Brice Lalonde : « L’Europe prête à une relance verte »

leJDD.fr, Soazig Quemener, envoyée spéciale à Poznan, le 6 Décembre 2008

Lalonde : « L’Europe prête à une relance verte »

A Poznan, à l’ouest de la Pologne, s’achève la première semaine de la 14e conférence des Nations unies sur le changement climatique. Une conférence d’étape avant Copenhague en décembre 2009, qui dessinera l’après-Kyoto. Brice Lalonde, ambassadeur chargé pour la France des négociations sur le changement climatique, nous livre son avis sur cette réunion mondiale qui se poursuit jusqu’au 12 décembre.

L’ambassadeur de la France pour les négociations sur le changement climatique, Brice Lalonde, estime que les discussions à Poznan  »s’engagent plutôt bien ». (Reuters)

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Quel bilan tirez-vous de cette première semaine de tractations ?

Les discussions s’engagent plutôt bien. Déjà, les négociateurs de tous les pays ici présents (pas moins de 180!) sont d’accord pour que la préservation des forêts figure en bonne place dans l’accord de Copenhague, et ça c’est formidable. N’oublions pas que la déforestation est responsable de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre ! Ensuite, il y a le coeur de la discussion, le pourcentage de réduction des émissions des gaz à effet de serre que chacun consentira dans le cadre d’un nouvel accord international. Nous, pays de l’Union européenne, nous sommes fixés pour objectif de contenir le réchauffement à 2°C, ce qui nécessite de réduire les émissions mondiales d’au moins 50% d’ci 2050 par rapport au niveau de 1990. Pour ce faire, les pays développés devront réduire leurs émissions de 80 à 95% d’ici à 2050, comme vient de le promettre Barack Obama pour les Etats-Unis. En échange, il faut que les grands pays qui ont pris leur essor au début de ce siècle et deviennent des superpuissances, acceptent également des concessions. La plupart des participants sont tout de même favorables à un accord. La discussion porte surtout sur les délais.
Poznan est justement présentée par les ONG comme la conférence de la dernière chance. Ressentez-vous cette urgence ?

Les communications scientifiques auxquelles nous pouvons assister ici sont en effet assez angoissantes: les émissions augmentent, la capacité d’absorption des océans diminue. Mais il y a des obstacles. En particulier cette crise financière qui risque de détourner l’attention et les financements. Parce qu’il faut de l’argent pour sauver le système économique mondial. Lorsqu’on est un chef d’Etat ou de gouvernement, on est plus concentré sur la résolution du problème immédiat. Il faut effectivement profiter de cette conférence pour affirmer que la crise financière n’est pas une excuse pour retarder un accord sur le climat : on a au contraire tout intérêt à avancer sur les deux fronts.

A-t-on suffisamment pris en compte le potentiel de croissance que pouvait receler une relance verte ?

Les Etats prennent conscience qu’il faut investir. En faveur des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, de la recherche, dont l’effort a été ralenti ces dernières décennies. C’est une réponse à la fois à la crise économique et à la crise climatique. Dans ce domaine, l’Union européenne est le bon élève de la classe. L’Europe est le seul continent ayant ratifié Kyoto et respectant ses engagements : nous sommes actuellement en dessous de presque 3% de notre niveau d’émissions de gaz à effet de serre de 1990. Lire la suite

Jean Zin : L’écologie politique, une éthique de libération

Jean Zin, le 21 juin 2008

L’écologie politique, une éthique de libération

André Gorz n’a certes pas inventé l’écologie, se situant notamment dans le sillage d’Ivan Illich, mais il y a ajouté une dimension politique pleinement assumée. Son recueil d’articles, paru en 1975, avait d’ailleurs pour titre « Ecologie et politique ». Il commençait significativement par un texte de rupture entre « Leur écologie et la nôtre« , texte décisif où, contre l’écologie de marché et l’expertocratie verte, il prenait ouvertement le parti d’une écologie émancipatrice basée sur l’autonomie et clairement anticapitaliste.

Ecologie et politique

Avant d’être une idéologie, l’écologie est une urgence à laquelle il faut répondre. On peut dire qu’elle s’impose matériellement, que ce soit par le choc pétrolier ou le réchauffement climatique. En faire une question politique pose la question non seulement du possible mais du souhaitable (p68) et donc de nos finalités. Dès lors l’écologie va se décliner de multiples façons, n’étant pas du tout unifiée idéologiquement. C’est le premier acte fondateur d’André Gorz d’avoir amené la division entre différentes visions de l’écologie, de l’avoir politisée : division entre hétéronomie et autonomie, expertocratie et défense de notre « monde vécu », capitalisme salarial et travail autonome. En même temps qu’il apporte cette clarification politique, il élargit le champ de l’écologie, l’ouvre aux dimensions spécifiquement humaines, jusqu’à unifier les finalités écologiques, économiques, émancipatrices, existentielles enfin, portant l’écologie politique bien au-delà d’une écologie scientifique ou même d’une écologie sociale, tout en restant au plus près du réel le plus concret.

Cette politisation permet de mettre en évidence, à rebours de ce que certains prétendent, qu’il y a bien une écologie de droite et une écologie de gauche. En fait, l’opposition entre les écologies n’est pas seulement une opposition politique reflétant les divisions sociales mais elle recouvre aussi une divergence cognitive, divergence sur les causes qui ne sont pas métaphysiques ou morales, comme on voudrait nous en persuader, mais bien systémiques. En situant la cause du productivisme dans le capitalisme et sa course au profit le contraignant à l’augmentation constante de la productivité et de la consommation, André Gorz situe clairement l’écologie dans le camp de l’anticapitalisme, et donc dans la continuité du marxisme, des luttes ouvrières et de la tradition révolutionnaire. On est très loin de l’environnementalisme, corrigeant les effets les plus voyants du système, à remonter aux causes systémiques autant qu’à nos motivations les plus profondes, à ce qui fait enfin qu’une vie vaut la peine d’être vécue.

« Il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?

Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » (Illich) ? EP, p9-10 »

Ce ne sont plus des questions qu’on se pose et tout cela sonnera fort étrange à la plupart des écologistes qui s’occupent des urgences immédiates et de solutions techniques ou comportementales, très peu de prospective à plus long terme, encore moins d’émancipation ni de véritable alternative… Lire la suite

Salon Asphodèle à Pau les 12, 13 et 14 décembre

ASPHODELE 2008

PAU parc des expositions (parking gratuit)

Vendredi 12 décembre, de 15h à 21h

Samedi 13 et dimanche 14 décembre, de 10h à 19h.

Entrée : 4 Euros donnant accès aux trois halls avec 250 exposants, dégustations, conférences, ateliers, animations. Tarif réduit : 2,50 Euros. Gratuit pour les moins de 14 ans.

Passe trois jours : 6 Euros

Téléchargez une entrée à tarif réduit !

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Pierre Radanne : Les enjeux de la conférence de Poznan

terranova, Pierre Radanne, le 3 décembre 2008

Les enjeux de la conférence de Poznan

La conférence internationale sur le climat de Poznań s’est ouverte lundi 1er décembre. Il s’agit d’un rendez-vous important, qui donne le départ d’une course contre la montre dans les négociations internationales de l’après-Kyoto. Pierre Radanne, président de l’association 4D et ancien directeur de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, décrypte pour Terra Nova les enjeux de la conférence de Poznań. Selon lui, il faut tirer toutes les leçons de l’échec de la conférence de Bali pour ouvrir ce nouveau cycle, et prendre acte du besoin de solidarité entre pays industrialisés et pays du sud.

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La conférence de Poznań s’est ouverte lundi 1er décembre avec un objectif : préparer le « post-Kyoto ». Le cycle des engagements de Kyoto se termine en effet en 2012. De nouveaux engagements doivent être pris pour l’après-2012. Les négociations ont commencé à Bali, en décembre dernier. Elles doivent s’achever au sommet de Copenhague, en 2009. Un échec remettrait en cause tous les efforts engagés dans la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale.

La conférence de Bali a marqué un faux départ. Son objectif était la définition d’un mandat politique clair constituant le cadre des décisions à prendre à Copenhague, Bali s’est achevé par un bien vague « Plan d’action », sans avancées notoires.

Pour avancer à Poznań, il s’agit de tirer les leçons de ce faux départ. D’abord, il faut prendre acte du rôle de la Chine et de l’Inde dans les négociations climat. Leur position de « tête de pont » des autres pays émergents, leur niveau d’émissions croissants et donc leur responsabilité dans le changement climatique en font des acteurs-clé du succès des négociations à venir. Ensuite, le développement doit être intégré à part entière dans les problématiques de lutte contre le changement climatique. Une solution durable ne pourra pas être envisagée sans avancées en direction des pays en développement.

La conférence de Poznań doit prendre acte de cette nouvelle donne. D’ici à la conférence de Copenhague en 2009, les enjeux sont identifiés :

–    Partir d’une réflexion sur un mode de développement compatible avec la croissance démographique mondiale, en prenant acte de l’interdépendance sud-nord dans la lutte contre le changement climatique;

–    Fixer clairement des objectifs de stabilisation du climat terrestre ;

–    Différencier les types d’engagement des pays, selon leur niveau de développement ;

–    Intégrer les questions énergétiques (prix du pétrole et du gaz, notamment) dans le débat sur le climat ;

    Construire un cadre d’action détaillé au niveau territorial.

L’échec de Bali, paradoxalement, a ouvert une fenêtre d’opportunités : il a permis de clarifier les enjeux.  Poznań s’ouvre sur une référence politique appuyée en faveur d’une solidarité collective, nécessaire au plan planétaire.  

LE CALENDRIER DE LA NEGOCIATION CLIMAT

La première séquence d’engagement des pays industrialisés du Protocole de Kyoto, qui visait une réduction de 2% des émissions, arrivera à échéance fin 2012.  Il en faudra donc une deuxième, à moins de revenir à l’imprécision de la Convention initiale de Rio de 1992. Ces premiers engagements quantitatifs ont permis d’avancer dans la gouvernance internationale face à cette menace et par la création des mécanismes financiers du Protocole de Kyoto, dont les « crédits d’émission » échangeables et le mécanisme de développement propre. En cas d’absence de nouvel accord international entrant en vigueur en janvier 2013, la valeur du carbone sur les marchés s’effondrerait. Le compte à rebours est donc clair. Lire la suite