Un ex-golden boy tient les rênes de Greenpeace

eco-life, Diana Semaska, le 8 décembre 2008

Un ex-golden boy tient les rênes de Greenpeace

Ex-financier au Luxembourg, le directeur général de Greenpeace France a la lucidité d’un entrepreneur. Radical, il a hérité de ce passé le goût de faire des choix. La catastrophe planétaire tambourine à sa porte ? Pascal Husting fait deux pas et l’ouvre d’une seule volée, histoire qu’elle trébuche. « Si on est lucide sur ce qui nous attend, on peut se forger des mécanismes de défense adaptés« , lance-t-il avec fermeté. Viser loin et haut, c’est ce qui semble avoir toujours motivé ce Luxembourgeois de 47 ans. Né dans une famille de sidérurgistes issus de l’immigration italienne et française, Pascal Husting a participé très jeune à de grandes discussions sur la justice, la politique, la société. 

Entre les débats sur la déforestation dans les cours de récré, et le poste de Junior partner dans un cabinet de conseillers fiscaux, sa philosophie de vie a eu le temps de se forger. « A la fin des années 70, les blocs occidental et soviétique faisaient encore la course aux armements, avec le nucléaire. Des milliers de personnes ont manifesté, ce qui ne s’était pas vu depuis mai 68, et j’en étais », confie-t-il convaincu. Citant Locke, Hume et Jean-Pierre Dupuy, ce médaillé d’athlétisme se destinait, à 25 ans, à être prof de sport. Pour autant, il ne s’imagine pas toute sa vie dans les couloirs de l’Education nationale. D’autres horizons l’attirent dont le Brésil qu’il décide de visiter. Est-ce la compagnie des chercheurs d’or sur l’Amazone qui le mènera aux affaires ? De retour au pays, il devient comptable chez Grant Thornton Luxembourg, et suit des cours théoriques de finance.

– « La prise de risques du monde de l’entreprise me manquent dans la vie associative » –

« Comme tout bon Luxembourgeois, je me suis tourné vers le milieu financier. C’était une période propice, car le pays voyait débarquer d’énormes arrivées d’argent en provenance des pays de l’est », raconte-t-il. D’audits en Audi, il se couvrira durant cinq ans de richesses matérielles, jusqu’à ce que le goût du lucre l’écoeure. Il rejoint alors Greenpeace Luxembourg en 1995, en tant que directeur financier et de collecte de fonds. « Pour moi, Greenpeace, c’était les phoques, les baleines, au mieux l’anti-nucléaire », admet-il. « Ce n’est pas le fond qui m’attirait ». Pascal Husting veut faire de cet organisme militant une machine efficace. « Je voulais canaliser ce grand bouillonnement d’énergie, faire des choix dans les projets mis en compétition, selon leur pertinence ».

Son esprit logique le mène au poste de directeur exécutif de l’ONG, puis de Greenpeace Méditerranée en 2003, dont le siège est à Istanbul. En mars 2005, il prend la direction de Greenpeace France.

Philanthrope, il trouve dans l’ONG une façon de mobiliser les gens, et revendique son côté « brut de décoffrage ». « La préservation de la vie est cruciale parce qu’elle est favorable à l’homme. On ne peut prendre une position neutre par rapport à sa propre espèce ». Ce qu’il cherche à placer le plus possible dans la vie associative, « c’est le goût du risque, qu’on trouve dans le milieu de l’entreprise, ce que j’appelle la radicalisation positive ». Le « vrai scandale, explique-t-il, c’est que 20% de l’humanité s’approprient 80% des ressources naturelles ».

Persuadé qu’une refonte totale du système économique, basée sur la taxe carbone, est incontournable, il considère la question du bonus-malus comme un non-sens. « Dans ce contexte économique, il paraît évident de fiscaliser les valeurs naturelles très limitées, et de défiscaliser les valeurs travail, quasi-illimitées », affirme-t-il.

– « C’est tous les jours Noël en Europe » –

« Je suis adepte d’un catastrophisme éclairé. L’homme est fautif de ce qui lui arrive, mais s’il connaît la catastrophe, il peut lui faire face ». Pascal Husting cuisine local mais pas bio, roule à vélo aux Buttes Chaumont, prend le métro. Ses voyages en avion sont moins fréquents, « avec regrets, parce que le video-conferencing est plus efficace ».

Prônant l’efficacité énergétique davantage que la mise au point de nouvelles technologies, il estime qu’on « ne peut pas attendre 20 ans. C’est maintenant qu’une volonté politique doit casser la suprématie pétrolière ». L’ex-financier est le porte-parole des actions militantes. « Jusqu’à présent, c’est tous les jours Noël en Europe. On accorde des cadeaux aux compagnies automobiles allemandes, des permis de polluer gratuits à la Pologne », ironise-t-il. « Les BP et Total s’adapteraient à des règles strictes si elles concernaient tout le monde ».

L’esprit de compétition de l’athlète revient comme un boomerang dans ses mots. « J’ai voulu faire de ma passion pour le sport un métier, et ça n’a pas marché ». Le golden boy luxembourgeois est pourtant passé au vert. Défi relevé haut la main.

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