nature était amplement capable d’autoconservation et parvenait à fournir tous les éléments nécessaires à la vie sur Terre. Les actes de l’homme n’affectaient que superficiellement sa capacité d’autorégénération. Lire la suite

Al Gore relance le débat sur le négationnisme climatique

planetdestroy.canalblog.com, Véronique Smée, 03 septembre 2007

Al Gore relance le débat sur le négationnisme climatique

Dans une intervention au Global Brand Forum de Singapour, l’ancien vice-président américain a dénoncé devant un parterre de dirigeants la campagne de désinformation menée par plusieurs multinationales sur la réalité des changements climatiques. Parmi elles, le leader mondial du pétrole ExxonMobil, chef de file des « négationnistes ».

Invité à participer au « Forum mondial des marques »–qui réunit les leaders de la publicité, des médias et des technologies de l’information-, Al Gore en a profité pour rappeler que « certains des plus grands groupes énergétiques mondiaux, dont ExxonMobil, financent des études destinées à remettre en question le concept de réchauffement climatique dans le cadre d’une campagne mondiale de désinformation ». Certes, la chose est connue, mais la popularité et la légitimité de l’ancien vice-président relancent opportunément le débat sur le lobbying américain en matière climatique. « Il s’agit d’une campagne organisée, financée à hauteur de dix millions de dollars (7,2 millions d’euros) par an par certains des plus grands émetteurs de gaz carbonique afin de donner l’impression qu’il existe un désaccord au sein de la communauté scientifique » sur le réchauffement, a lancé Al Gore. « Certaines compagnies de tabac ont dépensé des millions de dollars pour faire croire à des divergences parmi les scientifiques. Certains groupes industriels et le numéro un mondial du pétrole ExxonMobil en ont fait autant ces dernières années », a-t-il poursuivi, rappelant que le réchauffement climatique donne lieu à « l’un des plus forts consensus de l’histoire de la science ».
L’auteur du documentaire « Une vérité qui dérange » a également précisé qu’ « une prime de 10.000 dollars pour chaque article publié qui contesterait ce consensus » avait été proposée par le lobby négationniste.

Think tanks

Déjà, en janvier dernier, un rapport publié par un groupe d’experts américains a montré comment le géant pétrolier a organisé et financé une campagne de désinformation sur les changements climatiques. ExxonMobil aurait ainsi distribué près de 16 millions de dollars entre 1998 et 2005 à un réseau composé d’une quarantaine de think tanks et de lobbystes. Intitulé « Smoke, Mirrors & Hot Air » (« Fumée, miroirs et air chaud » ), le rapport de l’Union of Concerned Scientists, un groupe d’experts environnementaux, a été publié début janvier aux Etats-Unis pour dénoncer la manipulation et le  » négationnisme  » orchestré par le leader pétrolier. Celui-ci a financé à hauteur de 16 millions de dollars -une goutte d’eau dans les 36 milliards de son résultat net annuel- 43 organismes chargés de manipuler l’information sur le réchauffement de la planète et nier les impacts des activités industrielles sur le climat. Dès 1989, Exxon participe au Global Climate Coalition, qui regroupe à l’époque d’autres multinationales Texaco, General Motors, Ford, British Petroleum…., qui ont depuis pris d’autres positions. Le but de la structure était alors de lutter contre le Protocole de Kyoto et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, en constestant systématiquement les conclusions du GIEC (groupement interntional d’experts climatiques). Par la suite, Exxon fonde divers groupes de lobbying, comme le Competitive Enterprise Institute -à hauteur de 2 millions de dollars-, qui a récemment réalisé un spot télévisé vantant les bénéfices du dioxyde de carbone, « un gaz inoffensif, indispensable à la croissance des plantes », Lire la suite

Université populaire de l’environnement, cours le 16 déc.

UNIVERSITE POPULAIRE DE L’ENVIRONNEMENT

L’Université nomade d’Aquitaine

COURS TOUT PUBLIC : LA NAISSANCE DE L’ENVIRONNEMENT

Une première série de trois cours, entrée libre et gratuite, va être proposée de 18h30 à 20h00 à l’IEP de Bordeaux, amphi Jacques Ellul, 11 allée Ausone, Domaine universitaire de Pessac (A coté de Bordeaux IV et 3), en partenariat avec l’association étudiante Echo’Logik (Association écologique de l’IEP de Bordeaux)

Lundi 17 novembre 2008 « La nature mise à prix » par Julien Milanesi, économiste, chercheur associé à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Lundi 1er décembre 2008 « La place nouvelle accordée à la nature dans la ville » par Dominique Prost, géographe

Mardi 16 décembre 2008 « La naissance de la question environnementale » par Simon Charbonneau, juriste

Il est indispensable aujourd’hui de procéder à un rappel historique sur la question car la jeune génération a l’impression que cette question a toujours été d’actualité. Il faut au préalable distinguer la naissance des problèmes d’environnement nés avec le développement de l’industrie et avec l’urbanisation de la prise de conscience de ces problèmes qui ne date que d’une trentaine d’années. Le décalage historique existant entre ces deux choses mérite toute une analyse sur l’aveuglement des sociétés. Car il y a eu bien sûr des esprits libres qui très tôt ont pris conscience de la crise environnementale. Aujourd’hui, ce décalage apparaît d’autant plus dramatique que le contexte environnemental planétaire est en train de se dégrader d’autant plus vite que les nouveaux pays industriels apparaissent surtout focalisés par leur désir de rattraper notre niveau de vie.

1. MAISON DE LA NATURE ET DE L’ENVIRONNEMENT BORDEAUX-AQUITAINE

Créé en 1983 le Centre régional d’information des associations de protection de l’environnement (CRIE) se transforme en 1995 en Maison de la nature et de l’environnement (MNE) Bordeaux-Aquitaine. Son objet est de mener une action globale de réflexion, de sensibilisation et d’éducation en matière de connaissance et de protection de la nature et de l’environnement ainsi que d’être une interface entre le monde associatif, les autres acteurs de l’environnement et le public.

En novembre 2008, 17 associations sont adhérentes de la MNE  : Aquitaine Alternatives, Burdivéga, Cauderes, Colibri 33, Collectif pour l’achat de terre agricole (CATA), Collectif réduisons nos déchets en Gironde, CREAQ, Greenpeace Bordeaux, ICARE / Le jardin de Perral, Les droits du piéton en Gironde, Les p’tits gratteurs, Maisons paysannes de Gironde, SEPANSO Aquitaine, Séphir / Ecolo-Info, Trans’Cub, Vélo Cité et Villes et perspectives. Elles regroupent 7 000 adhérents aquitains.

En juillet 2007, confronté à la montée en puissance des crises écologique, climatique, énergétique… le Conseil d’administration réoriente son projet associatif autour de la mobilisation des associations environnementales d’Aquitaine décliné en trois axes :

Les associations : nous connaître, nous reconnaître et nous mobiliser collectivement

Nouer une relation constructive avec les pouvoirs publics

Convaincre et mettre en mouvement les citoyens

Parmi les actions de la MNE une analyse des crises et une étude sur les associations environnementales d’Aquitaine au nombre de 500 elles regroupent entre 60 et 80 000 aquitains.

 2. UNIVERSITE POPULAIRE DE L’ENVIRONNEMENT – L’UNIVERSITE NOMADE D’AQUITAINE

Les différentes crises, notamment écologique, climatique et énergétique, vont impliquer de considérables changements de comportements individuels et collectifs. L’ambition du projet est de sensibiliser, informer, former, convaincre, mobiliser… les citoyens aquitains sur les conséquences environnementales de ces crises, de leur permettre d’en comprendre les grands enjeux et d’en connaître les acteurs.

Cette démarche d’éducation populaire s’inscrit dans la logique de l’après Grenelle de l’environnement. La finalité est de permettre au plus grand nombre de construire sa propre opinion sur les mutations en cours, de comprendre le pourquoi de ces changements personnels et collectifs nécessaires et de faciliter leurs mises en œuvre.

Différents outils ont vocation à répondre à ces objectifs : Ciné club, Forum, Cours tout public, Grand témoin, Auditeur libre… Ils devraient être complétés par un Centre ressource documentaire intégrant un Site Internet dont nous souhaitons faire le site de référence sur l’environnement en Aquitaine. Un blog de préfiguration fonctionne depuis août 2008 

3. COURS TOUT PUBLIC : « LA NAISSANCE DE L’ENVIRONNEMENT »

La prise de conscience de l’existence d’un environnement fini et fragile, méritant attention et protection, s’est développée par vague et de manière différente selon les époques, les régions et les cultures humaines. L’art et la culture ont été les premiers vecteurs d’une valeur particulière donnée à l’environnement, en Europe au 19ème siècle, les paysages ont joué ce rôle.

Au 20ème siècle les catastrophes écologiques visibles, les crises pétrolières font comprendre ou admettre une dépendance croissante des économies et des pays à des ressources limitées dont le pétrole, l’eau potable, le bois, la ressource halieutique, les sols cultivables… Dans les pays industriellement développés, l’environnement est de plus en plus perçu comme une ressource finie et non plus inépuisable, comme un bien commun, que nous avons le devoir de léguer aux générations futures.

La préoccupation environnementale est devenue mondiale, incluant le changement climatique, avec l’émergence de l’idée d’un environnement mondial « bien commun » fortement validée à Rio en juin 1992, lors du Sommet de la Terre. De nombreux traités de protection de l’environnement ont depuis été signés sous l’égide de l’ONU ou d’autorités plus régionales, mais ils n’ont à ce jour que freiné et réorienté la dégradation croissante de l’environnement biophysique et humain planétaire.

Depuis le dernier quart du XXe siècle la prise de conscience des modifications environnementales (changement climatique, réduction de la biodiversité, pollutions…) amorce le débat sur le statut de l’environnement au sein de nos sociétés. Désormais, les questions environnementales font partie intégrante des préoccupations des citoyens, des scientifiques et des gouvernements.

Cependant, la question du contenu auquel renvoie le terme d’environnement est rarement discutée et partagée. C’est l’objectif de cette série de cours qui aborde les avancées disciplinaires dans le domaine de l’environnement et la nécessité de faire dialoguer les disciplines entre elles sur une thématique se situant au carrefour des relations nature et société.

Un regard croisé, au travers essentiellement des disciplines des Sciences Humaines et Sociales, mais aussi des Sciences de la Vie et de la Terre, qui permettra d’explorer la façon dont les discours scientifiques se sont progressivement construits dans le champ de l’environnement et dans la pratique de l’interdisciplinarité.

 

 

Nicholas Stern : La crise, une chance de sauver la planète

 Le Monde, propos recueillis par Antoine Reverchon, le 13 décembre 2008

La crise, une chance de sauver la planète

Lord Nicholas Stern, professeur à la London School of Economics, a été reçu docteur honoris causa de Paris-Dauphine le 24 novembre.

Votre rapport sur l’économie du changement climatique, publié en octobre 2006, avait eu un impact considérable, car il chiffrait pour la première fois le coût économique de différents scénarios du réchauffement climatique. Mais la crise actuelle ne risque-t-elle pas de faire passer la réduction des émissions de gaz à effet de serre au second plan des priorités politiques et économiques ?

La crise économique fera perdre 4 ou 5 points de produit intérieur brut (PIB) mondial pendant deux ou trois années. Alors que la crise planétaire – j’utilise plus volontiers ce mot que celui de crise environnementale, à mon avis trop limité – aura des effets de plus en plus graves si nous n’agissons pas aujourd’hui, et ce sur des échelles de temps qui vont d’une cinquantaine à une centaine d’années. Non seulement en termes de destruction de valeur, mais aussi de catastrophes naturelles, de migrations humaines et de conflits entre communautés qu’elle engendrera.

Si j’avais à refaire aujourd’hui mon rapport de 2006, je serais encore plus alarmiste, car nous avons constaté depuis une accélération et une aggravation des conséquences du réchauffement. Cela dit, ces deux crises, économique et planétaire, ont un point commun : elles sont la conséquence d’un système qui n’évalue pas les risques que son fonctionnement génère, qui ne tient pas compte du fait qu’il peut aboutir à une destruction supérieure au bénéfice immédiat qu’il procure, et enfin qui sous-estime l’interdépendance des acteurs.

A cet égard, ne pas sauver Lehman Brothers (la banque d’affaires américaine mise en faillite le 15 septembre) a été une erreur d’appréciation typique, car elle négligeait non seulement la réaction en chaîne que cela allait déclencher, mais surtout l’impossibilité de connaître le degré d’exposition réel des acteurs à cette réaction – c’est ce qui a en définitive ruiné la confiance dans le système financier.

A l’époque de la crise du peso mexicain (1994), on pouvait réunir toutes les personnes concernées autour d’une table, évaluer les risques encourus et juguler la crise. C’est devenu aujourd’hui impossible, il y aurait trop de monde autour de la table !

La crise économique actuelle est-elle cyclique, ou bien, comme le suggère son ampleur, une crise systémique beaucoup plus grave ?

Elle est essentiellement le résultat de trois facteurs : Lire la suite

Poznan : pauvres et riches se déchirent sur le financement

nouvelobs.com avec AP, le 13 décembre 2008

Poznan : pauvres et riches se déchirent sur le financement

Si les participants repartent avec un calendrier de négociations, les questions de financement ont accentué les divisions entre pays industrialisés et ceux en développement.

La conférence des Nations unies sur le climat s’est achevée dans la nuit de vendredi à samedi 13 décembre à Poznan (Pologne) sur des résultats très mitigés. Les délégués repartent avec un calendrier de négociations en vue de la conclusion d’un nouvel accord sur le changement climatique, mais les questions de financement ont accentué les divisions entre pays industrialisés et ceux en développement.

Sommes dérisoires pour les pays pauvres

Ouverte le 1er décembre, la conférence de Poznan, qui réunissait les représentants de quelque 190 pays, visait à avancer sur la voie d’un nouveau texte remplaçant et prolongeant le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre (GES), qui expire en 2012. Les participants sont convenus de plusieurs sessions de négociations avant de se retrouver du 7 au 18 décembre 2009 à Copenhague, où doit être conclu un nouvel accord.
« Nous avons un programme de travail pour l’année prochaine, qui va conduire à intensifier les négociations », a expliqué Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Il s’est également félicité de la mise en place d’un « fonds d’adaptation d’une importance critique pour les pays en voie de développement ».
Ce fonds doit leur permettre d’affronter les conséquences du réchauffement climatique: construction de digues pour faire face à la montée du niveau des mers, meilleurs systèmes d’irrigation pour lutter contre la sécheresse, nouvelles techniques agricoles, etc. Mais les sommes disponibles, quelque 60 millions de dollars (45 millions d’euros), sont jugées dérisoires par les pays en voie de développement comparativement aux besoins réels, estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

« Colère et frustration »

Les pays industrialisés et ceux en voie de développement restent par ailleurs divisés sur la question des financements. Les pays en voie de développement ont demandé une taxe de 2% sur toutes les transactions du marché du carbone, mais les pays industrialisés autour de l’Union européenne ont renvoyé la question à plus tard. Ce marché, en très forte expansion dans le monde depuis quelques années, consiste en un système d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre, dont le dioxyde de carbone (CO2).
Le délégué indien Prodipto Ghosh a dénoncé « le refus de certaines parties de consentir une minuscule perte de profits sur le marché du carbone« , alors que les conséquences du changement climatique sont déjà là, privant les plus démunis « de toit et de pain« .
Yvo de Boer a reconnu que les pourparlers avaient « suscité de l’amertume » chez les pays en voie de développement. Kim Carstensen, directeur des questions climatiques du Fonds Mondial pour la Nature (WWF) a souligné qu’il y avait « beaucoup de colère et de frustration parmi les pays en voie de développement« .

« Il y a un long chemin jusqu’à Copenhague », estime-t-il. « Il y a un fossé, des divisions entre pays riches et en développement« . Lors de la dernière session plénière, « les pays en voie de développement ont déploré que l’on n’ait pas avancé sur les questions de financement. C’est un vrai problème, qui doit être résolu en 2009 », a-t-il résumé.

Moins de 10 ans pour changer

Durant la conférence, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé les Etats-Unis à assumer un rôle de leader sur le changement climatique, Lire la suite