La faim touche près d’un milliard de personnes

Le Monde, Laetitia Clavreul, le 9 décembre 2009

La faim touche près d’un milliard de personnes

La faim progresse de nouveau dans le monde. Ce sont les plus pauvres, ruraux mais aussi urbains désormais, qui gonflent les rangs des sous-alimentés. Selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui publie, mardi 9 décembre, son rapport annuel sur l’insécurité alimentaire, 963 millions de personnes souffrent de la faim en 2008. Soit 40 millions de plus qu’en 2007, année qui avait déjà vu leur nombre gonfler de 75 millions par rapport à la période 2003-2005. Le bilan s’est surtout alourdi du fait de l’envolée des prix alimentaires, et la crise économique pourrait aggraver la situation.

La production réservée aux pays riches

L’envolée des prix agricoles n’a pas eu pour effet de relancer l’agriculture des pays pauvres. Selon la FAO, la production de céréales devrait augmenter de 2,8 % dans le monde en 2008. Dans les pays en développement, elle devrait progresser de 0,9 %, mais si l’on exclut le Brésil, l’Inde et la Chine, elle devrait régresser de 1,6 %. A l’inverse, dans les pays développés, elle devrait grimper de 11 %.

Les prix élevés des semences et des engrais, le manque d’accès aux infrastructures (silos, routes…) et au crédit expliquent que les petits agriculteurs aient peiné à augmenter les rendements et à profiter de la hausse des prix dans les pays les plus pauvres.

Le taux des personnes sous-alimentées, de 20 % dans les années 1990, était descendu à 16 % avant 2005. En 2007, il est remonté à 17 %. Une évolution qui a sapé les progrès accomplis ici ou là, et semble rendre plus inatteignable encore l' »Objectif du millénaire » de réduction de moitié, d’ici à 2015, du nombre de personnes souffrant de la faim. C’est en Asie et en Afrique subsaharienne que l’augmentation est la plus forte. Sept pays rassemblaient, en 2007, 65 % des sous-alimentés : Inde, Chine, République démocratique du Congo, Bangladesh, Indonésie, Pakistan et Ethiopie. Cependant, certains pays, comme le Vietnam ou la Thaïlande, sont sur la bonne voie pour réduire le phénomène.

SOUTIEN AUX PETITS PRODUCTEURS

Les plus pauvres sont les principales victimes de ce retournement. Les ménages ne disposant pas de terres sont les plus vulnérables, notamment ceux dirigés par des femmes, qui tendent à consacrer davantage de leur budget à la nourriture et ont moins accès au crédit et à la terre pour saisir l’occasion des hausses de cours pour augmenter leur production.

L’ampleur du choc dépend en partie des régimes alimentaires, précise le rapport. Les familles acheteuses d’aliments faisant l’objet d’un commerce mondial, comme le riz ou le maïs, sont plus exposées. Lire la suite

De Jérôme Kerviel à Julien Coupat ; avoir 30 ans en 2008

cozop.com, Francesco Casabaldi, le 9 décembre 2008

De Jérôme Kerviel à Julien Coupat ; avoir 30 ans en 2008

Jérôme est né en janvier 77 dans le Finistère, il a 31 ans. Julien est né en juin 74 à Bordeaux, 34 ans.
L’un et l’autre font des études supérieures plutôt brillantes, DESS de finance à Lyon puis Master pour l’un, ESSEC puis DEA et thèse à l’EHESS, à Paris, pour l’autre.
L’un et l’autre ont ce qu’il est convenu d’appeler « tout ce qu’il faut pour réussir »
Le premier est placé en garde à vue le 26 janvier 2008, le second le 11 novembre.

Et le parallèle s’arrête là.
Je ne connais ni JK, ni JC. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait ou pas, je ne sais surtout pas pourquoi ils ont fait ce qu’ils n’ont peut-être pas fait.
Je ne connais d’eux que ce que quelques dépêches éphémères en ont laissé : des symboles.
Des symboles, différents, extrêmes, d’un monde en ruine.

D’un côté un jeune trader qui veut « réussir », qui cherche à cacher ce qu’il fait pour être, lui, remarqué.
De l’autre, un intellectuel engagé qui veut que ce qu’il fait se voit, en restant, lui, dans l’ombre.

L’un veut devenir riche en endormant les gens, l’autre a choisi d’être pauvre et de les réveiller.

Toute l’ironie de l’histoire est que Jérôme Kerviel a peut-être fait plus de mal à un système qu’il acceptait que Julien Coupat qui, semble-t-il, le combattait.
Peut-être seulement, car si ce qui est reproché à Jérôme Kerviel est synonyme de jeunesse perdue, désabusée et impuissante dans un monde devenu fou, c’est paradoxalement Julien qui symbolise surement, pour certains, une forme d’espoir.

Celui d’une génération qui veut croire à un autre avenir que celui de gruger avec l’argent ou le travail des autres pour se construire une place au soleil, seul.

Et si l’un et l’autre ont été traités de terroristes, un seul, évidemment, en est accusé.
Qui y a-t-il en effet de plus dangereux que l’espoir pour un système qui ne survit que parce que tous courbent l’échine ? Lire la suite