Climat : les grands hommes verts à Poznan

Libération, 10 décembre, Christian Losson

Climat : les grands hommes verts à Poznan

Etats, industriels et ONG se retrouvent pour la conférence de l’ONU. La «diplomatie verte» est à l’œuvre. L’occasion de découvrir cinq acteurs clés qui s’activent dans les couloirs ou en séance plénière.

Bluff avant l’arrivée, aujourd’hui, de tous les ministres de l’Environnement ? Pression sur les chefs d’Etat de l’UE qui, au même moment, se retrouvent à Bruxelles pour mettre sur les rails le paquet énergie-climat ? Toujours est-il que le boss de l’ONU pour le changement climatique, Yvo de Boer, a douché, hier, les 12.000 délégués de 192 Etats venus pour le sommet de Poznan.

Le deal, espéré en 2009 à Copenhague pour lancer l’après Protocole de Kyoto, ne sera, au mieux, pas «détaillé». Ce ne sera «pas faisable, assure-t-il. Il faut faire attention à ne pas viser trop haut pour, finalement, ne rien atteindre».

Entre les réunions des délégués, le lobby du business et les happenings des ONG, les interrogations fusent. Les pays industrialisés vont-ils suivre l’avis des scientifiques et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40 % d’ici à 2020 ? Quels types d’engagements les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) prendront-ils ? Quels fonds les pays pauvres recevront-ils pour faciliter leur adaptation ? En attendant le grand rendez-vous de l’année prochaine, Poznan est une négociation de transition, loin d’être négligeable pour autant. La diplomatie verte est à l’œuvre pendant quatre jours. L’occasion d’en découvrir cinq des figures clés, en action dans les couloirs ou en séance plénière.

La diplomatie verte nécessite la constance du jardinier en période de canicule. Il y faut forger des consensus, trouver des coalitions, forcer les souverainetés. «C’est la première question planétaire obligatoire, rappelle Pierre Radanne, du cabinet de consultants Futur Facteur 4. Chacun ne peut plus faire ce qu’il veut chez lui sans emmerder son voisin.» «C’est vrai, approuve le Sierra-léonais Ogulade Davidson, scientifique de l’ONU. Nous avons enclenché un compte à rebours qui définit un calendrier à suivre.» Sinon, direction le chaos. La diplomatie verte, c’est donc «un nouveau job où il faut inventer dans l’urgence une nouvelle gouvernance pour la planète», résume Brice Lalonde, ambassadeur français du climat. Et la conférence onusienne tient de laboratoire in vivo des forces en présence.

John Kerry, le nouvel air américain

«L’Amérique est de retour.» C’est avec ce message en bandoulière que John Kerry, ex-candidat à la présidentielle, battu par George Bush en 2004, va venir porter la bonne parole de Barack Obama. Lundi soir, des émissaires de la délégation démocrate étaient venus préparer le terrain dans une salle bondée où des haut-parleurs tentaient de relayer les assurances du retour dans le jeu climatique des Etats-Unis. «Après huit ans d’obstruction, de délai et de déni, les Etats-Unis vont rejoindre la communauté mondiale pour combattre ce défi planétaire»,a répété le futur président de la commission des affaires étrangères du Sénat (il remplacera Joe Biden, élu vice-président des Etats-Unis). Washington va s’engager à ramener ses émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990 d’ici à 2020. Trop peu, pour l’Inde ou la Chine, comme pour les ONG. Des sceptiques s’interrogent, çà et là, sur les habits d’homme providentiel que les partisans d’un deal veulent faire porter au président élu. «Ne tirez pas sur le pianiste, laissez-le commencer à jouer», dit Whitney Smith, une conseillère de John Kerry. On l’interroge : «L’attente étant tellement grande , la déception pourrait-elle l’être, aussi ?» Réponse : «Nous mènerons le leadership.»

Van Schalkwyk, le franc-tireur du Sud

Dans un univers peuplé de novlangue et de langue de bois, Marthinus Van Schalkwyk, le ministre de l’Environnement et du tourisme sud-africain, détonne. Il pointe du doigt. Dénonce. Cogne. Lire la suite

Paul Ariès : Leur récession n’est pas notre décroissance…

La décroissance, Paul Ariès, octobre 2008

Leur récession n’est pas notre décroissance…

Ne prenons pas les vessies pour des lanternes : la crise économique qui nous pend au nez ne constitue pas le quart du commencement d’une décroissance équitable et solidaire. Au pays de la croissance, la récession n’augure rien de bon. Remettons les mots à leur juste place.

Oyez objecteurs de croissance : la décroissance sonne à nos portes. Le PIB a baissé de 0,3 %, le système financier vacille sur ses bases et l’OCDE considère que « l’Europe est désormais plus proche de la récession que les États-Unis ». Depuis plusieurs mois chacun y va de sa petite formule pour dire que la décroissance est pour demain matin, à moins qu’elle n’ait déjà commencé. L’économiste Jean-Paul Fitoussi ouvre le bal avec une formule choc : « La Banque centrale européenne n’a pas vu venir le vent de la décroissance. Résultat, on se retrouve dans une situation où personne ne peut faire quoi que ce soit vu les contraintes budgétaires », dit-il dans Libération, qui s’empresse de titrer « La France en pleine crise de décroissance » (15-8-2008). Le Nouvel Observateur et France Info titrent, eux, « Le choc de la décroissance », en paraphrasant le livre de Vincent Cheynet. Selon Alain Jeannet, « ça y est : nous serions repartis pour dix années de crise, un peu comme après le premier choc pétrolier ou la grande récession des années 1990, avec leurs cortèges de licenciements, la décroissance, le blues à tous les étages… » (28-8-2008, L’Hebdo, Suisse).

Corinne Lepage en rajoute une couche avec un texte paru dans La Tribune le 26 août dernier. L’ancienne ministre de l’Écologie de droite, vice-présidente du Modem, précise que « nous sommes entrés dans une phase de décroissance subie et n’avons pas fait le choix d’une décroissance organisée comme certains le prônaient (…) Nous sommes entrés dans une phase de décroissance qui ne se traduit pas seulement dans une stagnation voire une récession de nature purement cyclique, liée aux conséquences de la crise des subprimes. »

Ni joyeuse ni pédagogique

Le seul hic c’est que leur récession n’a rien de commun avec notre décroissance. Pourquoi s’entêter à parler de décroissance pour ce qui est une crise économique ? La France fanfaronne encore par la voix de la sinistre Christine Lagarde qui assène savamment cet été qu’« il serait totalement inexact de parler de récession » tandis que les autres grands pays annoncent, eux, piteusement, qu’ils sont entrés en récession.

Le Japon, l’Angleterre et même les États-Unis avouent leur incompréhension de la situation actuelle : voilà que le paradis croissanciste promis prend un petit air de purgatoire… loin encore de l’enfer que sont en train de vivre les pays les plus pauvres.
Les éminents économistes appelés au chevet de l’économie productiviste capitaliste rappellent qu’il faut distinguer le ralentissement du PIB d’une véritable dépression : on ne pourrait parler de récession qu’au bout de deux trimestres de baisse du PIB. Le capitalisme nous a habitués en effet depuis sa naissance à une succession de crises, certaines passagères (la récession), d’autres plus profondes : la dépression. Les objecteurs de croissance ne sont donc pas de ceux qui fêtent au champagne l’annonce de ces crises (contrairement à certains spéculateurs capables de faire du fric avec la croissance comme avec la récession). Nous ne savons que trop ce que la grande crise de 1929 a causé de misère, surtout pour les pauvres. Nous savons aussi qu’on ne guérit pas du mirage croissanciste à coups de récession. De fait, sitôt l’économie rétablie, on poursuit la guerre des uns contre les autres et de tous contre la nature. La récession n’est donc jamais joyeuse ni même pédagogique.

Surchauffe
La récession qui s’annonce est leur crise et non pas une décroissance involontaire. Elle rappelle que le capitalisme est un régime d’accumulation qui fonctionne un peu à l’image d’une bicyclette (je m’excuse pour les objecteurs de croissance à vélo), c’est-à-dire que s’il cesse d’avancer, le système tombe. Lire la suite